Procès Lelandais : quel verdict attendre de l'affaire Maëlys ?

Procès Lelandais : quel verdict attendre de l'affaire Maëlys ? Le procès de Nordahl Lelandais, accusé de l'enlèvement et du meurtre de la petite Maëlys doit débuter le 31 janvier à la cour d'assises de l'Isère. L'ancien maitre-chien encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

[Mis à jour le 25 janvier 2022 à 15h12] Il avait fallu attendre six mois et une preuve matérielle pour que Nordahl Lelandais avoue, en février 2018, avoir tué Maëlys de Araujo. Depuis, la famille de la victime attend toujours le procès qui doit débuter ce 31 janvier. Plus de trois ans après le drame, l'accusé s'apprête à être jugé devant la cour d'assises de l'Isère pour l'enlèvement et pour sa responsabilité dans la mort de la petite Maëlys. A l'issue de ce procès de trois semaines, du 31 janvier au 18 février, l'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Pour la famille, les audiences à venir s'annoncent comme une "terrible épreuve" mais elle attend que "toute la mesure de la dangerosité de Nordahl Lelandais" soit prise en compte par la justice, a précisé Me Fabien Rajon, l'avocat de la mère et de la sœur de Maëlys.

La petite fille de huit ans a été enlevée puis tuée dans la soirée du 27 août 2017 alors qu'elle se trouvait avec ses parents à un mariage dans la commune de Pont-de-Beauvoisin, en Isère. Nordahl Lelandais était lui aussi présent à l'événement et c'est pendant la fête qu'il a enlevé la fillette. L'homme de 38 ans a modifié à plusieurs reprises le récit des faits mais dans sa dernière version, il soutient que la fillette est montée volontairement dans sa voiture pour voir ses chiens. Au bout de quelques minutes seulement, selon sa version des faits, l'enfant se serait mise à pleurer et l'accusé l'aurait violemment frappée au visage au point d'entrainer la mort. L'aveu de l'accusé n'est intervenu qu'en février 2018 après la découverte par les enquêteurs d'une tache de sang de Maëlys dans le coffre de sa voiture.

Quelles est la peine encourue par Nordahl Lelandais ?

Jugé pour le meurtre et l'enlèvement de la petite Maëlys, l'ancien maître-chien encourt en théorie la réclusion criminelle à perpétuité. S'il s'agit de la peine la plus lourde en France elle est toujours assortie d'une période de sureté pouvant aller de 18 à 22 ans, c'est-à-dire qu'au bout de 22 ans derrière les barreaux la personne condamnée peut demander une allègement de sa peine. Une exception prévue par la loi du 1er février 1994 permet de prononcer la perpétuité incompressible avec une période de sureté qui peut s'étendre sur 30 ans mais Nordahl Lelandais ne risque pas d'être condamné à une telle peine. Seuls quatre cas de figure justifient la perpétuité incompressible, notamment le meurtre d'un mineur de moins de 15 ans s'il s'accompagne "d'un viol, de tortures ou d'actes de barbarie". Or, l'agression sexuelle n'est pas un chef d'accusation retenu contre Nordahl Lelandais, faute de preuves. Une décision des juges que l'avocat de la famille de Maëlys regrette : "Les juges auraient peut-être pu être plus audacieux et envisager d'autres qualifications, je pense notamment à des qualifications liées à des sévices d'ordre sexuels sur la petite Maëlys. Cela n'a pas été leur choix".

Le réquisitoire définitif du parquet de Grenoble concernant l'affaire de la petite Maëlys a été rendu le 19 mars 2021. Les services du Procureur avaient alors écarté la préméditation pour retenir uniquement les charges de meurtre, d'enlèvement et de séquestration de mineure de moins de 15 ans contre Nordahl Lelandais. L'abandon de la circonstance aggravante de la préméditation rend impossible le jugement pour assassinat. Le meurtre avec préméditation est passible de la réclusion criminelle à perpétuité quand le meurtre est puni que trente ans de prison, comme précisé aux articles 221-1 et 221-3 du Code pénal. Or selon Me Rajon, "en droit et compte tenu des qualifications qui ont été retenues par les juges d'instruction, Nordahl Lelandais encourt une peine de réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 18 à 22 ans, période de sûreté maximum de 22 ans". Ajouté l'assassinat comme chef d'accusation n'aurait donc pas eu impact sur la peine encourue par l'accusé.

La question "d'un éventuel mobile sexuel" posée durant le procès

La famille de la victime ne donne pas de crédit aux déclarations de Nordahl Lelandais. "Je ne crois pas à la mort accidentelle de ma fille comme il le dit. Ni à une simple promenade nocturne pour aller voir ses chiens. À 3 heures du matin, on n'enlève pas une enfant pour une promenade, une visite animalière. Il savait très bien ce qu'il allait faire. C'était prémédité", a déclaré Joachim de Araujo, le père de Maëlys dans un entretien au Parisien. L'homme dévasté ne s'attend pas à ce que l'accusé dise la vérité sur la nuit du drame. Pourtant, beaucoup de zones d'ombres entourent encore la mort de Maëlys et le procès a pour but de faire toute la lumière sur cette affaire, notamment sur "la question d'un éventuel mobile sexuel" rapporte Me Rajon. Malgré les doutes de la famille et des enquêteurs, la charge de l'agression sexuelle n'a pas été retenue car l'autopsie menée tardivement n'a pas permis de déterminer si la fillette avait subi des sévices sexuels. Nordahl Lelandais a attendu plusieurs mois pour révéler la localisation du corps de la fillette, enterré sur un site du massif de la Chartreuse, et du fait retardé les examens nécessaires pour connaître les circonstances de la mort de Maëlys. Les soupçons concernant l'agression sexuelle de la fillette sont renforcés par d'autres accusations qui portent sur l'ancien militaire et pour lesquelles Nordahl Lelandais sera également jugé devant les Assises de Grenoble : des faits qualifiés d'agressions sexuelles à l'encontre de deux de ses petites cousines, âgées de 4 et 6 ans au moment des faits, et la détention d'images pédopornographiques.

Avec de telles charges d'accusations, la personnalité de Nordahl Lelandais et ses déviances seront au cœur du procès. Les psychiatres ayant expertisé l'ex maitre-chien ont d'ores et déjà fait état de penchants pédophiles avérés et d'une absence totale de culpabilité. Des rapports qui seront mis en perspective avec les découvertes des enquêteurs. Me Boguet a notamment fait savoir à France 3 au sujet de l'affaire Maëlys "que quelques heures avant de se présenter comme invité surprise de ce mariage, Nordahl Lelandais a consulté des sites pédopornographiques". Tandis que Me Carole Rémond, l'avocate de la famille des petites cousines du trentenaire, raconte que l'homme s'est filmé en train d'agresser les deux enfants et précise que "c'est une des composantes de prédateurs sexuels d'une manière générale". Comme argument de défense, l'accusé avait expliqué aux enquêteurs ne plus savoir différencier les femmes adultes des enfants sous l'emprise de l'alcool et de la cocaïne. Malgré l'absence de preuves tangibles, le père de Maëlys, Joachim de Araujo est intimement persuadé que sa fille a été abusée et décrit l'agresseur comme un "quelqu'un de pervers, pédophile". Et d'ajouter : "Il l'a enlevée pour abuser d'elle. Pour moi, Lelandais est un monstre"

Nordahl Lelandais condamné pour le meurtre d'Arthur Noyer

Les enquêtes menées sur l'ancien maître-chien, suspect et désormais accusé dans l'affaire Maëlys, ont permis de résoudre une autre enquête et de trouver le coupable du meurtre du caporal Arthur Noyer dans la nuit du 11 au 12 avril 2017. Le jeune homme de 23 ans passait la soirée avec des camarades du 13ème bataillon de chasseurs alpins dans les bars de Chambéry. Le groupe s'était ensuite rendu dans une boite de nuit de la préfecture savoyarde avant qu'Arthur Noyer sorte de l'établissement et disparaisse. Dans cette affaire Nordahl Lelandais a reconnu avoir pris le caporal en stop à la sortie de la boite de nuit, lequel l'aurait agressé après l'avoir accusé de vouloir lui subtiliser son téléphone portable. Là encore, le trentenaire a attendu plusieurs mois avant d'avouer en mars 2018 avoir provoqué la mort du caporal, mais accidentellement, à la suite d'une bagarre. Lors de son premier procès sur l'affaire Arthur Noyer, Nordahl Lelandais a écopé d'une peine de 20 ans de réclusion qu'il purge au le centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier.