|
Habitée depuis la préhistoire, cette cité située entre la
mer Rouge et la mer Morte fut dans l'Antiquité un carrefour
important entre l'Arabie, l'Égypte et la Phénicie. Construite
dans le roc, à l'intérieur d'un cirque de montagnes percé
de couloirs et de défilés, Petra est un site archéologique
des plus célèbres, où se mêlent les influences de traditions
orientales anciennes et de l'architecture hellénistique.
Petra l'oubliée
Bâtie dans un cirque rocheux en aval de la route du désert,
sur l'ancienne voie du Hedjaz qu'empruntaient les caravanes
entre Damas et la Péninsule Arabique, Petra est l'héritage
des Nabatéens. Ce peuple arabe s'établit au sud de
la Jordanie, il y a 2 000 ans, et choisit ce poste stratégique
en retrait pour dominer les routes commerciales de l'ancienne
Arabie. La ville qu'ils bâtirent était admirée pour
sa culture raffinée, son architecture massive et son ingénieux
réseau de barrages et de canaux.
Toutefois, son influence et sa prospérité grandissantes furent
perçues comme une menace par Rome, qui annexa le royaume Nabatéen
à la province romaine en l'an 106 après J.C. Invisible, tapie
dans son canyon, Pétra disparu totalement de la circulation
pendant plusieurs centaines d'années.
Des siècles plus tard, un certain Johann Burckardt
entendit parler de Pétra. Sur le chemin de la Mecque, cet
aventurier suisse voulu croire à l'existence de cette
fabuleuse cité disparue et rangée dans l'ordre du mythe, et
réussit à convaincre les bédouins de l'y accompagner. Il est,
en 1812, le premier occidental, depuis le départ des croisés,
à parcourir le défilé du Siq et à découvrir la sublime façade
du Khazneh. Il faudra toutefois attendre 1924 pour que les
premières fouilles archéologiques soient entreprises, et 1985,
pour que le site soit classé Patrimoine Mondial par l'Unesco.
Un trésor de roc
Au fond d'une gorge étroite, entre d'immenses parois rocheuses,
se niche le fameux "Trésor" de Pétra, cœur d'un ensemble de
bâtiments taillés dans la pierre comprenant des monastères,
des tombes et des thermes.
Invisible depuis la route, la faille, appelée Siq,
s'enfonce dans le roc, comme seule voie d'accès pour entrer
dans la ville. Ce long corridor de plus d'un kilomètre, large
de seulement quelques mètres, se fraie un chemin entre des
falaises pouvant atteindre 100 mètres de haut, suivant l'ancien
lit du cour d'eau Wadi Moussa. Ici ou là, d'étranges
sculptures de grès rose, formées par l'érosion,
apparaissent.
Au bout du Siq se distingue, dans l'entrebâillement de la
falaise, entre les formes découpées de la roche, le Khazneth.
Image la plus célèbre de Petra, celui qui signifie "trésor"
en arabe dévoile une façade d'inspiration corinthienne avec
deux niveaux de colonnes, entièrement intégrée à la roche,
s'ouvrant sur des salles intérieures vastes et travaillées.
Au-delà du Khazneth, la route s'élargit peu à peu pour déboucher
sur la ville basse, dont les parois révèlent quelques six
cents tombeaux édifiés dans la falaise. Parmi
eux, le tombeau Corinthien, le tombeau à l'Urne, qui servit
de cathédrale, et le tombeau à Etages, qui présente le plus
grand mur travaillé du site sur cinq niveaux. Parmi
les nombreux monuments cultuels, un théâtre se découpe plus
loin sur un paysage majestueux, tandis que le Cardo Maximus
déroule une grande avenue pavée, bordée d'un Arc de Triomphe
et des ruines du temple de Qasr el Bint.
La route s'élève ensuite dans une interminable ascension
de 800 marches. Le légendaire "Deir", dont le nom signifie
monastère, peut se découvrir à dos d'âne. Il ouvre une voie
sur des corniches vertigineuses aux panoramas spectaculaires
et débouche sur une vaste esplanade d'où se distingue un édifice
monumental, rappelant le Khazneth, de plus de 40 mètres de
haut sur 45 mètres de large. Là, une vue dégagée
sur les montagnes de la Araba achève une visite étourdissante.
Une inscription nabatéenne trouvée à l'entrée du Siq semble
indiquer que le nom sémitique de Pétra était
"reqem", renvoyant au caractère multicolore
des blocs de grès. Les blancs, les mauves, les stries
ocre embellissent celle que l'on nomme la "cité
de grès rose", et lui rendent, malgré les
siècles d'oubli et de silence, une atmosphère
étonnamment vivante, comme si elle avait su garder,
mystérieusement, le secret de la route des caravanes.
|