Reconfinement en France : écarté pour l'heure, mais des limitations de déplacement pour la Toussaint ?

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"Reconfinement en France : écarté pour l'heure, mais des limitations de déplacement pour la Toussaint ?"

Reconfinement en France : écarté pour l'heure, mais des limitations de déplacement pour la Toussaint ? CONFINEMENT FRANCE. Olivier Véran a rejeté l'idée d'un reconfinement préventif lors du mois de décembre. Des mesures contraignantes pourraient cependant être prises à la Toussaint si la situation s'aggrave considérablement.

[Mis à jour du 28 septembre 2020 à 11h21] "Je ne me projette pas à dans deux mois pour faire des plans sur la comète" a déclaré Olivier Véran lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Le ministre de la Santé a réagi à la proposition des deux prix Nobel d'économie 2019, Esther Duflo et Abhijit Banerjee, qui consiste à reconfiner de manière préventive les Français durant trois semaines, du 1er au 20 décembre, pour que les Français puissent se déplacer ensuite sans prendre de risque. "C'est une solution qui a le mérite de prendre, pour une fois, de l'avance sur le virus, d'être claire, uniforme et transparente. Elle pourrait, de plus, être perçue comme le prix à payer pour une récompense immédiate, un effort collectif pour sauver Noël...", précisent les deux économistes dans une tribune du journal Le Monde. En confinant les familles durant trois semaines, les risques d'infection faiblissent, ce qui empêcherait de potentiellement contaminer les grands-parents lors des repas de famille des fêtes de fin d'année. "Les rassemblements familiaux, avec leurs longs moments de convivialité autour d'une table (sans parler des cantiques et des chansons à boire), sont malheureusement propices aux contaminations", ajoutent les spécialistes de l'économie.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a donc répondu à cette proposition qui suscite de nombreuses réactions. "Je me projette au jour le jour avec mes batteries de chiffres [...], les retours de terrain, afin de proposer aux Français le chemin le plus sûr pour éviter le confinement et qu'ils puissent passer des fêtes de famille dans de bonnes conditions. Cela ne passera pas par un confinement anticipé de trois semaines", a t-il affirmé lors du Grand Jury dimanche 27 septembre. Le virologue Vincent Enouf ne partage pas non plus cette idée. "Nous sommes nombreux à dire qu'il ne faut pas reconfiner pour des raisons sociales, économiques, etc... Il faut rester hyper flexible, que tout le monde prenne ses responsabilités et suivent les mesures pour vérifier si celles-ci provoquent un effet ou pas." a t-il indiqué. Avant Noël, les vacances de la Toussaint à la fin du mois d'octobre se profilent. Et le ministre n'a pas exclu des mesures drastiques, lorsqu'on lui a demandait s'il fallait se préparait à des limitations de déplacement pour les prochaines vacances scolaires. "Ce qui arrivera à la fin du mois d'octobre dépend de ce que nous ferons dans les prochains jours et les prochaines semaines", a déclaré le ministre de la Santé, sans vraiment répondre. Des mesures ne sont donc pas forcément exclues en fonction de l'évolution de la situation.

Jean Castex n'exclut plus un reconfinement

Il faut bien mesurer que l'hypothèse du reconfinement ne semble pas exclue. Invité de l'émission de France 2 "Vous avez la parole" jeudi 24 septembre, Jean Castex a fait un point sur toutes les éventualiés. "Si nous ne faisons rien, la situation pourrait atteindre les mêmes niveaux qu'en mars. Cela pourrait vouloir dire reconfinement, si la situation devait encore s'aggraver" a t-il affirmé. Ces paroles font écho aux nouvelles mesures annoncées par le ministre de la Santé Olivier Véran mercredi 23 septembre, qui provoquent l'ire d'une partie de l'opinion. Par exemple, la fermeture prématurée des bars et restaurants dans les territoires concernés par la zone d'alerte renforcée, ainsi que l'interdiction totale d'ouverture des établissements de restauration dans les secteurs en zone d'alerte maximale pendant quinze jours. La Guadeloupe et la métropole d'Aix-Marseille appartiennent déjà à cette dernière catégorie.

Le gouvernement souhaite toutefois éviter au maximum un reconfinement local ou national. "Nous avons décidé de prendre des mesures plus fortes, plus dures, pour éviter d'en arriver à des situations qui ont été connues au printemps dernier [...] C'est une course contre la montre" a ajouté le Premier ministre, avant d'alerter la population. "Quand il y a des mesures impopulaires et importantes il vaut mieux que ce soit l'État qui les assume. Il aurait été très difficile pour les élus locaux d'assumer. [...] Si des mesures ne sont pas prises, le 13 octobre, les capacités de réanimation seront atteintes. Et, si ça continue comme ça, début novembre on va se trouver dans une situation très difficile. On a donc un combat très important à mener."

Quatre nouveaux niveaux d'alerte

La veille, mercredi 23 septembre, Olivier Véran s'était exprimé sur les nouvelles mesures prises afin de lutter contre la propagation du coronavirus. Le ministre de la Santé a présenté à cette occasion de nouvelles cartes à l'échelle nationale, qui mettent en lumière la situation sanitaire dans chaque département de la métropole et d'Outre-mer. Quatre niveaux d'alerte ont été introduits lors de ce discours.

  • La zone d'alerte. Afin de faire partie de ce seuil, les départements doivent avoir un taux d'incidence du virus supérieur à 50 pour 100 000 habitants. Le ministre de la Santé a annoncé que "les fêtes, les mariages, les tombolas, les anniversaires, les communions" ne pourront pas rassembler plus de trente personnes. Le ministre a ajouté que "dans l'ensemble de ces territoires, le préfet peut prendre toutes les mesures qui lui semblent pertinentes". 69 départements sont concernés par ces nouvelles mesures.
© ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • La zone d'alerte renforcée.  Le taux d'incidence de ces secteurs est supérieur à 150 cas pour 100 000 habitants. Autre condition : qu'il y ait plus de 50 cas pour 100 000 chez les plus de 65 ans. Paris et la petite couronne, Lyon, Lille, Toulouse, Nice, Saint-Étienne, Bordeaux, Rennes, Montpellier, Rouen et Grenoble sont les métropoles visées dans ce seuil d'alerte. Les grands rassemblements dans ces territoires sont désormais limités à 1 000 personnes, contre 5 000 à l'origine. Les petits rassemblements ne doivent pas excéder dix personnes. Olivier Véran a ajouté que les gymnases, les salles des fêtes, polyvalentes et de sport sont fermés dès le lundi 28 septembre. "Ce sont des espaces confinés où le port du masque est impossible ou à minima complexe et qui sont des lieux, hélas, de contamination importante" affirme le ministre. Les fêtes locales et étudiantes sont quant à elles proscrites. Les établissements de restauration ainsi que les bars auront pour obligation de fermer au plus tard à 22 heures. L'horaire exact pour chaque fief sera déterminé dans les 48 heures par les préfets. Les villes telles que Tours, Dijon, Strasbourg et Clermont-Ferrand, actuellement en zone d'alerte, peuvent passer au seuil supérieur.
© Eliot Blondet/AP/SIPA
  • La zone d'alerte maximale. Elle ne concerne pour l'heure que deux territoires, à savoir la Guadeloupe et la métropole d'Aix-Marseille. Le taux d'incidence est supérieur à 250 cas pour 100 000 habitants dans ces fiefs, ainsi qu'à 100 cas pour 100 000 pour les personnes âgées. Troisième condition à remplir, que les services de réanimation comprennent 30% de patients atteints par le Covid-19. Ce seuil entraine une suspension totale des bars et restaurants à partir du samedi 26 septembre pendant quinze jours. Les établissements publics doivent fermer exceptés pour ceux qui ont déjà un protocole sanitaire strict mis en place. Les cinémas, théâtres et musées ne sont donc pas touchés. Selon Le Figaro, les lieux de culte devraient rester ouverts dans la métropole des Bouches-du-Rhône. Les restrictions des zones d'alertes renforcées s'appliquent à ce seuil.
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  • L'état d'urgence sanitaire. Aucun territoire n'est actuellement concerné par ce dernier stade. Olivier Véran l'a évoqué très brièvement lors de son discours. "Nous n'aurions d'autres choix que de basculer ces territoires en état d'urgence sanitaire" a t-il indiqué, en faisant allusion à la Guadeloupe et la métropole d'Aix-Marseille. Avec ces mesures et la mise en place de ces zones d'alerte, le gouvernement dit tout faire pour éviter un reconfinement. Ce dernier seuil semble pourtant laisser place au spectre d'un reconfinement, qui serait cette fois localisé. La situation ne cessant d'évoluer, le ministre de la Santé fera certainement d'autres annonces dans les semaines à venir.

Des mesures "déclinées territorialement" avait dit Emmanuel Macron

Pour le chef de l'État, le temps est donc venu de fixer de nouvelles consignes.. Emmanuel Macron, depuis la Corse le 10 septembre, avait confirmé que les futures mesures seraient "déclinées territorialement", mais "sans céder à quelque panique que ce soit". "Ce que nous devons faire c'est nous adapter à l'évolution du virus, essayer de ralentir sa circulation avec les gestes barrières, l'organisation de la vie sociale qu'on doit adapter", a expliqué le président.

Un reconfinement à Paris est-il possible ?

Pour l'heure, un reconfinement de la ville de Paris n'est pas envisagé. Des mesures ont déjà été prises, à l'image du masque obligatoire partout, et d'autres pourraient suivre, avant d'en arriver au reconfinement, si la situation se dégradait davantage. Selon BFMTV, une fermeture des musées parisiens fait partie des options qui figurent sur le plan de préfecture de police de Paris remis au Premier ministre Jean Castex, durant le mois d'août. La fermeture à des heures anticipées des bars et restaurants de la capitale est également envisagée. Une chose est sûre concernant le reconfinement, la mairie de Paris tout comme le gouvernement souhaite l'éviter, mais s'il est mis en place, il sera alors appliqué à l'ensemble de la ville. Un confinement par quartier ou arrondissement serait trop délicat à mettre en oeuvre, selon l'Hôtel de ville.

Le reconfinement de la Gironde envisagé mais exclu pour le moment 

"La situation épidémiologique nous inquiète", les mots proviennent de la préfète de la Nouvelle Aquitaine. Pourtant, alors que le maire de Bordeaux avait lui même envisagé un reconfinement localisé, la décision n'a pas été prise. Cependant, la jauge des événements publics est abaissée de 5 000 à 1 000 personnes dans le département de la Gironde, a expliqué la préfète Fabienne Buccio. Les rassemblements privés, eux, ne doivent pas dépasser 10 personnes dans la métropole de Bordeaux. "Les soirées dansantes sont interdites dans les bars, les salles des fêtes et à tous les mariages et anniversaires" conclut la préfète.

Le reconfinement à Marseille pour inverser la tendance ?

Dans le Monde, Michèle Rubirola, maire de Marseille, souhaitait juste "interdire les rassemblements publics sans distanciation physique". Elle a été entendue ce 14 septembre par la préfecture de Marseille qui ne propose pas de reconfinement local malgré une tension hospitalière de plus en plus forte. "Nous figurons en tête des départements dont la situation évolue le plus défavorablement" alerte tout de même le préfet. Au delà du port du masque obligatoire étendu dans 27 communes, les grands rassemblements sont désormais limités à 1000 personnes alors que pour les parcs, jardins, plages, la jauge est de seulement 10 personnes.

Vers un reconfinement local ?

Cela fait un certain temps que le terme de reconfinement local est employé. En effet, un reconfinement national a toujours été exclu depuis le déconfinement du 11 mai dernier, que ce soit par le gouvernement ou par le Conseil scientifique, par exemple. Mais tous s'accordent à dire que le confinement localisé, s'il n'est pas souhaitable, pourrait être un recours à la recrudescence actuelle du Covid-19 dans bon nombre de zones. Jean Castex avait évoqué cette solution en juillet dernier, en parlant de " reconfinements très localisés ". Mais concrètement, à quoi pourrait ressembler un reconfinement local ? Il semblerait que l'on s'oriente, si cette option était retenue, vers des reconfinements par département. C'est en tout cas ce qu'a envisagé tout dernièrement le président de Bordeaux Métropole qui a expliqué ce jeudi 10 septembre sur la chaîne locale TV7 que le département de la Gironde était " aujourd'hui exposé à un reconfinement partiel ". Autre région de France touchée, le Bretagne. La préfète de cette région et d'Ille-et-Vilaine, Michèle Kirry, a tenu en urgence une conférence de presse le mercredi 9 septembre. La haute fonctionnaire a décrit " une augmentation rapide de la circulation du virus en Ille-et-Vilaine " et ces nouvelles contaminations concernent " principalement une population jeune ". La limitation de déplacement de 100 km ainsi que le retour des justificatifs de domicile " si la situation se dégrade ".

Carte de l'évolution du Covid-19

Voici la carte des R0 en fonction des différentes régions, dont les données sont mises à jour chaque semaine par le ministère de la Santé. Il convient malgré tout de préciser qu'il s'agit d'un indicateur de l'évolution de l'épidémie en France parmi d'autres, qui pourraient également entrer en ligne de compte si le gouvernement venait à mettre en vigueur le reconfinement localisé.

Des critères pour le reconfinement ?

Comme évoqué plus haut, le R0 pourrait être retenu comme un critère de reconfinement si le besoin de reconfiner la France, en entier ou en partie, se faisait sentir. Mais il existe d'autres indicateurs, à commencer par le taux de tests positifs, qui est d'ailleurs en augmentation depuis plusieurs semaines d'affilée au niveau national, selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France (+ 13% par rapport au point précédent). Il y a également l'incidence, soit le nombre de personnes contaminées par le coronavirus pour 100 000 habitants, actuellement estimée à 5,5 par SpF et également en augmentation par rapport au point précédent. Enfin, pourrait être retenir le nombre de places en réanimation. Là, les chiffres et les courbes sont plus rassurants, car le nombre journalier de cas hospitalisés en réanimation est toujours en diminution depuis le 8 avril. Retrouvez tous les chiffres et courbes actualisés dans notre article consacré à l'évolution du Covid-19 en France.