Elisabeth Borne à l'Assemblée : ce qu'il faut retenir du discours de la Première ministre

"Elisabeth Borne à l'Assemblée : ce qu'il faut retenir du discours de la Première ministre"

Elisabeth Borne à l'Assemblée : ce qu'il faut retenir du discours de la Première ministre ELISABETH BORNE. La Première ministre a précisé la feuille de route de son gouvernement durant son discours face à l'Assemblée le mercredi 6 juillet. Elisabeth Borne a invité l'opposition aux "compromis" à "bâtir ensemble".

Sans vaciller, Elisabeth Borne a exposé la feuille de route du gouvernement et surtout sa méthode. Sous les applaudissements de la majorité mais plusieurs fois interrompue par les huées et les râles de l'opposition, face à l'Assemblée nationale le 6 juillet, la Première ministre a défendu toutes les lignes du projet présidentiel et appelé les députés aux "compromis sans compromissions". L'expression plusieurs fois répétée du "bâtir ensemble" a traduit la volonté de la locataire de Matignon de construire sa "majorité d'action" avec les forces de l'opposition au cas par cas selon les textes votés. "Les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux et de construire ensemble", a-t-elle fait remarquer, aussi Elisabeth Borne a promis d'aborder "chaque texte dans un esprit de dialogue, de compromis et d'ouverture" tout en rappelant aux élus de tous les bords que "le compromis, ce n'est pas se compromettre. C'est accepter, chacun, de faire un pas vers l'autre".

La Première ministre a donc placé son discours de politique générale sous le signe de l'ouverture politique mais elle a pris soin de limiter le champ des possibles en excluant ouvertement des accords avec La France insoumise (LFI) ou le Rassemblement national (RN). Sans jamais les citer, Elisabeth Borne a tiré sur la gauche radicale et l'extrême droite, la première ayant été visée par la dénonciation des propos outranciers de Jean-Luc Mélenchon sur la police : "Honte à ceux qui attaquent systématiquement nos policiers et nos gendarmes. Honte à ceux qui tentent de dresser les Français contre ceux qui les protègent". La seconde faisant l'objet de la lutte "avec intransigeance contre toutes les discriminations [...] qu'elles concernent le genre, la religion, la couleur de la peau, le handicap, l'orientation sexuelle". En revanche, les partis de gouvernement ont été tour à tour mentionnés par Elisabeth Borne qui, avec malice, a évoqué des points de convergence entre eux et la majorité : Olivier Marleix (LR) interpellé sur l'état des comptes publics, Cyrielle Chatelain et Julien Bayou (EELV) sur les enjeux écologiques, Boris Vallaud (PS) sur la santé ou encore André Chassaigne (GDR) sur la cohésion des territoires. Des interpellations qui ont suscité de vives réactions dans l'hémicycle. Reste à savoir si le discours aura eu l'effet escompté sur les députés.

Le discours d'Elisabeth Borne calqué sur le programme présidentiel

Elisabeth Borne a articulé son discours devant les députés sur trois axes : le pouvoir d'achat, la transition écologique et "l'égalité des chances", une troisième partie qui englobait aussi bien les mesures concernant la petite enfance, la santé que la sécurité. Il ressort de la prise de parole que le pouvoir d'achat est la priorité du gouvernement. Elisabeth Borne a confirmé une série de mesure pour limiter l'inflation qu'elle a présenté comme "la plus faible de la zone euro" : la prolongation du bouclier tarifaire sur les prix de l'électricité, de l'essence et du gaz, la suppression de la redevance audiovisuelle à l'été, mais aussi la volonté de se diriger vers le plein emploi "qui est à portée" et la mise en place de la réforme des retraites. Sur ce dernier point, Elisabeth Borne n'a pas donné de cap oubliant volontairement d'évoquer le report de l'âge de départ à 65 ans. "Nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps et prendre en compte les carrières longues et la pénibilité. Ce gouvernement mènera les concertations avec les partenaires sociaux en associant les parlementaires", a-t-elle déclaré dans le chahut de l'Assemblée.

Le discours d'Elisabeth Borne a ensuite viré sur la transition écologique dont la Première ministre est personnellement chargée. Pour "gagner la bataille du climat" l'ancienne ministre du Travail mise sur le mix énergétique défendu par Emmanuel Macron : "Nous déploierons les énergies renouvelables et nous continuerons à investir dans le nucléaire avec la construction de nouveaux réacteurs, car la transition énergétique passe par le nucléaire". Exit donc le recours aux centrales à charbon, Elisabeth Borne ayant posé l'objectif de devenir "la première grande nation écologique à sortir des énergies fossiles". L'autre promesse de la Première ministre et celle à laquelle on s'attendait le moins est l'annonce de l'intention de l'Etat de nationaliser EDF.

Discours d'Elisabeth Borne en vidéo

Elisabeth Borne inquiétée par une motion de censure ?

Quelques heures avant le discours d'Elisabeth Borne devant l'Assemblée nationale, le 6 juillet 2022, LFI a affirmé avoir déposé une motion de censure contre la Première ministre et son gouvernement. Tous les députés insoumis, écologistes, communistes et socialistes membres de la Nupes ont assuré qu'ils signeront la motion de censure ce qui pousse déjà le compteur à près de 150 paraphes. Mais, le nombre de signatures ne devrait pas dépasser ce pallier sans le soutien de LR et du RN qui ont refusé de s'associer au texte. La Nupes reste donc loin des 289 votes nécessaires pour voir aboutir la motion de censure et renverser le gouvernement.

Dans sa motion de censure, LFI a insisté sur le refus d'Elisabeth Borne de se soumette au vote de confiance des députés après son discours. Une décision qui selon Adrien Quatennens est un "déni de démocratie". "En l'absence de vote de confiance, le choix est fait de rompre avec l'équilibre institutionnel actuel de la Première ministre [...] dont la légitimité procède aussi du Parlement par ce vote de confiance", peut-on lire dans le document partagé par la députée Mathilde Panot sur Twitter.  

Elisabeth Borne nommée Première ministre le 16 mai 2022

Elisabeth Borne a été nommée Première ministre par Emmanuel Macron le 16 mai 2022, après des semaines de spéculations suivant la réélection de ce dernier le 24 avril. Le chef de l'Etat avait assuré quelques jours avant cette nomination qu'il voulait à ses côtés "quelqu'un de sensible sur les questions sociales, environnementales et productives", une personnalité "incarnant à la fois le 'renouvellement' et en même temps 'quelqu'un de solide, capable de faire un 20 heures devant quinze millions de téléspectateurs et de tenir dans le chaudron de l'Assemblée, lors des questions au gouvernement'", disait aussi l'entourage du chef de l'Etat. Le tout avec "une sensibilité écologiste affirmée car Emmanuel Macron a promis de nommer un 'premier ministre chargé de la planification écologique'" (Le Monde).

Elisabeth Borne s'est ainsi imposée comme celle qui cochait le plus de cases dans cette équation. Elle est même devenue une évidence dans les tout derniers jours avant sa nomination, notamment après la levée de bouclier provoquée dans la majorité par l'hypothèse Catherine Vautrin, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy qui s'était battue contre le mariage pour tous lors du quinquennat de François Hollande.

Qui est Elisabeth Borne ? Biographie Express

Avant d'être nommée Première ministre, Elisabeth Borne était ministre du Travail dans le gouvernement Castex, après avoir occupé les portefeuilles des Transports et de la Transition écologique depuis 2017. Relativement peu connue des Français, ce qui peut constituer "un atout" dans ses nouvelles fonctions, elle l'était toutefois "plus que ne l'étaient Édouard Philippe et surtout Jean Castex" à leur arrivée à Matignon. 

Diplômée de Polytechnique, technicienne tenace, jugée loyale, Elisabeth Borne est en tout cas perçue par la Macronie comme ayant fait ses preuves au gouvernement pendant tout le dernier quinquennat. Cette ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal, qui fut aussi préfète et dirigeante de grandes entreprises publiques comme la RATP, a également le mérite d'appartenir à l'aile gauche de la majorité, un atout à l'approche des législatives et à l'heure où s'annoncent de nouvelles réformes sociales, à commencer par "la mère des batailles" sur les retraites.

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