Emmanuel Macron homosexuel, le "lobby gay"... Autopsie d'une rumeur

MACRON - GALLET - Le nouveau président de la République l'a pourtant officiellement démentie, puis combattue par de multiples moyens, mais rien n'y fait : la rumeur sur son homosexualité continue de circuler.

[Mis à jour le 7 mai 2017 à 23h25] Ce n'est pourtant pas faute de s'afficher publiquement avec sa femme Brigitte, qui l'a une fois encore rejoint sur scène au Louvre à la fin de son deuxième discours de Président élu ce dimanche 7 mai au soir.  Ni de poser en couple à la Une de nombreux titres de presse. La rumeur sur l'homosexualité d'Emmanuel Macron continue de circuler.  En témoigne la dernière Une du bimestriel gay Garçon Magazine, sorti en kiosque samedi 29 avril. Le leader du mouvement En Marche! y est affiché torse nu, via un photomontage. La tête d'Emmanuel Macron a été mise sur le corps parfaitement musclé d'un autre homme. A côté de la photo, une vraie citation de l'ancien ministre de l'Economie : "La communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans, ndlr) trouvera toujours en moi un défenseur". Rien de mieux pour relancer la rumeur sur l'homosexualité du nouveau président de la République. 

Pour y faire face, celui qui vient d'accéder à l'Elysée a eu recours a plusieurs méthodes. L'humour, l'indignation, le démenti, puis, finalement, le silence.  Le 12 avril, il confiait au Parisien : "On disait dans les dîners parisiens que j'étais homosexuel. C''est assez déplaisant quand ce n'est pas le cas et c'est déstabilisant pour vos proches et pour vous-mêmes". Au fond, pour l'ancien ministre, "cela en dit long sur la dégradation des moeurs politiques et long sur l'homophobie rampante, car ce qu'on me reprochait c'est d'être homosexuel comme si c'était une tare". Interrogé sur le sujet par Têtu fin février, il avait clairement explicité sa pensé : "Deux choses sont odieuses derrière sous le sous-entendu : dire qu'il n'est pas possible qu'un homme vivant avec une femme plus âgée soit autre chose qu'un homo­sexuel ou un gigolo caché. C'est misogyne". Et d'ajouter : "Si j'avais été homo­sexuel, je le dirais et je le vivrais".

Le show Macron pour parler de Mathieu Gallet

Lors d'un meeting au théâtre Bobino de Paris début février, devant une foule à ses pieds, le candidat d'En Marche! avait déjà tenu à tordre le cou à cette rumeur persis­tante selon laquelle il vivrait une histoire d'amour cachée avec le PDG de Radio France, bien loin de Brigitte Macron, sa femme. Fin janvier, l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron s'était alertée de l'ampleur des ragots et pressé son candidat de prendre les devants. "Depuis une douzaine de jours, nous avions reçu dans une chaîne de mails un message dénonçant notre candidat comme un homosexuel honteux et nous avons aussi reçu une avalanche d'appels nous informant que des photos compromettantes allaient sortir dans la presse à scandale. Cette machination était d'une efficacité redoutable", expliquait le patron de la com' d'Emmanuel Macron, Sylvain Fort, au Parisien, le 8 février.

Autre indicateur : les équipes d'Emmanuel Macron se seraient alertées des mots clés associés à "macron" dans le moteur de recherche Google. En saisissant le nom du candidat dans le moteur. On voyait en effet le mot "Gallet" s'afficher, signe que des requêtes sur le sujet avaient déjà été effectuées de manière massives sur le Web.

Emmanuel Macron homosexuel ? Son nom associé à celui de Mathieu Gallet dans Google.
Emmanuel Macron homosexuel ? Son nom associé à celui de Mathieu Gallet dans Google. © Capture Google

Pour le candidat, il y avait donc urgence à démentir les rumeurs. D'autant que depuis plusieurs jours, on laissait entendre que la supposée relation d'Emmanuel Macron et Mathieu Gallet serait bientôt révélée au grand jour. Emmanuel Macron, a donc opté pour l'humour, comme pour désamorcer une bombe, sans avoir l'air d'y toucher : "Si dans les dîners en ville, si dans les boucles de mails, on vous dit que j'ai une double vie avec Mathieu Gallet ou qui que ce soit d'autre, c'est mon hologramme qui soudain m'a échappé, mais ça ne peut pas être moi !", avait lâché le candidat. Celui qui est marié depuis 10 ans à la très médiatique Brigitte Trogneux faisait référence avec malice au double meeting de Jean-Luc Mélenchon réalisé la veille.

En vidéo - Emmanuel Macron dément être en couple avec Mathieu Gallet

Mathieu Gallet cité avec son consentement ?

Mathieu Galet n'a pas réagi de son côté. Le patron de Radio France a-t-il donné son accord pour que son nom soit ainsi lancé par un candidat à la présidentielle en plein meeting avec les répercussions médiatiques que cela implique ? Il a préféré se concentrer sur sa fonction, livrant une interview au Monde pour défendre la bonne santé du groupe qu'il dirige. A la moitié du mandat que lui a confié le CSA, Mathieu Gallet a reconnu des débuts difficiles, et un problème de méthode. Mais il a défendu des résultats plutôt positifs et esquissé une reconduction dans trois ans. L'interview portait essentiellement sur les projets de Radio France pour 2017, résolument tournés vers le numérique, et sur la demande de Mathieu Gallet d'une refonte de la redevance.

Mathieu Gallet a en tout cas, lui aussi, fait l'objet de nombreuses allusions sur son orientation sexuelle depuis sa nomination à Radio France. Dans un portrait publié par le Monde lors de sa nomination en 2014, la journaliste Raphaëlle Bacqué évoquait au détour d'une phrase des "garçons" dans l'entourage du nouveau patron de la Maison Ronde. Une phrase qui lui vaudra les semonces du conseiller en communication de l'intéressé regrettant qu'on ait "outé" Mathieu Gallet. Quelques années plus tôt, quand il sera nommé à la tête de l'INA, les portraits s'attarderont sur sa proximité avec Frédé­ric Mitter­rand, dont il fut directeur adjoint du cabi­net au ministère de la Culture... En novembre 2014, à peine nommé à, la tête de Radio France, Mathieu Gallet est propulsé "homme de médias le plus sexy" par le magazine LGBT Têtu. Il était classé à la neuvième place du classement général du magazine gay.

Emmanuel Macron homosexuel : une vieille rumeur

La rumeur sur l'homosexualité supposée d'Emmanuel Macron revient régulièrement et a pris de l'ampleur ces derniers mois, à mesure que sa cote montait dans les sondages. A tel point qu'Emmanuel Macron avait déjà décidé de l'évoquer frontalement, dès le mois de novembre, dans une émission de Médiapart. "Je le dis très simplement que ceux qui s'amusent à faire ça se fatiguent. Moi en tout cas je ne changerai pas de vie pour eux. Je n'ai pas de double vie et je tiens plus que tout à ma vie familiale et maritale", a-t-il affirmé aux journalistes du site d'investigation. 

Plusieurs amis proches du candidat ont aussi évoqué la rumeur directement dans un passé très récent. "Un soir, alors que dînions avec quelques amis, Emmanuel a raconté qu'il était victime d'une sale rumeur concernant son couple, qu'il aurait une relation avec un homme", a ainsi déclaré le comédien François Berléand dans les colonnes de Gala en novembre dernier. Le magazine consacrait un dossier au couple formé par Emmanuel Macron et Brigitte Trogneux, avec, déjà, l'objectif manifeste de crever l'abcès et de faire taire les "mauvaises langues.

Selon François Berléand, Emmanuel Macron aurait tenu à ajouter devant ses proches : "Brigitte sait tout de moi, je ne vois pas comment je pourrais avoir une vie parallèle". Mais manifestement, cette histoire d’homosexualité cause du souci au couple. Brigitte Macron en aurait parlé à Bernard Montiel, alors qu'ils s'étaient rendus ensemble au concert de Julien Doré. "Elle trouve les rumeurs sur son mari désolantes", rapporte l'animateur à Gala. "Je lui ai raconté l'expérience que j'ai vécue voilà bien des années aux côtés de mon amie Isabelle Adjani, à propos de l'infondée rumeur sur sa maladie".

Cette fois, alors qu'on l'interrogeait sur les propos les plus récents d'Emmanuel Macron, une autre source assurait au Parisien qu'il fallait rechercher les causes de l'apparition des allégations du côté de LR : "En réalité, on a compris que c'était une campagne contre-feu de l'entourage de Fillon", dit-il.

Des calomnies répandues par ses adversaires ? De droite ? De gauche ?

Mais qui sont "ceux qui s'amusent à faire ça" ? Emmanuel Macron a toujours refusé de nommer qui que ce soit, se contentant de pointer des "gens qui n'ont aucune morale, qui pensent que tout est permis en politique, à commencer par le mensonge". Mais il a laissé entendre qu'il avait lui-même une idée sur l'identité des responsables. "A gauche et à droite, il y a plusieurs personnes derrière toutes ces rumeurs qui sont dans des dîners en ville", a-t-il dit sans plus de commentaire à Médiapart. Dans les rangs socialistes, certains verraient d'un bon oeil la propagation des "on dit" susceptibles d'affaiblir le candidat qui a trahi le président. "Me sujet ça n'est pas qu'il ait une double-vie, mais il a menti aux Français. Il a fait toute ces photos avec Brigitte... Le sujet c'est : est-il honnête ?", confiait il y a quelques semaines un hollandais à Atlantico. qui cite un autre proche de Macron, convaincu que "les bombes viennent de Matignon : "Bien sûr, ils veulent le flinguer. L'affaire fiscale (les révélations du Canard Enchaîné sur l'ISF d'Emmanuel Macron, ndlr) était un avertissement maintenant ils vont plus loin, ils attaquent sur sa vie privée. Mais on a de quoi riposter".

D'après L'Express, Emmanuel Macron suspecterait un proche de Nicolas Sarkozy dans la propagation de ces rumeurs sur sa vie privée. En coulisses, l'ancien chef de l'Etat aurait démenti un quelconque rôle. Mais c'est bien de la droite que la vague de rumeurs est revenue ces dernières heures : Nicolas Dhuicq, député Les Républicains de l'Aube, a attaqué frontalement Emmanuel Macron dans une interview publiée samedi dans le media russe Sputnik. Évoquant tout de go la "vie privée"' du leader d'En Marche!, l'élu a fait un drôle d'amalgame entre soutiens publics et orientation sexuelle desdits soutiens. "Ça commence à se savoir à l'heure où nous parlons", a débuté Nicolas Dhuicq dans cet entretien. "Macron est quelqu'un qu'on appelle le 'chouchou' ou le 'chéri' des médias français, qui sont détenus par un petit nombre de personnes, comme tout le monde le sait".

Puis ce farouche opposant au mariage gay s'est avancé en terrain particulièrement glissant : "L'un de ses soutiens est le célèbre homme d'affaires Pierre Bergé, associé et amant de longue date d'Yves Saint Laurent, qui est ouvertement homosexuel et défend le mariage pour tous". Le tout avant de conclure : "Il y a un très riche lobby gay qui le soutient. Cela veut tout dire..."

Des accusations diverses derrière la rumeur

Outre les propos sur sa prétendue homosexualité, c'est à une offensive plus globale des médias pro-russes que le leader d'En Marche ! a dû faire face. Le député LR Nicolas Dhuicq a également pointé les liens supposés d'Emmanuel Macron avec les banques américaines. Et le fondateur du site WikiLeaks, Julian Assage, a affirmé le 3 février qu'il s'apprêtait à dévoiler "des informations beaucoup plus troublantes" au sujet du nouveau président de la République.

"Nous possédons des informations intéressantes concernant l'un des candidats à la présidence française, Emmanuel Macron. Les données proviennent de la correspondance privée de l'ex-secrétaire d'État américain, Hillary Clinton", a-t-il confié au journal russe Izvestia qui reprend ses dires dans un article intitulé "Assange va jeter de l'huile sur le feu de la campagne présidentielle en France".

Reste qu'Emmanuel Macron ne compte pas se laisser marcher sur les pieds. "J'attaquerai tout et ça ne me déstabilise pas une seule seconde", a-t-il affirmé à Mediapart en novembre. De quoi faire durer encore un peu cet affrontement aux multiples ramifications.

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