"Le devoir de se préparer" à la guerre : le patron de la gendarmerie désarçonne ses hommes

"Le devoir de se préparer" à la guerre : le patron de la gendarmerie désarçonne ses hommes Dans un courrier interne adressé à ses équipes, le directeur général de la gendarmerie, Hubert Bonneau, envisage "l'hypothèse d'un engagement majeur" dans un contexte international de menaces multiples.

Un document qui fait débat. Dans un courrier adressé à l'ensemble du personnel de la gendarmerie, dimanche 19 février, le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), Hubert Bonneau estime que "la possibilité d'un conflit armé et d'une agression du sanctuaire national doit être sérieusement envisagée".

Dans un contexte "où conflits et menaces se multiplient", et "depuis l'invasion russe en Ukraine, l'hypothèse d'un engagement majeur", doit être envisagée et la gendarmerie "a le devoir de (se) préparer pour tenir (sa place)", rapporte Le Monde. Le quotidien a pu se procurer le document en question dans lequel Hubert Bonneau entend bien "renforcer l'efficacité de l'action" française, notamment dans la lutte contre la criminalité organisée et le narco-trafic. 

"Il y a d'autres sujets plus importants"

Hubert Bonneau indique que "les évolutions politiques aux Etats-Unis avec leurs possibles conséquences sur l'Otan vont sans doute pousser l'Europe à s'engager plus qu'avant pour sa propre défense". "Face à cela, je veux insister sur notre lien avec les Armées et sur l'enjeu structurant de la DOT (Défense opérationnelle du territoire)", insiste l'ex-commandant du GIGN.

Cette missive n'a pas vraiment fait l'unanimité dans les rangs de la gendarmerie. "Il y a d'autres sujets plus importants que la DOT. Les vraies questions, c'est : est-ce qu'on aura les budgets pour nos 200 brigades mobiles, les voitures, notre présence sur la voie publique", peste un cadre. "La guerre, c'est quand même le sujet des militaires", abonde-t-il. Un second analyse les mots du directeur général comme un "rappel de l'appartenance des gendarmes aux Armées", ni plus ni moins.

De nouveaux objectifs, mais avec quel budget ?

Hubert Bonneau promet des "résultats concrets et durables dans la lutte contre la criminalité organisée et les narcotrafics", dans une période pour le moins délicate pour la gendarmerie. Elle doit renouveler 15 % de ses effectifs chaque année, dans un contexte budgétaire tendu. Le chef de la gendarmerie évoque lui une "volatilité inédite du contexte politique". "Il nous faudra faire des choix", poursuit-il. Autrement dit : d'abord rénover et entretenir le parc immobilier de la gendarmerie, 430 casernes sur 3 728 sont en état de délabrement. À l'inverse, "tout engagement de dépense pilotable (et donc notamment d'investissement) est mis en pause", annonce-t-il.

Enfin, la création d'une Unité nationale de police judiciaire de la gendarmerie a été évoquée. Comme annoncé par Intelligence Online le 21 janvier denier, le général de division Sylvain Noyau - actuellement responsable du commandement pour l'environnement et la santé - a été nommé préfigurateur de cette unité. Elle a pour objectif d'améliorer la lisibilité des "entités aujourd'hui dispersées (...) Ce nouvel opérateur national, concentrera les capacités centrales d'investigation, de renseignement criminel et d'expertise criminalistique", conclut le courrier du DGGN.