Dexaméthasone contre le Covid-19 : pourquoi ce médicament suscite tant d'espoirs

Dexaméthasone contre le Covid-19 : pourquoi ce médicament suscite tant d'espoirs Selon les premiers résultats de l'essai anglais Recovery, la dexaméthasone permettrait d'augmenter la survie des patients lourdement atteints par le Covid-19. Entre emballement et véritable promesse, que sait-on de ce médicament ?

"Une percée scientifique", voilà comment est qualifié par l'OMS ce tout nouveau médicament dans la lutte contre le Covid-19 après la publication des premiers résultats de l'essai Recovery dans un communiqué de presse mardi 16 juin. La dexaméthasone, nom de ce tout nouveau traitement prometteur, appartient à la famille des stéroïdes et est réputée pour être un puissant anti-inflammatoire. Selon les responsables de l'essai, il s'agit du premier médicament "dont on observe qu'il améliore la survie en cas de Covid-19". D'après les premiers résultats communiqués sur 2104 patients qui ont reçu ce traitement (par voie orale ou intraveineuse) pendant 10 jours et par rapport aux 4321 autres patients qui ne l'ont pas reçu, "une mort sur huit pourrait être évitée chez les patients placés sous ventilation artificielle". La mortalité a également été réduite d'un cinquième chez des patients moins gravement atteints, à qui on administrait de l'oxygène grâce à un masque, mais sans les intuber.

Le Pr Stephen Powis, directeur médical du service public de santé britannique a qualifié ce traitement "d'avancée majeure dans la quête de nouvelles manières de traiter les malades du Covid". Le Royaume-Uni a d'ailleurs immédiatement indiqué qu'il allait utiliser la dexaméthasone pour traiter les patients lourdement atteints par le coronavirus, l'avantage étant son accessibilité. "La dexamethasone n'est pas chère, déjà commercialisée et peut être immédiatement utilisée" comme l'affirment les auteurs de l'essai Recovery. En France, Jean-Daniel Lelièvre, chef du service de maladies infectieuses à l'Hôpital Henri Mondor se veut prudent mais estime qu'il s'agit d'une "très bonne nouvelle" et l'explique pour France Info. "C'est un médicament pour lequel on avait déjà des effets rétrospectifs parce que dans d'autres cas de détresse respiratoire aigüe on sait que ce médicament peut avoir une efficacité (...) Ce qui change par rapport à l'étude du Lancet (sur la chloroquine NDLR), c'est que c'est une étude rétrospective, c'est-à-dire qu'on a analysé tous les gens qui ont pris un médicament et on regarde si a une efficacité. Ici c'est un essai randomisé, c'est-à-dire que quand on va donner un traitement, on compare vraiment les gens en termes de gravité, de sexe, d'âge. Donc, on est sûr qu'à la fin ce que l'on mesure c'est l'efficacité du traitement."

Des réserves sur l'étude Recovery

Mais attention, si la dexaméthasone soulève un élan d'enthousiasme, notamment parce que l'essai Recovery est reconnu comme référent par la plupart des scientifiques, les résultats de l'étude ne sont pas encore publiés car cette dernière est encore en cours. La BBC invite d'ailleurs la population à ne pas se précipiter pour acheter ce stéroïde. "Les gens ne doivent pas courir acheter le médicament pour le rapporter chez eux, la dexaméthasone ne semblant pas aider les personnes qui ne présentent que des symptômes plus légers du coronavirus et qui n'ont pas besoin d'assistance respiratoire". Au-delà du fait que la molécule semble soigner les patients présentant des formes graves de Covid-19, de nombreuses questions restent en suspens. Le Pr Didier Raoult a d'ailleurs fait part de ses interrogations, notamment sur le taux de mortalité du groupe témoin (41 %) dans plusieurs tweets. "Nous sommes choqués par le taux de mortalité monstrueux dans le groupe SOC (Standard of care, ndlr) de l'essai Recovery" citant à la suite les différents chiffres. "41% chez les patients ventilés. 25% chez les patients nécessitant de l'oxygène. 13% dans le groupe ne nécessitant aucune intervention." Yves Le Tulzo, chef du service de médecine intensive et réanimation au CHU de Rennes, emboîte également le pas de Didier Raoult dans Le Figaro en y mettant quelques réserves. "Avant de conclure, il faudra bien vérifier que les patients étaient comparables en termes de gravité et de soins reçus…"

Un traitement déjà utilisé en France ?

Si cette étude nécessite donc une confirmation plus importante pour prouver son véritable pouvoir de guérison, cette molécule ne serait pas inconnue des hôpitaux français, c'est en tout cas ce qu'affirme l'infectiologue et cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine Karine Lacombe auprès de France Inter. Selon cette dernière, le stéroïde a même été utilisé à "grande échelle". "En France, on a très rapidement donné les corticoïdes chez des patients qui avaient la Covid-19 parce que ça diminue l'inflammation au niveau des poumons. On sait que c'est un traitement qui marche, on l'a utilisé à grande échelle." Des propos qui trouvent également un écho chez Bruno Megarbane, chef du service de réanimation médicale à l'hôpital parisien Lariboisière. "L'ensemble des patients qui étaient admis à Lariboisière en réanimation à cause du coronavirus l'on reçu lors de l'épidémie [le pic épidémique, ndlr] des mois de mars et avril" explique-t-il sur Europe 1.

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