Lyon-Turin : combien coûtera la nouvelle ligne TGV à la France ?

Lyon-Turin : combien coûtera la nouvelle ligne TGV à la France ? Le projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin est pharaonique. La France et l'Italie ont déjà signé un accord les engageant à un financement de 8,5 milliards d'euros. Le coût total du chantier est estimé à 26 milliards.

Paris-Milan en à peine plus de 4 heures de trajet, contre 7 actuellement : c'est ce que permettra la réalisation de "l'autoroute ferroviaire" reliant Lyon à Turin. La France et l'Italie sont parvenus à un accord ce lundi 3 décembre pour entériner les premières étapes du projet. Pourtant, celui-ci fait polémique, avant tout pour son coût qui semble démesuré. La somme de 8,5 milliards d'euros est avancée, répartie entre l'Italie, la France et l'Union européenne. Pour l'heure, la répartition de la prise en charge entre les différents pays n'a pas été communiquée, mais la France pourrait débourser 2,2 milliards d'euros et l'Europe pourrait financer le projet à hauteur de 40 %, encore faut-il que le budget européen pluriannuel 2014-2020 soit adopté.

Pour être tout à fait complet, il faut préciser que coût de 8,5 milliards d'euros est celui du seul tunnel transfalpin de 57 kilomètres. Le coût total du chantier, qui ne prendra fin qu'à l'horizon 2028, est estimé à quelque 26,1 milliards d'euros selon la Direction générale du Trésor. Pour l'économiste Brieuc Bougnoux, c'est "deux fois plus cher que le tunnel sous la Manche, pour un trafic 5 fois moins important" ajoutant dans Slate que "ce projet intéresse les populations des régions Rhône-Alpes et Piémont, soit environ 10 millions d'habitants, guère plus". La Cour des comptes a également critiqué le projet dont la rentabilité s'avère assez "faible". Dans un récent rapport, elle met en évidence les coûts prévisionnels "en forte augmentation".

L'argent public consacré au projet est tel que mêmes certains élus locaux estiment qu'il vaudrait mieux "saturer l'infrastructure existante". C'est ce que proposent notamment Pierre Mériaux, conseiller régional Europe Ecologie-Les Verts, ou José Bové, faisant référence au fret qui passe par Mont-Cenis chaque année : 4 millions de tonnes par an, alors que sa capacité est de 15 millions de tonnes. Parmi les autres alternatives, sont avancés le développement de plateformes de fret intermodales, l'accroissement du trafic TER, une amélioration massive des infrastructures actuelles avec la mise en place de dispositions de protection contre les risques de nuisances, notamment auditives, pour les populations. Des solutions qui permettraient de réduire tout autant que le LGV les émissions de CO2, et dont le coût ne dépasserait pas le milliard d'euros d'investissement. 

Les gouvernement italien et français semblent avoir bien intégré le coût pharaonique du projet, mais il ne s'agit pas pour eux que d'un simple investissement local. Leurs arguments sont ceux des promoteurs industriels qui considèrent ce projet comme une vitrine technologique pour les entreprises européennes à travers le monde. L'objectif demeure de transférer l'équivalent d'un million de poids lourds par an de la route vers le rail et redynamiser la liaison entre la France et l'Italie. Aujourd'hui, cette liaison ne totalise que 10 % du trafic qui traverse les Alpes par le rail, contre 30 % en Autriche et 60 % en Suisse.