Aylan Kurdi, mort en Turquie : le récit bouleversant du drame

Aylan Kurdi, mort en Turquie : le récit bouleversant du drame AYLAN KURDI - Le père du jeune enfant mort en Turquie a raconté le drame aux médias et à sa famille. Si la photo d'Aylan Kurdi est en train de devenir le symbole du drame des migrants, son récit est tout aussi poignant.

[Mis à jour le 4 septembre 2015 à 9h37] La photo du jeune enfant migrant mort noyé, échoué sur le sable de la péninsule turque de Bodrum, a choqué les esprits en Europe et dans le monde. Le bébé, gisant le visage contre le sable de cette plage très fréquentée de Turquie, vêtu d'un t-shirt rouge et d'un short bleu, était un petit syrien de trois ans, du nom d’Aylan Kurdi. Son père, Abdallah Ebdi, a perdu ses deux enfants et sa femme en voulant fuir la guerre qui fait rage dans son pays. L'homme, abattu, a expliqué aux médias qu'il souhait rentrer en Syrie pour enterrer ceux qu'il a perdus. L'histoire tragique de ces derniers jours, Abdallah l'a contée à ses proches, notamment à sa soeur Tima Kurdi, qui vit au Canada. Contactée par France 24, elle raconte à son tour les circonstances du drame : "La mer était agitée, l’homme qui s’occupait du bateau a lâché les commandes. Les gens à bord ont paniqué, ils ont commencé à se lever et certains ont sauté à l’eau".

Abdallah Ebdi a livré hier un témoignage accablant à la presse turque, à l'agence Dogan. "Nous avions des gilets de sauvetage mais le bateau a subitement chaviré parce que des gens se sont levés. Je tenais la main de ma femme. Mais mes enfants ont glissé de mes mains". L'accident s'étant produit de nuit, il s'est avéré très difficile de venir en aide aux personnes tombées à l'eau. "Il faisait noir et tout le monde criait. C'est pour ça que ma femme et mes enfants n'ont pas pu entendre ma voix".

Dans l'eau, le père d'Aylan a retrouvé ses enfants, mais il n'a pu que constater, en pleine nuit, harrassé par la fatigue, qu'il était trop tard. Tima Kurdi donne davantage d'éléments aux journalistes de France 24 : "Lorsque deux petits étaient dans ses bras, il a essayé de les retenir de toutes ses forces, il a fait ce qu’il a pu. Il a d’abord vu que le plus grand, Ghaled, était mort, il a donc lâché son corps pour s’occuper d’Aylan. Mais il était aussi mort, il avait du sang qui coulait des yeux. Il les lui a fermés et a laissé partir son corps". Quelques instants plus tard, c'est son épouse qu'il retrouve : "Il m’a dit : 'Elle était là, méconnaissable, elle flottait, remplie d’eau'".

Aylan et sa famille fuyaientt Kobane

Le garçon venait avec sa famille de Kobane, une ville de Syrie, proche de la frontière turque, en proie à de violents combats il y a peu entre les djihadistes de l’Etat islamique et les Kurdes habitant la zone. Aylan Kurdi et d'autres réfugiés avaient pris place à bord de deux bateaux qui ont chaviré en Méditerranée sur la route de l'île grecque de Kos, l’un des moyens les plus directs de rejoindre l’Europe, dans la nuit de mardi à mercredi. Au total, les autorités turques auraient repêché une douzaine de corps. Parmi eux, celui de Ghalib, 5 ans, le grand frère d'Aylan, ainsi que ceux de la mère des jeunes bambins et d'un troisième enfant noyé. Le père, Abdullah, aurait quant à lui échappé à la mort après le naufrage. La famille Kurdi envisageait de rejoindre la soeur de ce dernier, vivant à Vancouver, depuis une vingtaine d'années. Elle indique avoir reçu un appel de son frère l'informant du décès de son épouse et de ses deux garçons.

VIDEO - Les premières images choc d'Aylan Kurdi ont été diffusées tout de suite après le naufrage, par Euronews notamment.

Le voyage désespéré de la famille d'Aylan Kurdi vers le Canada

Avec sa famille, Aylan Kurdi a donc fui la guerre. Selon le témoignage de Teema Kurdi, la tante de l'enfant mort noyé, la famille était engagée dans un programme d'accueil de réfugiés canadien dit "G5", très coûteux, basé sur le parrainage de cinq citoyens ou résidents canadiens. Le voyage clandestin de la Turquie à la Grèce était une tentative désespérée de rejoindre, à terme, Vancouver, alors que le processus était en train de piétiner selon elle. La famille Kurdi ne bénéficiait pas en effet du statut de réfugiés au Haut commissariat des Nations unies. Un critère indispensable pour espérer être accueilli outre-Atlantique. Le site FranceTVinfo indique qu'un passeport est nécessaire pour demander ce statut, mais que la Syrie, comme la Turquie, refusent de délivrer ce genre de document aux Kurdes.

D'après Teema Kurdi, Abdullah, le père de cette famille décimée, envisage désormais de retourner à Kobane pour enterrer sa femme et ses fils.

Aylan Kurdi, mort en Turquie, symbole des migrants

Dans toute l'Europe, la photo de l'enfant syrien mort en Turquie a fait la une. En Belgique, un débat fait encore rage pour savoir s'il faut montrer ces images terribles ou non. Le Soir a décidé de le faire pour, comme beaucoup, mettre un visage sur la réalité. Au Royaume-Uni, où la position du gouvernement comme des médias a jusqu'à présent été celle de la fermeté vis-à-vis des migrants, de nombreux tabloïds et quotidiens affichent eux aussi la photographie d'Aylan Kurdi en couverture. Le quotidien The Independant affiche à sa une la photographie et s'interroge sur Twitter : "If these images of a dead child don't change our attitude to refugees, what will?" ("Si ces images d'un enfant mort ne changent pas notre attitude sur les réfugiés, qu'est-ce qui le fera ?"). La liste compte, outre The Independant, The Guardian, The Daily Mail, The Sun ou encore The Times. Le très populaire et conservateur Sun a associé l'image de l'enfant à celle d'un bébé né dans une gare de Hongrie alors que les réseaux de transports de Budapest sont pris d'assaut par des milliers de réfugiés désireux de rejoindre l'ouest.

En Allemagne, où Angela Merkel et la population semblent au contraire ouvrir les bras aux migrants, le Bild a décidé d'afficher l'image en dernière page, sur fond noir. En Espagne, El Païs, ou en Italie La Repubblica ont aussi relayé l'image. En France, les réactions aux unes des médias voisins sont nombreuses, mais aucun quotidien n'a ce jeudi matin décidé d'afficher la photo en couverture. Mais une fois encore, l'émotion est d'abord venue des réseaux sociaux où le cliché circule massivement depuis mercredi sous le hastag #KiyiyaVuranInsanlik ("l'humanité échouée" en turc). Plusieurs photo-montages sont aussi en ligne aujourd'hui pour souligner encore un peu plus le symbole et pointer l'inaction des institutions internationales. Sur Twitter, des photos présentées comme celles d'Aylan Kurdi et de son frère, avant leur départ vers l'Europe et vers la mort, sont aussi diffusées.

Photo originale diffusée par l'AFP.© STR / DOGAN NEWS AGENCY / AFP

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