Reconfinement en France : la décision prise dans une semaine ? Les spécialistes alertent

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Reconfinement en France : la décision prise dans une semaine ? Les spécialistes alertent CONFINEMENT FRANCE. Le couvre-feu s'est étendu en France et s'il est trop tôt pour évaluer son efficacité, l'hypothèse du reconfinement est de plus en plus plausible, notamment en Île de France.

[Mis à jour du 23 octobre 2020 à 16h02] "Si nous ne réussissons pas collectivement à juguler l'épidémie, nous ferons face à une situation dramatique et nous devrons envisager des mesures beaucoup plus dures. Il est encore temps de l'éviter, mais il ne nous reste plus beaucoup de temps". Dans sa dernière conférence de presse, Jean Castex a alerté une nouvelle fois sur la situation épidémiologique en France et semble de plus en plus ouvrir la porte à un reconfinement. "Reconfinement"… ce mot était tabou il y a encore quelques jours, il revient désormais avec insistance dans les couloirs de l'exécutif" explique également un ministre auprès d'Europe 1, prouvant que le sujet est bien sur la table.

Pour de nombreux spécialistes, le reconfinement pourrait être l'ultime solution pour endiguer la propagation du virus. Selon Aurélien Rousseau, directeur de l'ARS Île-de-France, la décision pourrait même être prise d'ici la fin de la semaine prochaine. "Il faut une grosse semaine pour savoir si le couvre-feu fait vraiment baisser les contaminations. C'est en fonction de cet impact sur la courbe des contaminations que des décisions devront être prises, y compris celle d'un reconfinement ou d'un couvre-feu plus tôt. Il ne faut pas simplement attendre les décisions qui seraient prises la semaine prochaine" explique-t-il sur France Bleu. Pour Arnaud Fontanet, présent ce 23 octobre sur l'antenne de BFM TV, le reconfinement local "fait partie des options". "Tout est sur la table. On fait tout pour éviter" un confinement général mais "un confinement local est possible" selon le membre du Conseil scientifique.

L'épidémiologiste Martin Blaschier a également déclaré sur Franceinfo que la question du "couvre-feu devient presque désuète", et que cette mesure ne serait pas suffisante pour limiter la propagation du coronavirus. Et d'ajouter : "Aujourd'hui, il faut aller jusqu'à des scénarios de reconfinement. Il y a une telle accélération. On s'attend du coup à ce qu'il y ait vraiment une dynamique hospitalière qui va augmenter de façon considérable."

Concrètement, quelles solutions restent-ils avant un éventuel reconfinement général ? Tout d'abord, la mise en place du couvre-feu sur tout le territoire. Si 7 Français sur 10 sont sous le couvre-feu, certains seront peut être tentés de se diriger vers une zone ou le couvre-feu n'existe pas. Autre solution, abaisser le couvre-feu à 19h. Cette hypothèse pourrait être validée dans les prochains jours si les chiffres continuent à se dégrader. Enfin, un reconfinement de la population fragile pourrait être une solution. Si cette dernière risque de provoquer un isolement notamment dans les Ehpad, c'est une hypothèse qui est défendue par Martin Blaschier. "Un reconfinement de deux semaines de la population vulnérable s'avère aussi efficace en termes de réanimation et de mortalité qu'un confinement général", a-t-il expliqué sur LCI.

L'état d'urgence prolongé jusqu'en février 2021

Une position qui n'est pas celle publiquement soutenue par le gouvernement, pour l'instant en tout cas. Invité sur LCI ce jeudi matin, Gabriel Attal a assuré qu'"à ce stade, il n'y a pas de reconfinement prévu du pays", même si, preuve que les signaux ne sont pas bons, l'état d'urgence sanitaire permettant l'instauration d'une telle mesure va être prolongé jusqu'en février 2021.

Si dans d'autres pays le reconfinement est validé par les autorités, en France, même si toutes les hypothèses sont sur la table, l'entourage d'Emmanuel Macron indique que le chef de l'Etat ne veut pas entendre parler d'un renconfinement général, qui serait catastrophique pour l'économie. Pourtant, à l'approche de Noël, l'Irlande ou encore le pays de Galles franchissent le pas pour éviter un reconfinement lors des périodes de fin d'année. L'Organisation Mondiale de la Santé, par l'intermédiaire de son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, émet des signaux d'alerte depuis plusieurs semaines en expliquant qu'il a conscience que "les gens en ont assez, mais ce virus a montré que si nous baissons la garde, il peut ressurgir à toute vitesse et menacer les hôpitaux et les systèmes de santé ".

Le Conseil scientifique avait, dès le mois d'août, sommé les vingt plus grandes métropoles de France de préparer "des protocoles" afin de prévoir un potentiel reconfinement territorial. "Un confinement local plus ou moins important en fonction de l'épidémie doit faire l'objet d'une préparation dans les métropoles, zones de forte densité de population dans lesquelles les risques de propagation sont importants", avait précisé le Conseil scientifique. Dans l'un de leurs derniers avis, publié le 22 septembre, les scientifiques en charge de conseiller le gouvernement sur l'épidémie semblaient a première vue encore écarter cette hypothèse, mais soulignaient dans un des pires scénarios (le scénario 4) "l'intérêt d'un confinement territorial, que les métropoles doivent se tenir prêtes à mettre en oeuvre en cas de nécessité". Le Conseil nuançait même en dernier recours sa position sur un confinement généralisé : ce dernier était alors jugé "pas souhaitable" mais il était encore mentionné en cas d'"échec de la maîtrise de l'épidémie".

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Quels régions, départements, villes seraient reconfinés ?

À l'heure actuelle, neuf grandes villes françaises ont franchi le seuil d'alerte maximale. Paris, Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Lille, Toulouse, Montpellier et Aix-Marseille. Avec Rouen et le reste de l'Ile-de-France, elles correspondent aux zones où le couvre feu est en vigueur. Et ce sont elles aussi qui seront reconfinées en cas d'aggravation.

Un reconfinement à Paris est-il possible ?

Pour l'heure, un reconfinement de la ville de Paris n'est pas envisagé. Des mesures ont déjà été prises, à l'image du masque obligatoire partout, de la fermeture des bars, du couvre-feu, et d'autres pourraient suivre, avant d'en arriver au reconfinement, si la situation se dégradait davantage. Selon BFMTV, une fermeture des musées parisiens fait partie des options qui figurent sur le plan de préfecture de police de Paris remis au Premier ministre Jean Castex, durant le mois d'août. Une chose est sûre concernant le reconfinement, la mairie de Paris tout comme le gouvernement souhaite l'éviter, mais s'il est mis en place, il sera alors appliqué à l'ensemble de la ville. Un confinement par quartier ou arrondissement serait trop délicat à mettre en œuvre, selon l'Hôtel de ville.

Le reconfinement à Marseille pour inverser la tendance ?

Un nouveau confinement dans la cité phocéenne ne semble pas tolérable pour les élus de Marseille à l'heure actuelle. La deuxième adjointe à la mairie de la commune des Bouches-du-Rhône, Samia Ghali, avait indiqué au micro de franceinfo que ce n'était pas "entendable" le 14 septembre 2020. "À l'heure où je vous parle, je crois qu'il ne s'agit plus de reconfinement, mais tout simplement de faire en sorte que l'épidémie soit maîtrisée et maîtrisable, plutôt que de se dire on va reconfiner et bloquer la ville, ce qui n'est pas entendable" avait-elle insisté. La maire de Marseille, Michèle Rubirola, ne disait pas autre chose, le 27 août dernier, à l'AFP. Le reconfinement "a été évoqué, si la situation continuait à se dégrader [...] Mais c'est inenvisageable".

Le reconfinement à Lille, une mesure envisageable ?

Lille est passée en alerte maximale le 10 octobre. Pour Martine Aubry, la maire de la commune, le passage à la catégorie supérieure de la métropole est "totalement justifié", avait-elle déclaré au micro de BFMTV le 8 octobre. "Cette semaine il y a eu une dégradation extrêmement importante" a-t-elle reconnu, avant d'ajouter : "J'espère que le passage à des mesures plus drastiques amènera les jeunes à réfléchir". Le confinement du printemps avait eu des effets dévastateurs sur la sécurité dans la ville. Le 27 septembre, la maire socialiste avait précisé que "pendant la période de confinement, il y a eu l'arrivée de beaucoup de dealers […] de la même manière que nous avons vu arriver beaucoup de sans domicile fixe. Et tous restent là". Martine Aubry a par la suite insisté sur le fait qu'il ne fallait "pas mélanger les deux". Si un nouveau confinement est imposé dans la commune du Nord, tout laisse penser que l'insécurité sera plus grande. Ce domaine était l'un des points soulignés par la politicienne lors de sa campagne électorale pour les municipales 2020.