Le tourisme face au changement climatique : vers la fin du voyage lointain ?

Dans le cadre de la 6ème édition de la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable, la Coalition Internationale pour un Tourisme Responsable a organisé le vendredi 1er juin 2012 un colloque professionnel sous le titre : « Le tourisme responsable face au changement climatique : vers une relocalisation du tourisme ? ». La Tunisie était le pays invité à débattre sur ce thème au cours d’une table ronde l’après-midi. Plus de 200 professionnels du tourisme étaient présents pour écouter 4 table-ronde

Ouverture de Monsieur le Ministre Tunisien du Tourisme Elyès Fakhfakh

Ouvert par Monsieur le Ministre du Tourisme Tunisien Elyès Fakhfakh, pays invité à débattre cette année sur le thème du tourisme face au changement climatique, le colloque a permis d’informer et de sensibiliser les 200 professionnels du tourisme présents dans l’Hémicycle du Conseil régional d’Ile-de-France ce vendredi 1er juin 2012.

Le Ministre Tunisien du Tourisme a affirmé l’engagement de la politique touristique du pays en faveur d’un tourisme plus responsable suite aux révolutions de 2011 que ce soit au niveau social ainsi qu’au niveau environnemental. Il a présenté les futures actions pour la protection des côtes ainsi que la révision du code d’incitation à l’investissement dans l’hôtellerie prenant en compte les aspects sociaux et environnementaux des projets.


Vers la fin de l’hyper-mobilité du voyage…

Jean-Paul Céron, chercheur à l’Université de Limoges et parrain de cette édition, a présenté des scénarios relativement pessimistes sur l’avenir du tourisme international de long courrier.

Tout d'abord, pour cadrer les débats, il a précisé un chiffre important. En moyenne, 75% des émissions de gaz à effet de serre d'un voyage, responsable du changement climatique, proviennent du transport entre son domicile et son lieu de séjour. Les 25% restant correspondent aux émissions sur place (hébergement, restauration, activités diverses).

Selon lui, nous arriverons dans l’avenir à la fin de l’hyper-mobilité du voyage, au développement du « slow tourism » et à l’évolution de l’usage du temps libre pour les générations à venir. De nombreux défis attendent donc la profession dans les 50 prochaines années.

Guy Raffour, directeur de Raffour Interactive, a montré que pour seulement 7% des touristes, la limitation des émissions de gaz à effet de serre était une priorité dans le choix des vacances et qu’environ 10% des clients en agence s’en préoccupaient.


Une diminution à l’avenir de la part de l’aérien

La 1ère table ronde consacrée à la question des transports touristiques face au changement climatique a démontré la dépendance du tourisme aux transports et au pétrole. Il a été démontré par les experts présents que la part de l’avion devra vraisemblablement diminué dans les déplacements futurs et que le train aurait un rôle important à jouer dans les prochaines décennies. Selon différentes estimations, chaque personne pourrait consommer au maximum deux tonnes de CO2 par an pour l'ensemble de ses activités de la vie courante, soit l'équivalent d'un aller-retour à New York. Or, "les Français émettent plutôt entre 6 et 10 tonnes de CO2 par an" estime Léo Bénichou, du Shift Project. "Et nous sommes dans la moyenne basse des pays développés". Nous sommes donc encore bien loin du compte et nous allons bien devoir changer nos façons de "consommer" les voyages.

Le tourisme participe aujourd'hui à 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Le transport aérien, pour sa part, contribue à hauteur de 2 à 3% de ces gaz à effet de serre. Sachant que l’efficacité énergétique des avions augmente seulement d’1% par an actuellement alors que le trafic aérien augmente de son côté de 5%, l’impact sur le changement climatique ne pourra que s’accroître sans une évolution radicale des modes de consommation des déplacements.

Ainsi, selon une étude du cabinet TEC, alors que le scénario tendanciel de la répartition des modes de transport utilisés prévoit une part de l’avion à hauteur de 55% pour 2050 (contre 29% en 2000), un scénario intégrant les problématiques du développement durable ne peut voir la part de l’avion être supérieur à 19% (contre 36% pour le train et 29% pour l’automobile).

Certains experts du secteur préconisent même une nouvelle éducation des consommateurs ou de nouvelles lois pour interdire les déplacements touristiques en avion sur des distances où le train est disponible. Dans une vision de prospective du secteur du tourisme, certaines voix s’élèvent également pour proposer des déplacements intercontinentaux en train (entre Istanbul et Marrakech ou entre Paris et New York). 


Des solutions efficaces pour réduire les impacts sur les sites touristiques

La table ronde consacrée à la relocalisation du tourisme avait pour objectifs de présenter des solutions pour réduire les impacts sur le changement climatique au niveau local, sur les sites et territoires touristiques. Reka Csépeli, en charge du tourisme responsable au sein du Comité Régional du Tourisme de l’Île-de-France, a présenté les actions en faveur d’un tourisme durable sur ce territoire. Un bilan carbone a permis de mesurer (122 millions de tonne équivalent carbone) & d’identifier l’impact de l’ensemble de la chaîne du tourisme y compris les transports des touristes arrivant sur la première destination mondiale. Le territoire de la Baie de Somme (France) a présenté les solutions développées pour faire de ce territoire naturel une véritable éco-destination en intégrant et en accompagnant l’ensemble des professionnels publics et privés du tourisme. Ainsi, suite à la réalisation d’un bilan carbone pour certains hôteliers, ils ont décidé d’en réaliser un sur l’ensemble du territoire. Certains professionnels engagés ont quant à eux partagés leurs expériences pour réduire l’impact de leurs activités sur le changement climatique. De l’intégration de circuits courts pour les restaurateurs à la réduction des consommations énergétiques dans les hôtels en passant par la mise en place d’une stratégie d’écomobilité (navettes électriques, auto-partage, etc.) pour le territoire.



Club Med et Ethic Etapes ont démontré que pour l’ensemble des hébergements, des solutions existaient aujourd’hui pour diminuer les impacts environnementaux au niveau local tout en permettant de renforcer les bénéfices sociaux pour les populations environnantes, pour les salariés et pour les clients. Club Med a mis en place un partenariat avec l’ONG Agrisud dans plusieurs pays (Maroc, Brésil, Tunisie, Madagascar, Sénégal et Mexique) pour appuyer les agriculteurs locaux à se structurer et à répondre au mieux à la demande en produits biologiques pour les villages du Club Med. Le réseau Ethic Etapes quant à lui a mis en place des partenariats avec des agriculteurs biologiques locaux afin de favoriser les produits de proximité & de qualité.

Hubert Vendeville, directeur du cabinet Evea Tourisme, a présenté un outil d’étiquetage environnemental pour les hébergements permettant d’afficher leur engagement sur différents critères (Eau, Energie, Emissions de CO2, Santé, Biodiversité, etc.) auprès des visiteurs et ainsi de rentrer dans un processus d’amélioration continue de leur engagement environnemental.


Enfin, Laurent Besson, directeur du Tour Opérateur Vision du Monde, a présenté sa nouvelle marque Echo de la Terre (http://www.echodelaterre-voyages.com/). Il a décidé de relocaliser ses produits touristiques vers des destinations proches en utilisant des moyens de transports moins polluants. Par exemple, il propose des voyages au Maroc en prenant le bateau de Marseille pour Tanger.


Vers un tourisme intérieur de qualité en Tunisie

Les experts et professionnels tunisiens, invités à débattre au cours de la 3ème table ronde, ont présenté la fragilité du territoire et donc du tourisme face aux impacts du changement climatique. Il a par ailleurs été démontré toutes les opportunités et les possibilités de développement d’un tourisme plus responsable  dans l’intérieur du pays. Tarek Nefzi, directeur de l’agence Bécasse, a présenté toute l’étendue de l’offre écotouristique en Tunisie en particulier les produits valorisant la biodiversité animale et ornithologique en particulier.

Ces produits d’écotourisme et de tourisme culturel dans l’intérieur des terres peuvent ainsi permettre aux visiteurs de rester plus longtemps en Tunisie et ainsi d’impacter moins sur le changement climatique. C’est aussi la possibilité de réduire les impacts négatifs des flux touristiques sur les côtes en proposant une offre alternative de circuits dans d’autres régions moins développés du pays.

Enfin, en conclusion du colloque, l’Organisation Internationale du Tourisme Social a réaffirmé son engagement pour développer un tourisme pour tous dans un contexte économique et écologique difficile. Jean Marc Mignon, son président, s’est néanmoins montré inquiet des incidences des impacts du changement climatique sur le tourisme et donc sur les populations des pays fragiles.

L’Organisation de Coopération et de Développement Economique par l’instar d’Alain Dupeyras le responsable du département Tourisme, a renforcé l’intérêt de l’innovation verte dans le tourisme et la recherche d’une diminution des impacts du secteur tourisme sur le changement climatique.



Rendez-vous le lundi 3 juin 2013 pour la 7ème édition de la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable

Les organisateurs du colloque ont conclus l’évènement en appelant les professionnels du tourisme à proposer les thèmes pour l’édition suivante afin de répondre au mieux à leur préoccupation. Ils ont ainsi donné rendez-vous à l’ensemble de la profession le lundi 3 juin 2013 pour la 7ème édition de la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable.

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