L'étonnante défense du ministre des Transports, suspecté par la justice de détournement de fonds

L'étonnante défense du ministre des Transports, suspecté par la justice de détournement de fonds Le ministre des Transports Philippe Tabarot est visé par une enquête pour détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêts et recel des deux délits. L'homme de 54 ans affirme ne rien connaître de cette procédure.

Le ministre des Transports et ancien sénateur LR des Alpes-Maritimes, Philippe Tabarot, est visé par une enquête pour "détournement de fonds publics", "prise illégale d'intérêts" et "recel des deux délits", selon les informations du Monde. Une enquête ouverte par le Parquet national financier et qui fait suite à un signalement de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le 29 juillet 2021. Elle porte sur les postes occupés par l'actuel membre du gouvernement au sein du groupement d'intérêt public (GIP) touristique et culturel et au service communication de la commune du Cannet (Alpes-Maritimes), entre 2018 et 2020.

"Si j'avais fait quelque chose, je n'aurais pas été choisi pour faire partie de ce gouvernement"

"Une perquisition a eu lieu le 30 novembre 2022 au domicile de M. Tabarot et dans les locaux de la mairie du Cannet et du GIP du Cannet", précise une source judiciaire auprès du quotidien Le Parisien. De son côté, Philippe Tabarot indique ne disposer "d'aucune information sur le contenu et l'objet de la procédure (...) Je n'ai en tout état de cause jamais été entendu dans ce cadre", a-t-il affirmé auprès du journal Le Monde.

Dans un communiqué adressé à la presse, Philippe Tabarot rappelle que l'affaire instruite par le Parquet National Financier n'est pas nouvelle et indique à Nice Matin qu'il y a "zéro actualité pour moi, depuis vos précédents articles, si ce n'est que je suis devenu Ministre, depuis". Devant les journalistes, ce lundi 13 janvier, le ministre a affirmé qu'il n'avait "rien" à se reprocher. "J'ai travaillé de manière effective avec des rémunérations qui sont encadrées dans la plus grande transparence".

Le ministre a même avancé un étonnant argument de défense : "Si j'avais fait quelque chose de tellement répréhensible, je n'aurais pas été choisi pour faire partie aussi de ce gouvernement. Je suis très serein sur ces questions", a-t-il poursuivi. Philippe Tabarot ignore sans doute que plusieurs ministres d'Emmanuel Macron ont déjà été condamnés par la Justice (Alain Griset et Jean-Paul Delevoye) et que plus d'une vingtaine sont ou ont été mis en cause.

Une déclaration de 137 872 euros nets en 2019

D'après les informations du Monde et la déclaration d'intérêts de Philippe Tabarot enregistrée le 30 novembre 2020, ce dernier a été directeur du GIP d'avril à juillet 2020 pour un montant de 82 473 euros nets en 2019. Il était ensuite rémunéré 17 997 euros nets entre aout et novembre 2020 pour un poste de chargé de mission du GIP pour le développement touristique et culturel de la commune du Cannet.

Aussi, en 2019, il a touché la somme de 15 318 euros nets comme chargé de communication de la même commune. Enfin, entre 2015 et 2021, l'actuel ministre a empoché environ 40 000 euros nets par an en tant que vice-président chargé des transports du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Selon Le Monde, Philippe Tabarot a déclaré une enveloppe totale de 137 872 euros nets pour l'année 2019.

Un poste sur-mesure au GIP du Cannet ?

Alors, le cumul de fonctions et de salaires était-il légal ? Le Parquet national financier (PNF) est justement chargé de faire toute la lumière sur ses questions. Bénéficiait-il d'un emploi fictif au sein du GIP ? Là aussi, le PNF se pose la question. Selon l'ex-conseiller municipal d'opposition, Laurent Toulet, il était bien "à la manoeuvre" du GIP. "Il rendait des comptes, présentait les différents rapports", affirme-t-il dans les colonnes du Monde.

Enfin, a-t-il pu profiter de la création du GIP pour obtenir un poste avec un revenu intéressant ? "La temporalité a de quoi faire réfléchir les enquêteurs. Le GIP a été créé le 26 juin 2017 par Michèle Tabarot, juste après sa réélection à l'Assemblée nationale, qui allait l'obliger à démissionner de son poste de maire, en vertu de la loi sur le non-cumul des mandats", précise le quotidien. Quelques mois plus tard seulement, Philippe Tabarot lâchait son poste de directeur de cabinet pour prendre en main le GIP et un poste à la communication de la commune, "avec une nette augmentation de sa rémunération", précise-t-on.