Masques pour le grand public : bientôt obligatoires à Nice, Paris... ? A quoi ressemblent-ils ?

Masques pour le grand public : bientôt obligatoires à Nice, Paris... ? A quoi ressemblent-ils ? MASQUE CORONAVIRUS - Les masques vont sans doute prochainement devenir indispensables pour vos sorties hors de votre domicile. A Nice, la mairie annonce qu'ils seront obligatoires d'ici quelques jours alors que la mairie de Paris va en distribuer. A quoi vont-ils ressembler, à quoi servent-ils ? Voici les premières réponses.

Vous cherchez des masques pour vous équiper lors de vos sorties ? Sachez que vous pouvez tout d'abord en fabriquer vous-même (voir nos conseils pour fabriquer votre masque). Les municipalités commencent également à commander des masques pour en équiper leurs administrés. Lundi, la mairie de Nice a ainsi annoncé que le port du masque sera prochainement obligatoire dans les rues de la ville par arrêté municipal. 

Mardi, c'est la mairie de Paris qui annonce la prochaine distribution de masques aux Parisiens, Anne Hidalgo ayant promis "deux millions de masques en tissu dans les prochains jours". Ces masques permettront d'équiper le grand public mais aussi peu à peu de préparer le très attendu déconfinement. Le gouvernement a en effet annoncé le 31 mars dernier par le biais d'une publication sur le site Entreprises.gouv.fr la création de deux nouveaux types de masques non sanitaires. Ils seront donc destinés (dans un premier temps ?) à une utilisation dans un cadre professionnel, hors soignants ou personnels médicaux qui, eux, recevront en priorité les masques chirurgicaux et FFP2. A quoi vont-ils servir, dans quelles conditions faudra-t-il les porter et où les trouvera-t-on ? Voici quelques premiers éléments de réponse.

Masques grand public : seront-ils obligatoires prochainement en ville ?

Les mairies de Nice et de Sceaux sont les premières à s'être positionnées pour un arrêté municipal obligeant les habitants à porter un masque hors de leur domicile. A Nice, Christian Estrosi assure qu'une fois les masques distribués aux habitants, il prendra "un arrêté portant obligation à toute personne sur le domaine public de le porter". D'autres maires comme ceux de Cannes ou Paris se positionnent également pour le port du masque. Une obligation serait pourtant difficile à mettre en place à l'échelle d'une commune puisque c'est en principe au préfet de prendre la décision et doit s'appuyer sur des circonstances particulières, "par exemple si la commune est située dans un cluster", explique au Parisien Serge Slama, professeur de droit public. Un citoyen pourrait être en mesure de saisir un tribunal administratif. La préfecture pourrait aussi faire annuler cet arrêté par le biais d'un action en justice... Aux initiatives locales, pourraient donc se substituer des recommandations au niveau départemental, régional, voire national. D'autres maires, comme celui de Hyères Jean-Pierre Géran, critiquent un "coup de com" de la part de certains édiles... "Il est très important que toute la population soit traitée de la même façon. Il faut arrêter la course à l'échalote d'arrêtés municipaux pris de manière individuelle", a-t-il confié à Nice Matin.

Nice, Paris... A quoi vont ressembler ces masques ?

A Paris, Anne Hidalgo annonce que les masques en tissu prochainement distribués seront en tissu, réutilisables et fabriqués à Paris. "On a lancé une [initiative] avec un réseau d'une trentaine de petites entreprises de l'économie sociale et solidaire pour fabriquer deux millions de masques réutilisables en tissu fabriqué à Paris qui seront offerts aux Parisiennes et aux Parisiens", a expliqué la maire de Paris sur France Info. "Comme le disent beaucoup de médecins depuis longtemps, il faut que chacun puisse avoir une protection : n'importe quel type de foulard ou de masque est mieux que rien", a-t-elle poursuivi. "Il faut qu'on apprenne (…) durablement à vivre avec ces protections".

A Nice, le maire Christian Estrosi a expliqué en visio conférence de presse lundi que la mairie fournirait "d'ici huit à dix jours" à chaque Niçois "un masque lavable et réutilisable pendant un mois, qui respecte toutes les mesures sanitaires". Selon Nice-Matin, il s'agira aussi d'un masque en tissu produit par un fournisseur français et qui sera remis directement aux Niçois.

Quid des masques qui seront destinés aux entreprises suivant les normes de l'Afnor ? Si l'on suit le document de l'Afnor à destination des fabricants, ce masque barrière doit couvrir du nez au menton en offrant une protection complète de la bouche. Contrairement aux masques professionnels FFP2, il ne comprend pas de soupape inspiratoire ou expiratoire et ne filtre donc pas l'air. Le masque doit par ailleurs être réutilisable. L'Afnor recommande aux fabricants que le "masque barrière résiste à cinq cycles de lavage au minimum", un cycle correspondant à une durée minimale de 30 minutes avec un lavage à 60 degrés minimum. Toutefois, aucune précision sur le caractère lavable et réutilisable du masque n'a depuis été apportée par le gouvernement dans ses communications. Deux types de masques sont proposés à la fabrication, pour un rendu avec une forme "bec de canard" ou '"masque à plis". Parmi les matières recommandées et jugées conformes pour la fabrication industrielle de ces masques, on trouve le coton, le polyester ou encore le polyamide. Le tout est complété par un jeu de brides, soit un élastique ou un lien qui peuvent être cousus ou soudés au masque.

Masques pour le grand public : à qui sont-ils destinés ?

En plus des masques en tissu promis par plusieurs maires début avril, le gouvernement a communiqué récemment sur la question des masques, pas seulement FFP2 ou chirurgicaux réservés aux soignants. Deux catégories de masques homologués et dont la fabrication devait être lancée ont été annoncées par le Premier ministre Edouard Philippe en conférence de presse le 28 mars dernier.

  • La première catégorie de masques grand public pourrait être distribuée aux professionnels et salariés exerçant des métiers en contact avec du public : ce peut être le cas des caissiers de supermarchés dont la situation inquiète depuis plusieurs semaines, mais aussi des forces de l'ordre chargées des contrôles des mesures du confinement ou encore des agents des services publics ouverts comme les bureaux de poste… Le gouvernement donne quelques exemples sur le site Entreprises.gouv.fr et cite "les populations amenées à recevoir du public dans le cadre de leurs activités professionnelles (policiers, gendarmes, hôtesses de caisses, etc.)."
  • Le gouvernement a aussi donné quelques détails sur la deuxième catégorie. "Ce masque pourra être porté par l'ensemble des individus d'un sous-groupe (entreprise, service…) ou en présence d'autres individus porteurs d'un masque d'une autre catégorie, lorsque le poste ou les conditions de travail le nécessitent." Ces masques pourraient donc être délivrés directement dans les entreprises. Les modalités et conditions restent encore floues...

Quelles différences avec les masques des soignants, quel niveau de protection ?

Ces masques ne remplaceront pas les gestes barrières (distanciation sociale, se laver régulièrement les mains, utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter, tousser dans son coude…) mais seront en complément. Ceux à l'usage des professionnels en contact avec le public devront filtrer "90% des particules de 3 microns" quand les masques destinés au reste de la population devront afficher un niveau de filtration de "70% des particules de 3 microns". Les 85 prototypes validés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l'ANSES permettent ce niveau d'efficacité et un "port pendant 4 heures", précise une note d'information reprise par le site Numérama. A titre de comparaison, sachez que les masques chirurgicaux réservés aux soignants filtrent près de 99% de ces mêmes particules quand les masques FFP2 sont les seuls à protéger efficacement (à hauteur de 95% environ selon le ministère de la Santé) des plus petites particules (0,6 microns). Quant aux masques en tissu, leur efficacité est loin d'être démontrée mais ce serait "mieux que rien"...

A quoi vont servir ces masques de protection pour le grand public ?

Ces nouveaux masques, qu'ils soient produits industriellement et destinés aux entreprises ou en tissu, auront donc pour but de fournir un nombre bien plus important de modèles à destination du grand public et de réduire les risques de pénuries de masques chirurgicaux ou FFP2 pour les soignants. Attention, il convient de rappeler qu'ils ne protégeront pas les porteurs de masques eux-mêmes. En revanche, ces "masques grand public", même en tissu, pourront permettre d'éviter une propagation du Covid-19 de la part de personnes infectées qui sont parfois asymptomatiques et ne savent donc pas qu'ils peuvent transmettre le virus. En portant un masque grand public, ils réduiront les risques de transmettre et propager le Covid-19 lors de leurs déplacements ou interactions, par exemple dans le milieu professionnel… Quand le temps du déconfinement sera venu.

Quelles sont les recommandations sur le port de ces masques ?

Le "masque barrière" est l'appellation officielle prise par l'Afnor qui précise que ce masque n'est pas destiné à remplacer les masques FFP2 et chirurgicaux des équipes soignantes mais "à compléter les gestes barrières et les règles de distanciation sociale". Ce n'est donc pas un dispositif médical. Voici ce que l'Afnor expliquait fin mars dans le document destiné aux fabricants:

  • Un masque barrière est destiné à une utilisation par des personnes saines ou asymptomatiques.
  • Son port doit être limité à une demi-journée et sert de barrière de protection de la "zone bouche et nez" en empêchant les contacts avec la main ou les projections venues de contacts avec une autre personne.
  • Son port peut être efficace par exemple "pour une personne quittant son domicile pour se rendre sur le lieu d'exercice de l'activité professionnelle" ou pour "effectuer des achats de première nécessité". Seule une "protection limitée contre le risque" est revendiquée par l'Afnor.
  • L'Afnor ajoute au document un guide d'utilisation et de recommandations à destination du grand public. La pose d'un masque de protection doit en effet respecter certains principes pour en assurer l'efficacité.
© Afnor

Quand les masques "barrières" arriveront-ils ?

Bonne question ! L'Afnor a désormais mis à disposition gratuitement les informations de fabrication (matières, principes à respecter) mais aussi les patrons afin de lancer une fabrication industrielle de série. "Le masque barrière vise à équiper tout un chacun lors des déplacements et au travail. Il contribuera à la continuité du fonctionnement de notre pays et à la reprise d'activités de toutes les entreprises et organismes au sens large. Dès à présent, tout organisme peut l'utiliser pour passer commande à des fabricants." Le 28 mars dernier, Edouard Philippe a confié lors de sa conférence de presse attendre 500 000 masques dès la première semaine et un million à la mi-avril. Vous pourriez donc les trouver sur le marché rapidement. Peut-être votre employeur en commandera-t-il en vue de préparer la fin du confinement... Dans les villes qui promettent de fournir rapidement des masques, le délai pourrait être de quelques jours, "huit à dix jours" à Nice, a promis Christian Estrosi.