Grève à l'école : un mouvement très suivi ce jeudi 20 janvier ?

"Grève à l'école : un mouvement très suivi ce jeudi 20 janvier ?"

Grève à l'école : un mouvement très suivi ce jeudi 20 janvier ? BLANQUER. Malgré l'appel des syndicats seulement 2% des enseignants sont en grève ce jeudi 20 janvier. Toutefois des manifestations et des mobilisations sont organisés dans plusieurs villes de France cet après-midi.

[Mis à jour le 20 janvier 2021 à 15h25] C'est uni que les syndicats d'enseignants et de parents d'élèves ont appelé à la mobilisation ce jeudi 20 janvier. Peu d'enseignants ont fait le choix de faire grève et de descendre dans les rues pour le deuxième jeudi consécutif, seulement 2% selon les chiffres du ministère de l'Education nationale. Ils sont, cela dit, plus nombreux à s'être mobilisés de diverses façons et beaucoup on choisit de se mettre en scène avec des accessoires de vacancier en classe, en réponse au séjour de Jean-Michel Blanquer à Ibiza. Plusieurs cortèges et rassemblements se sont organisés dans différentes villes de France comme à Paris où malgré des difficultés et le retard dans le dépôt de la déclaration de manifestation, les enseignants sont partis à 14h de la Sorbonne en direction du ministère de l'Education nationale. Des opérations de tractage et des happenings sont aussi prévus en parallèle devant les établissements scolaires selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNS-FSU. Si aujourd'hui le mouvement de grève n'est pas d'une grande ampleur, la mobilisation des enseignants devrait être nettement plus importante jeudi prochain puisque tous les syndicats appellent à une nouvelle grève le 27 janvier. Un appel qui ne fait que se renforcer depuis la mobilisation du 13 janvier.

Les revendications des manifestants et du monde enseignant restent les mêmes à ceci près qu'au delà des exigences liées à la situation sanitaire les syndicats réclament un "collectif budgétaire", soit une augmentation du budget alloué à l'Education nationale pour permettre un "recrutement massif". Les évaluations sont aussi dans le viseur des manifestants, plus précisément l'annulation des évaluations du CP déjà reportées par le gouvernement et surtout le report des épreuves de spécialité du bac en juin. Les réponses du gouvernement après la grève du 13 janvier n'ont donc pas suffi à apaiser la colère des enseignants et des parents d'élèves : les millions de masques FFP2 promis n'ont toujours pas été livrés et le recrutement de 3300 enseignants ne convainc pas. Pire, les révélations de Mediapart sur les vacances de Jean-Michel Blanquer à Ibiza au moment de l'annonce du protocole sanitaire tant décrié a envenimé la situation. Le comportement du ministre a "creusé encore plus le fossé qui existait déjà entre le ministre et ses personnels" selon Guislaine David,  secrétaire générale du premier syndicat du primaire et les excuses à demi-mot dans le JT de TF1 mardi soit ne sont pas jugées suffisantes. 

Grève du 20 janvier : à quoi s'attendre ?

La grève sera moins suivie que la semaine dernière. "Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, a fait savoir que les enseignants ont des revendications fortes et que leur action n'est pas guidée par la désinvolture de Jean-Michel Blanquer. "Cela mettra peut-être dans la rue quelques personnes en plus, mais pas forcément des centaines, ni des milliers. Ça va cultiver la rancœur à l'égard du ministre", analyse-t-elle dans Le Parisien. La manifestation prévue à Paris, un temps annulée par la préfecture de Police pour délais non respectés, a finalement été validée par les autorités.

Sur France Info, elle avait donné dimanche sur France Info des éléments sur l'ampleur de la manifestation à attendre. "Localement, il pourrait y avoir des grèves dans certaines académies ou certains départements, mais aussi des rassemblements". Et de détailler : "Le but est de rendre visible le fait qu'il y a encore beaucoup de questions à traiter [...] Sur le baccalauréat, Jean-Michel Blanquer nous a dit que des discussions allaient s'ouvrir concernant les épreuves de spécialité prévues en mars : vu l'urgence et le calendrier, les décisions doivent être prises très rapidement [...] On a aussi des interrogations sur des capteurs de CO2 : le Premier ministre et celui de l'Éducation sont restés très évasifs jeudi soir". 

Il faudrait donc s'attendre à des actions plus locales cette semaine, mais la mobilisation pourrait être suivies. Les annonces de Jean-Michel Blanquer du 13 janvier dernier n'ont pas suffi à satisfaire parents d'élèves, enseignants et personnels d'éducation. Des précisions seront apportées rapidement sur l'ampleur de la grève et de la mobilisation du personnel de l'Education nationale. "Le compte n'y est toujours pas. On continue la mobilisation et les parents sont les premiers à demander à poursuivre la mobilisation. Parce qu'aujourd'hui, la situation dans les écoles est intenable. Elle est difficile pour les élèves, elle est difficile pour les parents, elle est difficile pour les personnels de l'Éducation nationale. Et malgré les quelques recrutements annoncés par le ministre, nous n'avons pas par exemple le calendrier de mise en œuvre sur ces recrutements. Il y a beaucoup de choses encore qui manquent. Et on ne peut pas continuer comme ça. Donc il faut se mobiliser afin d'avoir l'ensemble des moyens revendiqués depuis presque deux ans maintenant, pour que l'école publique puisse bien fonctionner", a insisté sur France Info Carla Dugault, co-présidente de la FCPE, le 17 janvier.

Les précédentes annonces de Blanquer, insuffisantes pour les syndicats

L'ampleur de la mobilisation durant la grève du 13 janvier a contraint le gouvernement a apporté une première réponse rapide. Matignon avait convié dans la journée les représentants syndicaux de l'enseignement à une réunion en présence de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, et d'Olivier Véran, ministre de la Santé. Les syndicats attendaient beaucoup de ce rendez-vous notamment "une véritable négociation pour des réponses rapides et concrètes sur le volet sanitaire" déclarait Clément Poullet, secrétaire général de la fédération FO de l'enseignement. Si le ministre de l'Education nationale a annoncé, à la fin de cette rencontre, de nouvelles mesures de renfort pour aider les enseignants dans leur tâche, aucun changement concernant le protocole sanitaire n'a été acté. A l'issue de l'entrevue, Jean-Michel Blanquer a pris la parole pour annoncer de nouvelles mesures de renfort :

  • 8000 personnels supplémentaires ont été ajoutés depuis le 17 janvier dans les établissements scolaires. Parmi eux, on compte 3300 enseignants contractuels qui verront leur contrat prolongés jusqu'à la fin de l'année scolaire. Pour faire face à la demande d'enseignants, le ministre prévoit un recours aux "listes complémentaires, des personnes présentes sur les listes des concours" et pouvant être mobilisées dans le primaire. Par ailleurs, 1500 assistants d'éducation et 1500 vacataires administratifs viennent épauler les surveillants et les chefs d'établissement pour faire appliquer le protocole sanitaire. Aussi, le ministre a évoqué le recrutement de 1700 "médiateurs lutte anti-coronavirus", des "personnes qui viennent dans les écoles chaque fois qu'il y a du travail à faire, par exemple lorsqu'on fait les tests salivaires en nombre".
  • 5 millions de masques FFP2 sont diffusés dans le système scolaire, notamment à destination des enseignants de maternelle qui font classe à des enfants ne portant pas de masque.
  • Le report des épreuves d'enseignements de spécialité du bac, normalement prévues en mars, va être étudié. Jean-Michel Blanquer a mentionné un report pour juin mais la décision doit être prise de concert avec les "organisations représentatives" et le "conseil de la vie lycéenne".
  • Les évaluations de milieu d'année pour les élèves de CP sont reportées "à un délai qui reste à définir avec les syndicats".

Pourquoi les enseignants font-ils grève ?

A l'origine de cette première mobilisation des personnels de l'Education nationale : les changements successifs du protocole sanitaire dans le milieu scolaire, la "pagaille indescriptible" causée par les dernières mesures et le "ras-le-bol" des enseignants et parents d'élèves. La circulation très active de l'épidémie et la multiplication des cas de contamination et de cas contact a poussé le gouvernement a établir une stratégie de freinage articulée autour des tests. En cas de détection d'un cas de Covid dans une classe, tous les élèves devaient procéder à 3 autotests sur 5 jours. Malgré les assouplissements apportés au protocole sanitaire à l'école (pas de test PCR, pas de renouvellement du processus dans les 7 jours notamment), les syndicats estimaient que le gouvernement faisait reposer l'effort pour contrer l'épidémie de manière intenable sur les enfants et le corps enseignants.

Le même son de cloche résonnait chez la CGT: "Malgré une amplification jamais vue de l'épidémie, l'École ne bénéficie pas de l'organisation protectrice qui serait nécessaire pour assurer la sécurité des élèves, des personnels et de leurs familles. Les retours au compte- gouttes des élèves générant des aménagements pédagogiques rendent difficiles les conditions d'apprentissage. Pénurie des remplacements, gestion des tests et des absences des élèves dégradent fortement les conditions de travail".

Jean-Michel Blanquer fragilisé

Alors que le corps enseignant réclame plus de moyens et manifeste son désarroi face aux difficultés d'appliquer le protocole sanitaire à l'école, les révélations sur les vacances de Jean-Michel Blanquer passent mal. Mediapart a effet rendu publiques lundi les conditions dans lesquelles ont été faites les annonces sur les changements du protocole sanitaire dans les établissements publiques, la veille de la rentrée, le 2 janvier. Pour ce faire, Jean-Michel Blanquer a choisi de donner une interview au Parisien. A distance. Depuis Ibiza, en Espagne, pas loin de la plage, comme l'a révélé Médiapart lundi 17 janvier dans la soirée. Si les enseignants ne remettront pas en cause le droit du ministre de l'Education de prendre des congés, le symbole pourrait s'avérer désastreux pour Jean-Michel Blanquer et l'exécutif : elle semble indiquer que le ministre ait répondu avec nonchalance, depuis une villa de vacances, à l'inquiétude des enseignants, priés de ne plus boire de café en salle commune et gérer les dispositifs contraignants du protocole.

Après la mobilisation massive des personnels d'éducation et des enseignants le 13 janvier dernier, le nouvel appel à la grève prend donc désormais une nouvelle tournure. Plusieurs syndicats, dont le Snes-FSU (majoritaire dans le second degré), la CGT, FO, Sud-Solidaires, la FCPE, des syndicats lycéens, ainsi que plusieurs enseignants de primaire ont déjà appelé à reconduire le mouvement ce 20 janvier. Ils demandent des mesures plus précises et la mise en place d'un plan d'urgence pour les aider à faire face à la diffusion du Covid-19 dans les écoles. Nul doute que dans les manifestations, des pancartes seront levées pour demander au ministre de l'Education nationale de quitter ses fonctions. Le SNES-FSU a déjà ciblé la "légèreté" et la "désinvolture" et le "mépris pour l'ensemble de la communauté éducative" manifestée par Jean-Michel Blanquer.

La co-secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU, Guislaine David, a abondé ce mardi matin sur France Info : "Imaginez que les directeurs et directrices d'école et les enseignants étaient dans l'angoisse et la difficulté le dimanche pour appliquer un protocole le lendemain, qu'ils ont appris par la presse. Il y a vraiment un décalage ici entre ce que représente Ibiza et ce que vivaient les collègues au quotidien en cette veille de rentrée. Le savoir comme ça, ça va forcément creuser encore plus le fossé qui existait déjà entre le ministre et ses personnels".

Le ministre de l'Education nationale, qui était déjà critiqué au sein de l'exécutif pour sa difficulté à communiquer avec la communauté enseignante, se retrouve encore davantage fragilisé, à trois mois de l'élection présidentielle. Contacté par Le Monde, le cabinet du ministre a avancé des justifications sur son voyage aux Baléares, du 28 décembre au 2 janvier. "L'interview avec Le Parisien a été faite en visioconférence le samedi, puis actualisée le dimanche avant publication. Cela n'a changé en rien l'heure de sortie du protocole", a indiqué un collaborateur au journal. S'il avait été là [à Paris], il n'aurait rien fait de différent. Ce n'est pas le ministre qui fait la navette entre le ministère de la santé et nous, mais le secrétaire général, c'est comme ça depuis deux ans".