Nadine Morano : une pétition anti-Roms mensongère ?

Nadine Morano : une pétition anti-Roms mensongère ? L'ancienne ministre et ancienne députée a lancé une pétition sur le Web, relative à l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'espace Schengen. En entretenant le flou.

A la mi-journée ce mercredi 2 octobre, Nadine Morano avait collecté un peu plus de 800 signatures sur sa pétition en ligne contre l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace Schengen. L'ancienne ministre, ancienne députée, aujourd'hui conseillère régionale de Lorraine, a diffusé sur son site Internet cet appel : "Les Français et au premier chef, les maires de nos communes sont excédés par les Roms qui envahissent illégalement nos territoires. Les pays dont ils sont originaires s'exonèrent de leur responsabilité d'intégration. C'est inacceptable ! C'est pourquoi la France doit s'opposer à leur entrée dans l'espace Schengen prévue le 1er janvier prochain."

L'élue UMP apporte ici sa pierre au débat sur l'accueil des Roms en France. Mais elle n'évite pas un écueil, celui de diffuser une information tronquée sur la situation actuelle, à l'image de nombreuses personnalités politiques s'exprimant sur cette question. A dessein ou par ignorance ? En fait, les Roms, qui sont majoritairement des citoyens roumains ou bulgares, ont déjà tout à fait le droit de circuler sur le territoire français, comme les autres citoyens de l'Union européenne. La phrase "Les Roms qui envahissent illégalement nos territoires", écrite par Nadine Morano, est donc erronée. Depuis 2007, et l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'Union européenne, tous les citoyens roumains et bulgares ont le droit de circuler librement en Europe

Roms : invasion illégale, Schengen... Le vrai du faux

Qu'est-ce qui va donc changer au 1er janvier 2014 ? A cette date, les restrictions en matière d'accès à l'emploi tomberont : les Roumains et les Bulgares pourront travailler en France sans avoir besoin de produire une carte de séjour et une autorisation de travail. Et leurs employeurs ne seront plus obligés de payer une taxe. Des restrictions qui s'appliquent dans plusieurs secteurs aujourd'hui. Ces citoyens européens seront à cette date traités à égalité avec les autres citoyens de l'UE. En fait, depuis 2007, les Roms de Roumanie et de Bulgarie ont le droit de circuler librement en Europe pour un maximum de trois mois, à moins d'y exercer un travail rémunéré, auquel cas leur séjour peut se prolonger. Et cela ne changera pas au 1er janvier prochain. Il sera simplement plus facile pour eux de trouver un travail, dans n'importe quel domaine. Et les Roms aujourd'hui expulsés, au motif de trouble à l'ordre public ou à la salubrité publique par exemple, le seront tout autant en début d'année prochaine.

Pourquoi parle-t-on de Schengen dans ce débat ? La Bulgarie et la Roumanie ont ratifié la Convention de Schengen sur la liberté de circulation des personnes et des biens. Mais il faudrait un accord de tous les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne pour que cette convention soit totalement mise en œuvre dans ces deux pays. Or les exécutifs européens ne semblent pas prêts à transférer le contrôle des frontières extérieures de l'Europe à ces deux pays, qui n'apparaissent pas prêts à bien réguler l'immigration venue de l'est, via la Turquie par exemple. C'est pour cette raison notamment que la France est favorable à l'entrée dans Schengen de ces deux pays dans le futur, mais uniquement à la condition que les frontières terrestres et maritimes extérieures ne soient pas concernées.

 Voir la pétition de Nadine Morano sur son site

EN VIDEO – Mardi 1er octobre, un vol charter a décollé de Lille. A son bord, 64 Roms, pour des retours volontaires en Roumanie.

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"Roms : un vol charter part de Lille"