Election en Algérie : Tebboune élu président sous les huées, le détail des résultats

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Election en Algérie : Tebboune élu président sous les huées, le détail des résultats ALGERIE - Les élections en Algérie ont été remportées par Abdelmajid Tebboune, selon les premiers résultats, mais une grande partie de la population continue de rejeter activement le scrutin, avec à la clé d'importantes tensions dans les manifs...

Les premiers résultats de l'élection présidentielle en Algérie ont été dévoilés ce vendredi 13 décembre, au lendemain d'un vote très contesté. Avec 58% des voix, selon les premières estimations, c'est Abdelmajid Tebboune qui a remporté le scrutin et qui va devenir président. Cet homme de 74 ans a été plusieurs fois ministre, notamment entre 2012 et 2017 sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika. Il n'y aura pas de second tour.

Ces premières élections présidentielles post-Bouteflika en Algérie se sont déroulées dans un climat très hostile. Massivement rejetés par une partie importante de la population à travers des manifestations monstres, les candidats, dont Abdelmajid Tebboune, sont tous issus du régime mené par l'ancien chef d'Etat. Le scrutin a également été marqué par un taux d'abstention très important. Ce taux a atteint un record depuis les premières élections pluralistes en Algérie : seulement 39,93% des électeurs algériens se sont rendus aux urnes.

Les manifestations se sont poursuivies ce vendredi, que ce soit à Alger ou ailleurs. Comme ce jeudi, des tensions ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre a constaté l'Agence France Presse. "Le vote est truqué. Vos élections ne nous concernent pas et votre président ne nous gouvernera pas", ont notamment scandé les manifestants qui ont défilé en masse pour le  43e vendredi de mobilisation depuis le déclenchement du mouvement de contestation populaire inédit, en février dernier ("Hirak").

Des manifestations en Algérie

Depuis des mois, les manifestants, dont de nombreux étudiants, protestent contre le clientélisme et la corruption au sein du système politique algérien, ainsi que contre l'emprise de l'armée sur les enjeux politiques, critiquant en particulier le chef d'Etat major Ahmed Gaïd Salah. Pour les manifestants, aucun des cinq candidats qui étaient en lice n'est en mesure de changer le système politique. Ils demandent une restructuration et un renouvellement en profondeur du système politique algérien, et estiment que cette élection du 12 décembre ne permet en aucun cas ce changement, au contraire. Les cinq candidats, Abdelmadjid Tebboune compris, sont décriés par les partisans du Hirak, qui considèrent que tous sont trop proches de l'ancien régime pour permettre le renouvellement attendu de la classe politique algérienne.

Abdelaziz Belaïd, Ali Benflis, Abdelkader Bengrina, Azzedine Mihoubi et Abdelmajid Tebboune, ont en effet presque tous été ministres par le passé. Leur campagne s'est déroulée dans un climat agité et de répression, selon l'AFP. En outre, pour la première fois de l'histoire du pays, un "débat" télévisé a eu lieu. L'occasion, en théorie, d'observer la confrontation des différents candidats, leurs propositions respectives. En réalité, a rapporté Le Monde, l'ensemble avait été orchestré au préalable, avec les mêmes questions posées successivement à chaque candidat, sans discussion entre eux, le tout étant précédé de la diffusion de leurs clips promotionnels.

Qui sont les cinq candidats décriés ?

  • Ali Benflis était le candidat le plus connu de cette élection présidentielle mais il n'a pas été élu. Après avoir été ministre de la Justice, puis Premier ministre pendant trois ans, il est devenu ensuite la figure de l'opposition à Bouteflika. Néanmoins, il conserve encore aujourd'hui l'image de l'éternel second de l'ex-président algérien, ce qui a pu le pénaliser dans cette élection. Aux élections de 2004 et 2014, auxquelles il s'était présenté, Ali Benflis était arrivé deuxième derrière Bouteflika, avant de créer son propre parti en 2014, l'Avant-garde des libertés. L'homme de 75 ans, qui a aussi été avocat et juge, avait critiqué vivement les résultats du scrutin de 2014, dénonçant une fraude et affirmant avoir remporté la majorité des voix.
  • Abdelmadjid Tebboune, le président élu, a lui aussi été Premier ministre, pendant seulement pendant trois mois, en 2017. Très critiqué lui aussi pour sa proximité avec Bouteflika, il a notamment été ministre de l'Habitat et l'Urbanisme, et ministre de la Communication. Son slogan "Engagé pour le changement, capable de le réaliser", ainsi que sa posture d'"indépendant" qu'il tente d'arborer, ont semble-t-il été payants pour ces élections.
  • Azzedine Mihoubi a quant à lui été ministre de la Culture sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika, jusqu'en mars dernier. Il est désormais secrétaire général du Rassemblement National Démocratique, un parti associé au Front de Libération National, présidé par Bouteflika, et qui l'a soutenu durant sa présidence. Agé de 60 ans, il a exercé comme journaliste, mais a aussi été poète et romancier. Avant d'être ministre de la Culture, il avait également été député, secrétaire d'Etat chargé de la Communication, et ministre des Relations avec le Parlement.
  • Abdelkader Bengrina est quant à lui associé à la mouvance islamiste et nationaliste. Il dirige le parti El-Bina (Construction), membre d'une coalition islamiste. Il a toutefois lui aussi été ministre, chargé du Tourisme, au sein du gouvernement de Bouteflika de 1997 à 1999. Il s'était déjà présenté en avril, avant la démission de Bouteflika et le report des élections. Inquiet au sujet du célibat des femmes algériennes, en augmentation, le candidat nationaliste avait souhaité s'adresser particulièrement à un électorat féminin. Il souhaitait, selon le site Algérie Eco, assurer "la prise en charge de leur préoccupations, sur tous les plans, social, professionnel et même psychologique, pour leur permettre de jouer les rôles importants et vitaux au sein de la société algérienne".
  • Abdelaziz Belaïd, un autre candidat, a quant à lui été rattrapé par son engagement auprès d'associations de jeunes rattachée au FLN, et soutenant Abdelaziz Bouteflika. Député pendant dix ans, l'ex-candidat a fait scission avec le FLN en 2012, lorsqu'il a fondé son parti, le Front de l'avenir (Front El Moustakba). Il a toutefois fait la quasi-totalité de son parcours comme cadre au sein du FLN. En outre, Abdelaziz Belaïd est diplômé en médecin et en droit.

Résultat de l'élection en Algérie

Le nouveau président de l'Algérie, Abdelmadjid Tebboune, a remporté 58,15% des suffrages. Derrière lui, Bengrina a remporté 17,38% des suffrages, Benflis 10,55% des votes. Ils sont suivis ensuite par Mihoubi avec 7,26% des voix et Belaid arrive dernier avec 6,66% des votes, selon les résultats encore partiels.