Procès de Benjamin Mendy : "obligée de céder", une victime présumée de viol témoigne

Procès de Benjamin Mendy : "obligée de céder", une victime présumée de viol témoigne MENDY. Au procès de Benjamin Mendy, une quatrième plaignante a accusé le footballeur de l'avoir violée et a déroulé son récit de faits le 24 août. Dix chefs d'accusation, dont huit pour viols, pèsent sur le joueur de football.

[Mis à jour le 24 août 2022 à 19h04] Les témoignages s'enchaînent et se ressemblent au procès de Benjamin Mendy. Une quatrième plaignante, sur les sept qui accusent le joueur de football d'agressions sexuelles, s'est exprimée à la barre du tribunal de Chester ce mercredi 24 août sur le viol qu'elle dit avoir subi le 23 juillet 2021. Comme toutes les autres victimes présumées avant elle, la jeune femme raconte avoir été abusée lors d'une soirée organisée au domicile du footballeur de 28 ans après avoir été isolée des autres invités.

Dans la vidéo du témoignage filmée par la police en février 2022 et diffusée en salle d'audience, la plaignante évoque la "façon de parler [...] assez directe et crue" de Benjamin Mendy avant de décrire un homme particulièrement insistant : "J'avais donné toutes les excuses possibles pour me sortir de cette situation. [...] C'est comme si rien de ce que je disais ne lui faisait tilt, c'était comme parler à un mur". Selon elle, l'accusé aurait aussi tenté d'exercer une pression sur elle en lui expliquant que si elle refusait d'avoir des relations sexuelles avec lui, "personne ne lui adresserait la parole". La plaignante indique avoir été contrainte à avoir des rapports avec Benjamin Mendy car elle "ne pouvai[t] plus rien faire d'autre".

Trois autres femmes ont déjà témoigné au procès de Benjamin Mendy et déroulé leur récit des faits, dénonçant pour certaines un ou plusieurs viols et pour une autre une agression sexuelle. La série de témoignages n'est pas encore terminée puisqu'encore trois plaignantes et victimes présumées doivent être entendues. Pour rappel, le procès de l'ancien joueur de l'OM s'est ouvert le 10 août 2022 au tribunal de Chester en Angleterre. Dix accusations pèsent sur le footballeur qui plaide non coupable pour chacune d'entre elles : huit accusations de viols, un pour tentative de viol et un pour agression sexuelle. Les faits présumés auraient eu lieu entre octobre 2018 et août 2021 dans le manoir de Benjamin Mendy, situé à quarante-cinq minutes de Manchester, club pour lequel il jouait à l'époque. Il comparaît aux côtés d'un autre homme, Louis Saha Matturie. Proche de Benjamin Mendy, il est lui-même accusé de huit viols et de quatre agressions sexuelles. Les deux hommes risquent la prison à perpétuité.

Le procureur Timothy Cray a détaillé les accusations portées contre le footballeur et contre Louis Saha, lundi 15 août 2022. Il a présenté les deux hommes comme des "prédateurs prêts à commettre de graves abus sexuels", selon France info. Les sept victimes présumées de Benjamin Mendy ont été décrites par le procureur comme des femmes "vulnérables, terrifiées et isolées". Louis Saha Matturie, coaccusé dans ce procès, est présenté comme un "rabatteur". Il était responsable de "trouver des jeunes femmes et de créer des situations où elles pouvaient être violées et agressées sexuellement", détaille le procureur. Louis Saha Matturie est, par ailleurs, accusé de huit viols et de quatre agressions sexuelles. 

La plupart des faits reprochés à Benjamin Mendy se seraient déroulés dans son manoir, dans lequel le joueur organisait des fêtes. À leur arrivée, certaines jeunes femmes racontent s'être fait confisquer leur téléphone portable, rapporte Le Parisien. Certaines disent avoir été enfermées dans des sortes de "panic room". Ces pièces de survie servent aux propriétaires d'une maison à se réfugier en cas de cambriolage ou d'intrusion. Dans un article du Guardian, il est expliqué que les deux femmes qui disent avoir été violées dans ces pièces pensaient être enfermées. "Vous ne pouvez pas entrer de l'extérieur, mais vous pouvez les ouvrir de l'intérieur si vous savez comment faire", détaille le procureur. Or, seul le footballeur pouvait le faire. 

Les accusations contre Benjamin Mendy ont été connues en août 2021. À l'époque, le footballeur est accusé de quatre viols et d'une agression sexuelle par trois personnes. Depuis, sept plaignantes se sont fait connaître. Le joueur de Manchester avait alors été placé en détention provisoire et écroué à la prison d'Altcourse, près de Liverpool. En raison de sa notoriété et d'un taux élevé d'agressions dans cet établissement, le footballeur avait été transféré à la prison de Strangeways, en décembre 2021. Libéré sous caution en janvier 2022, Benjamin Mendy est depuis soumis à un contrôle judiciaire : son passeport lui a été retiré et il doit pointer quotidiennement au commissariat. À la suite des accusations portées contre Benjamin Mendy, le club de Manchester City, dans lequel il jouait, l'a suspendu. Le joueur reste tout de même lié au groupe mancunien jusqu'en 2023.

Mercredi 17 août 2022, une première plaignante a été entendue. Son témoignage a été enregistré par la police, puis retransmis lors du procès afin de préserver l'anonymat de la femme et qu'elle n'ait pas besoin de se rendre au tribunal. Pendant plus d'une heure et demie, elle a raconté une soirée d'octobre 2018 durant laquelle, après des jeux d'alcool dans un restaurant, Benjamin Mendy lui aurait dit "quand il aura tourné le dos, je te kidnapperai", rapporte Le Parisien. La jeune femme croit d'abord à une plaisanterie. Elle s'est ensuite rendue au domicile du joueur, où elle s'est endormie en état d'ébriété. À son réveil, elle explique comment le joueur de football serait rentré dans la salle de bains, alors qu'elle prenait une douche et qu'il n'en serait pas sorti, malgré ses demandes répétées. Après lui avoir montré son pénis, en l'empêchant de prendre ses sous-vêtements, il l'aurait assise sur un lit pour tenter de la violer. "Je ne comprenais pas ce qu'il se passait", témoigne-t-elle, expliquant qu'elle n'a pas crié, car elle était sidérée. Déboussolée, elle parvient à partir du manoir et a envoyé un SMS à une amie pour l'informer de ce qui venait de se passer. La jeune femme a porté plainte en août 2021, après avoir appris que Benjamin Mendy avait été arrêté pour viol.

Jeudi 18 août, une deuxième plaignante était entendue au tribunal. Elle accuse Benjamin Mendy de l'avoir violée à trois reprises lors d'une soirée d'octobre 2020. Après avoir rencontré le footballeur dans un bar, elle et ses amies ont été invitées dans son manoir pour une soirée. Arrivée sur place, la femme se fait confisquer son téléphone par le joueur. Après l'avoir suivi dans une chambre pour le récupérer, elle assure que le footballeur lui aurait demandé de se déshabiller pour qu'elle puisse obtenir son téléphone. Selon des propos rapportés par France info, elle aurait affirmé : "Je veux mon téléphone, je ne sais pas à quoi tu penses. Je ne veux pas faire l'amour avec toi". Benjamin Mendy lui aurait alors répondu "de toute façon la porte est fermée à clef". Pour rentrer dans la pièce, le joueur aurait déverrouillé la porte avec son empreinte digitale. La femme raconte ensuite comment le footballeur l'aurait violée trois fois en une vingtaine de minutes et assure avoir saigné après ces rapports. Avant de sortir de la chambre, Benjamin Mendy lui aurait demandé : "Ne dis rien à personne et tu peux venir ici tous les soirs", détaille BFM TV. "Comme si cela avait été un privilège de venir tous les soirs faire ça avec lui", assène la plaignante. Celle-ci a porté plainte trois semaines après les faits.

Benjamin Mendy accusé d'une agression sexuelle en janvier 2021

Mardi 23 août, la troisième plaignante et victime présumée dans l'affaire Benjamin Mendy a témoigné. Elle raconte s'être rendue avec une amie à une soirée au manoir de Benjamin Mendy le 2 janvier 2021 autour de minuit et déclare qu'à "trois heures du matin, je marchais vers l'île et il revenait par là. Il a en quelque sorte agrippé ma vulve." Le geste aurait été furtif mais suffisant pour violer l'intimité de la plaignante qui précise : "Je portais des sous-vêtements mais je pouvais sentir ses doigts à l'intérieur de mon vagin". Selon la plaignante, la scène se poursuit aux toilettes où la jeune femme pense se réfugier et fumer une cigarette : "J'allais aux toilettes mais la porte était fermée à clé. Il est venu ouvrir la porte et je suis entrée dans la salle de bains. Nous étions face à face et il a fait un geste pour me faire subir une fellation. Je me suis retournée, mon amie est arrivée et je lui ai raconté ce qui s'était passé", poursuit elle.

La soirée a continué en présence de la jeune femme et de son amie, toutes les deux trop "ivres" pour prendre la route. La témoin reconnait avoir continué à boire et avoir passé la soirée au bord de la piscine en "gardant ses distances" avec le footballeur. Lui serait venu lui parler lui demandant la raison de sa colère et s'excusant dans la foulée : "Il a dit qu'il était vraiment désolé et qu'il ne voulait pas me mettre mal à l'aise. Il était presque enfantin". La plaignante évoque un nouvel et dernier échange avec Benjamin Mendy autour de six heures du matin pour trouver des affaires de rechanges à la jeune femme. "Nous sommes montés à l'étage et il m'a donné les vêtements. Il m'a demandé si je voulais des sous-vêtements et j'ai dit 'oui'. Je lui ai demandé de quitter la pièce pendant que je m'habillais et il l'a fait immédiatement."

Benjamin Mendy accusé d'un viol survenu en août 2021

La plaignante qui a témoigné au procès le mercredi 24 août accuse Benjamin Mendy de l'avoir violée au cours d'une soirée dans son manoir près de Manchester en août 2021. La jeune femme reconnaît s'être rendue d'elle-même au domicile du joueur et avoir rejoint l'homme dans une pièce à sa demande plus tard dans la soirée. "On a fini par s'embrasser et il a baissé son pantalon" explique la victime présumée qui ajoute avoir immédiatement fait comprendre au footballeur sa volonté de ne pas avoir de rapport sexuel avec lui. Elle précise ne pas avoir consommé d'alcool et être pleinement consciente lorsqu'elle répète plusieurs fois son non consentement. Elle ajoute avoir usé de plusieurs excuses comme sa non prise de contraception où le fait qu'ils ne se connaissaient pas face à l'insistance de Benjamin Mendy. Une relation sexuelle non consentie selon la plaignante aurait alors eu lieu malgré son refus : "Je ne savais pas quoi faire à ce moment-là, j'avais donné toutes les excuses possibles pour me sortir de cette situation". "J'ai dû me mettre à quatre pattes. Il était derrière, avec sa main sur mon dos. [...] Ce n'était pas long, dans les 20 secondes et c'était fini", détaille la jeune femme en décrivant le viol avant d'ajouter : "Durant tout le temps que ça a duré, il savait que je ne voulais pas ça. Il continuait à s'approcher et à insister, je ne pouvais plus rien faire d'autre."

Dans son témoignage la plaignante ajoute qu'après le viol présumé, elle a rejoint son amie qui aurait été empêchée de venir la rejoindre par deux amis de Benjamin Mendy. Elle dit avoir été traumatisée après les faits et s'être sentie "sale" et "honteuse". Benjamin Mendy, lui, serait revenu vers elle par messages pour lui demander de le rejoindre, des invitations toutes déclinées.

Le footballeur français plaide non-coupable et nie les dix chefs d'accusation d'infractions sexuelles qui pèsent contre lui. La défense pourra s'exprimer plus tard durant le procès qui devrait durer plus de trois mois. Lors de l'exposé des faits par le procureur du tribunal, Benjamin Mendy est "resté impassible", rapporte France info. Serein depuis le début de son procès, il assure que toutes les relations étaient consenties. Les deux hommes "n'ont laissé transparaitre aucune émotion depuis le début de leur procès", selon Le Parisien.

Au Royaume-Uni, le viol n'est pas qualifié de la même façon qu'en France. Outre-Manche, on considère qu'il y a viol lorsqu'un individu (A) "pénètre intentionnellement le vagin, l'anus ou la bouche d'un individu (B) avec son pénis sans que B consente à cette pénétration et que A ne croit pas raisonnablement que B y consente", explique 20 Minutes. La notion de consentement pourra être interrogée. Dans la justice britannique, les plaignantes ne sont pas au cœur du procès. Enfin, au Royaume-Uni, les peines sont cumulables et un viol peut être de puni de quatre ans de prison à la perpétuité. Poursuivi pour huit viols, Benjamin Mendy pourrait, s'il est reconnu coupable, terminer sa vie en prison. 

Dans un article publié en septembre 2021 dans le Parisien, plusieurs de ses proches expliquent qui est Benjamin Mendy, au-delà de ce que le grand public connait et regrettent que personne n'ait été capable de le remettre sur le droit chemin. "Ben est issu d'une famille pauvre", explique le père du gardien Brice Samba qui a accueilli le jeune homme sous son toit pendant six mois au Havre. "Ses parents, aujourd'hui décédés, n'ont jamais eu beaucoup d'influence sur lui. Seul son grand frère, David, a tenté de substituer à ses parents pour tenter de le cadrer, mais il a fini par abandonner (...) Dès qu'il a gagné un peu d'argent grâce au football, au Havre, Benjamin s'est acheté des vêtements de la marque Louis Vuitton. C'était sa façon de se démarquer. Ensuite, à Marseille, cela s'est accéléré avec l'argent, la notoriété et les mauvaises fréquentations (...) Le principal problème de Benjamin, c'est que personne autour de lui n'a été capable de le remettre dans le droit chemin", estime Brice Samba Senior.