Vaccin et médicaments contre le coronavirus : où en est-on ?

Vaccin et médicaments contre le coronavirus : où en est-on ? Une trentaine de start-up et laboratoires pharmaceutiques travaillent à l'élaboration d'un vaccin contre le Covid-19. Alors qu'une vaste expérimentation médicamenteuse est réalisée en Europe, la chloroquine semble être la piste privilégiée.

[Mis à jour le 27 mars 2020 à 17h52] La recherche d'un médicament et d'un vaccin contre le coronavirus continue. Et en attendant, les gouvernements gèrent l'urgence. Par un décret en date du jeudi 26 mars 2020, "l'hydroxychloroquine et l'association lopinavir/ ritonavir peuvent désormais être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d'un médecin aux patients atteints par le Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge. La distribution du médicament demeure encadrée, il est délivré uniquement par les "pharmacies à usage intérieur (les pharmacies des hôpitaux, ndlr)". Par ailleurs, le décret stipule que "la spécialité pharmaceutique PLAQUENIL (médicament à base de chloroquine, ndlr) et les préparations à base d'hydroxychloroquine ne peuvent être dispensées par les pharmacies d'officine que dans le cadre d'une prescription initiale". Autrement dit, les patients qui étaient déjà traités par l'antipaludique devraient être prioritaires.

Ce décret arrive dans une période de flou mais aussi de débats sur les premiers progrès effectués dans le traitement du virus. Alors qu'il a mené les premiers tests en France sur l'hydroxychloroquine, un anti-paludique utilisé depuis des années, le professeur Didier Raoult, fervent défenseur du médicament pour soigner les patients atteints par le Covid-19 et parfois très critique sur la prudence du gouvernement au sujet de cette molécule, a salué cette décision sur Twitter  : "Dans le cadre de l'urgence sanitaire, l'hydroxychloroquine peut être prescrite en traitement du COVID-19. Merci à Olivier Véran pour son écoute". Reste que la chloroquine n'est pas la seule piste suivie pour trouver au plus vite un remède à la pandémie qui submerge la planète.

Existe-t-il un médicament contre le coronavirus ?

  • Non. Des tests sont en cours sur plusieurs molécules. L'un des plus prometteurs à ce stade est la chloroquine qui est un anti-paludique répandu. Le professeur Didier Raoult, directeur de l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille, a mené une expérimentation avec ce médicament sur vingt-quatre patients début mars. A l'issue des essais, 75% n'était plus porteurs du Covid-19. Malgré les réserves d'une partie du corps médical, depuis le jeudi 26 mars 2020, la chloroquine peut être administré par les médecins hospitaliers en France. 
  • Vendredi 20 mars 2020 a débuté le projet Discovery piloté par l'Institut thématique Immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie. En France, cet essai clinique coordonné par l'Inserm porte sur 800 patients hospitalisés dans cinq établissements (à Paris, Lille, Lyon, Nantes, Strasbourg). Cette étude vise à tester sur 3 200 patients européens hospitalisés pour des formes graves de Covid-19, des traitements. Chaque quart des patients recevra un traitement différent : soit symptomatiques (qui traitent les symptômes, mais pas la maladie elle-même), soit du Remdesivir (cet anti-viral empêche le virus d'adapter son code génétique au malade), soit du Kaletra (utilisé pour les patients séropositifs) ou du Kaletra associé à de l'interféron bêta. Un essai avec la chloroquine, sur un large échantillon de patients, a été ajouté et a débuté lundi 23 mars 2020. Un autre portera sur du plasma de personnes guéries réinjecté à des malades. Les premiers résultats sont attendus début mai.
  • Dans une vidéo devenue virale, un prétendu pharmacien italien établi au Japon, assure que "L'Avigan [NDLR : antiviral japonais] soigne 90% des cas de coronavirus." "Il n'y a actuellement aucune étude clinique publiée concernant l'efficacité et l'innocuité du médicament" dans le traitement du Covid-19, a rétorqué sur Twitter le ministère de la Santé italien. Toutefois, les autorités italiennes ont entamé des essais cliniques. Si l'Agence Italienne de Pharmacie donne son accord, le président de la Vénétie escompte tester l'Avigan sur les tous patients Covid+ hospitalisés. Expérimenté en Chine, il apparait que ce traitement permettrait de réduire la durée de la maladie à 4 jours.
  • Une hémoglobine issue de l'arnicole, un ver marin breton, pourrait être administrée aux patients en détresse respiratoire. "L'hémoglobine de ce vers est capable de transporter 40 fois plus d'oxygène des poumons vers les tissus de l'organisme que l'hémoglobine humaine. De plus, c'est un transporteur d'oxygène universel compatible avec tous les groupes sanguins", a expliqué, dans Le Figaro, Franck Zal, ancien chercheur en biologie marine au CNRS et fondateur de Hémarima, la biotech qui a mis au point cette molécule. Pour certains patients, il faut envisager la mise en place d'une assistance respiratoire extra-corporelle, mais le matériel commence à manquer. Le Pr Bernard Cholley, responsable du service réanimation de l'hôpital européen Gorges-Pompidou à Paris, a estimé : "Nous allons nous trouver réellement dans une grande détresse. Il nous paraît éthique de proposer un traitement de rupture dans un moment où nous n'aurons plus de ressources pour des patients très graves." Le Figaro a rapporté qu'avec "d'autres médecins, il rédige un protocole destiné à obtenir rapidement les autorisations nécessaires pour tester la faisabilité de cette technique sur un petit nombre de patients. "  

Existe-t-il un vaccin contre le coronavirus ? 

  • Non, mais des travaux sont en cours, une trentaine de start-up et entreprises travaillent à la conception d'un vaccin contre le coronavirus. La société américaine Moderna a commencé un essai clinique de Phase 1 chez l'Homme. "Cette entreprise propose une nouvelle stratégie vaccinale. Elle consiste à injecter directement un ARN [Ndlr : un morceau de patrimoine génétique] synthétique chez l'homme, qui va permettre à l'organisme de produire directement une des protéines du coronavirus. L'objectif est que le patient développe une résistance spécifique au virus, en produisant des anticorps neutralisants contre cette protéine", a expliqué au Figaro Olivier Scwartz, directeur de l'unité virus et immunité à l'Institut Pasteur. Afin de maximiser son efficience Moderna n'a pas réalisé de test sur des souris. Cependant, Olivier Scwartz a estimé qu'il "faudra tout de même entre douze et vingt-quatre mois pour boucler ces essais cliniques chez l'homme."
  • La bonne nouvelle, dans la course à l'élaboration d'un vaccin est que le virus aurait une évolution lente. Andrew Rambaut, biologiste spécialiste de l'évolution moléculaire à l'Université d'Edimbourg, a déclaré dans le magazine Science que le nouveau coronavirus connaissait deux mutations mensuelles : "C'est environ deux à quatre fois plus lent que la grippe", a-t-il commenté. De plus, Peter Thielen, généticien moléculaire à l'université Johns Hopkins a expliqué dans le Washington Post : "À ce stade, le taux de mutation du virus laisse penser que le vaccin développé pour le SRAS-CoV-2 serait un vaccin unique, plutôt qu'un nouveau vaccin chaque année comme le vaccin anti-grippe."
  • En France, l'Institut Pasteur a perçu un financement de 4,3 millions d'euros dans le cadre des études à mener sur la maladie. Le protocole mis en place par le professeur Tangy est de développer un vaccin élaboré à partir du virus atténué de la rougeole. Par ailleurs, la Russie a entamé des tests sur des animaux et espère des résultats d'ici juin. La société allemande, CureVac, espère lancer  ses premiers tests d'ici juillet et mettre sur le marché un vaccin à l'autonome. Au Japon, la société biopharmaceutique Anges va prochainement tester un vaccin ARN sur des animaux. Enfin, en Chine, un vaccin est en phase d'expérimentation sur 108 sujets humains. 
  • Des chercheurs néerlandais examinent les effets du vaccin BCG (contre la tuberculose) sur le nouveau coronavirus. Le Figaro révèle que  "chez la souris, le BCG entraînerait une baisse de la charge virale et stimulerait la sécrétion de protéines qui régulent l'activité du système immunitaire. Le vaccin permettrait aussi de mieux contrôler l'inflammation, qui dans le Covid-19 est très forte dans les poumons." Mihai Netea, spécialiste des maladies infectieuses au centre médical de l'université Radboud aux Pays-Bas, a entamé une expérimentation sur 1 000 soignants hollandais en contact direct avec les malades. Les conclusions seront connues sous trois à quatre mois.

 Comment traite-t-on le coronavirus aujourd'hui ? 

En l'absence de médicament, un traitement symptomatique est appliqué aux cas bénins. Il s'agit de limiter les effets importuns — maux de tête, maux de gorge, courbatures. Pour cela, les patients peuvent prendre du paracétamol (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan) jusqu'à 3g/jour. Samedi 14 mars 2020, le ministère de la Santé a fortement déconseillé la prise d'anti-inflammatoires de type Ibuprofen, aspirine ou cortisone. Les cas les plus graves sont admis dans des unités dédiées en service de réanimation. Les patients sont plongés dans un coma artificiel, ils sont sous assistance respiratoire et suivent souvent des traitements antibiotiques. Ils sont également placés sur le ventre seize heures par jour. Cette position étant une manière de les soulager. Cette prise en charge dure plusieurs semaines.

Comment se protéger du coronavirus ? 

Selon l'Institut Pasteur, "en l'absence de mesures de contrôle et de prévention, chaque patient infecte entre 2 et 3 personnes". Afin de limiter la propagation du Covid-19, il est donc important de respecter les consignes de restrictions de déplacement instaurées par le gouvernement. L'Institut Pasteur rappelle qu'il faut "s'abstenir de toute sortie non indispensable dans un lieu public" et "éviter tout contact avec des personnes vulnérables (femmes enceintes, malades chroniques, personnes âgées…)". De plus, "se laver les mains régulièrement, tousser ou éternuer dans votre coude, utiliser des mouchoirs uniques et conserver une distance d'au moins 1,5 mètre avec tout interlocuteur" demeurent des mesures efficaces.

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, certains se ruent sur des flacons d'huiles essentielles de thym, ravintsara ou encore de tea tree pour booster leurs défenses immunitaires. Le Pr Jean-Louis Montastruc, responsable du centre de Pharmacovigilance et d'information sur le médicament au CHU de Toulouse, décrie le recours à ces essences. Le professeur a vociféré dans La Dépêche : "Il n'y a, à ce jour, aucune preuve clinique sur le fait que certaines huiles essentielles stimuleraient l'immunité ou permettraient de prévenir le COVID-19 ou même de le soigner." Il a continué : "Les huiles essentielles ne sont pas des médicaments et ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. En prévention et en curatif, elles sont inutiles et coûteuses." Cependant, malgré ses réserves, Jean-Louis Montastruc a estimé "qu'il n'a pas de risques majeurs à utiliser les [huiles essentielles], sauf chez les enfants et les sujets épileptiques en raison des risques de convulsion."