Elisabeth Borne : pas soumise au vote de confiance, qu'est-ce que cela change ?

"Elisabeth Borne : pas soumise au vote de confiance, qu'est-ce que cela change ?"

Elisabeth Borne : pas soumise au vote de confiance, qu'est-ce que cela change ? ELISABETH BORNE. Elisabeth Borne ne se soumettra pas à un vote de confiance des députés et sénateurs. Elle n'engagera donc pas la responsabilité de son gouvernement devant le Parlement. Voici ce que cela change.

Le suspens est levé. Alors que l'interrogation planait depuis plusieurs jours compte-tenu de l'absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale, Elisabeth Borne ne se soumettra pas à un vote de confiance des députés et sénateurs. En effet, la Première ministre ne va pas engager la responsabilité du gouvernement à l'issue de ses déclarations devant l'Assemblée nationale et le Sénat, organisées mardi 5 juillet 2022. C'est ce qu'annonce le Journal officiel, ce mercredi 29 juin. Selon ce dernier, il ne s'agira pas d'un discours de politique générale. Ainsi, la Première ministre s'inscrit dans la lignée de Michel Rocard, Edith Cresson et Pierre Beregovoy qui, alors qu'ils ne disposaient que d'une majorité relative entre 1988 et 1993, n'avaient pas engagé la responsabilité du gouvernement. Toutefois, à l'issue de chacun de ses discours, Elisabeth Borne devra faire face à deux votes : un premier, en vertu de l'article 50.1 de la Constitution, qui n'est qu'une formalité et ne peut pas aboutir à un renversement du gouvernement ; un second, lié à la motion de censure de la gauche, qui pourrait entraîner une chute de la Première ministre et de son équipe. Mais seule la gauche devrait le voter, ce qui devrait être sans incidence.

Elisabeth Borne confortée à Matignon

Sous le feu des critiques depuis les élections législatives, Elisabeth Borne a finalement été confortée dans son rôle de Première ministre : "J'ai décidé de confirmer ma confiance à Elisabeth Borne", a déclaré Emmanuel Macron le 25 juin dans un entretien à l'AFP. La cheffe du gouvernement a donc repris sa place dans les négociations avec les parlementaires, même si elle a reçu les consignes et les précisions du chef de l'Etat avant d'échanger avec l'opposition et sans surprise la "base de ces discussions" sera celle du "cadre du projet présidentiel et de celui de la majorité présidentielle, qui pourra être amendé ou enrichi". Pas question donc de renoncer à la réforme des retraites car la majorité n'en démord pas : il faut "travailler plus longtemps, comme le font tous nos voisins, en tenant compte des conditions de travail et donc des règles de pénibilité, en prenant en compte les carrières longues".

Elisabeth Borne est mandatée par le président de la République pour "explorer" auprès des partis d'opposition "le degré de coopération auquel ils sont prêts". D'ici le retour d'Emmanuel Macron de l'étranger, prévu pour jeudi, la Première ministre doit également faire des propositions concernant "la composition d'un nouveau gouvernement d'action au service de la France". Dès lors, Elisabeth Borne a relancé des consultations avec les présidents de groupes de l'Assemblée. L'objectif, affiché dans une lettre lundi, est d'identifier les "points essentiels de convergences et de désaccords". Mais selon l'entourage de la Première ministre, il y a encore l'espoir de trouver des accords de gouvernement. Elle a rencontré dès lundi 27 juin les présidents des trois groupes de la majorité présidentielle : Aurore Bergé (Renaissance), Jean-Paul Mattéi (Modem) et Laurent Marcangeli (Horizons).

Ce mardi, Elisabeth Borne se confronte à l'opposition. Elle s'est entretenue dès ce matin avec Olivier Marleix, président du groupe LR. Ce dernier a de nouveau fermé la porte à toute "coalition" entre LR et la majorité présidentielle, tout en assurant qu'ils serait possible de "progresser ensemble" sur certains textes, notamment sur le pouvoir d'achat. Elisabeth Borne et Olivier Marleix se sont également entendus sur "le fait qu'on voulait donner la priorité à la France qui travaille", a affirmé ce dernier en sortant de Matignon. Les consultations se poursuivent ce mardi soir pour la Première ministre, qui rencontrera Boris Vallaud (PS), puis Julien Bayou et Cyrielle Chatelain (EELV). Elisabeth Borne recevra mercredi Mathilde Panot, pour LFI, et Marine Le Pen pour le RN, même si Emmanuel Macron a exclu tout accord de gouvernement avec ces deux partis.

Pourquoi la démission d'Elisabeth Borne a-t-elle été refusée par Emmanuel Macron ?

Mardi 21 juin, Elisabeth Borne a présenté au président de la République une démission de courtoisie, comme c'est l'usage après des législatives. Démission refusée par Emmanuel Macron. Une décision inattendue de la part du président de la République, alors que la coutume veut qu'elle soit acceptée, puis que le chef d'Etat nomme à nouveau son Premier ministre quelques jours plus tard. Cependant, plusieurs éléments pourraient justifier le choix d'Emmanuel Macron. A commencer par la volonté de sa cheffe du gouvernement de rester en poste pour pouvoir mener à bien quelques dossiers chauds. "La Première ministre a plaidé pour rester afin d'avoir les outils pour faire face à la situation et aux urgences des Français, ce qu'on ne pouvait pas faire avec un gouvernement démissionnaire et en gestion des affaires courantes", a indiqué l'entourage de la locataire de Matignon au Monde. Parmi les sujets du moment qu'Elisabeth Borne souhaiterait faire avancer : la revalorisation du point d'indice des fonctionnaires, le prolongement du bonus automobile, le lancement de la mission flash sur les urgences à l'hôpital ou encore des textes liés à Parcoursup.

Devant tous ces dossiers, Emmanuel Macron ne voudrait pas avoir un gouvernement "empêché" en raison de son statut de démissionnaire. Un statut qui aurait pu durer, le temps que la future équipe ministérielle se dessine. Car le chef de l'Etat n'aime pas se précipiter. Il l'a fait comprendre après sa réélection, mettant trois semaines à nommer son nouveau gouvernement. S'il avait accepté la démission d'Elisabeth Borne, la précipitation aurait dicté ses choix car le chef d'Etat enchainait ensuite les déplacements à l'étranger.

Elisabeth Borne nommée Première ministre le 16 mai 2022

Elisabeth Borne a été nommée Première ministre par Emmanuel Macron le 16 mai 2022, après des semaines de spéculations suivant la réélection de ce dernier le 24 avril. Le chef de l'Etat avait assuré quelques jours avant cette nomination qu'il voulait à ses côtés "quelqu'un de sensible sur les questions sociales, environnementales et productives", une personnalité "incarnant à la fois le 'renouvellement' et en même temps 'quelqu'un de solide, capable de faire un 20 heures devant quinze millions de téléspectateurs et de tenir dans le chaudron de l'Assemblée, lors des questions au gouvernement'", disait aussi l'entourage du chef de l'Etat. Le tout avec "une sensibilité écologiste affirmée car Emmanuel Macron a promis de nommer un 'premier ministre chargé de la planification écologique'" (Le Monde).

Elisabeth Borne s'est ainsi imposée comme celle qui cochait le plus de cases dans cette équation. Elle est même devenue une évidence dans les tout derniers jours avant sa nomination, notamment après la levée de bouclier provoquée dans la majorité par l'hypothèse Catherine Vautrin, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy qui s'était battue contre le mariage pour tous lors du quinquennat de François Hollande.

Qui est Elisabeth Borne ? Biographie Express

Avant d'être nommée Première ministre, Elisabeth Borne était ministre du Travail dans le gouvernement Castex, après avoir occupé les portefeuilles des Transports et de la Transition écologique depuis 2017. Relativement peu connue des Français, ce qui peut constituer "un atout" dans ses nouvelles fonctions, elle l'était toutefois "plus que ne l'étaient Édouard Philippe et surtout Jean Castex" à leur arrivée à Matignon. 

Diplômée de Polytechnique, technicienne tenace, jugée loyale, Elisabeth Borne est en tout cas perçue par la Macronie comme ayant fait ses preuves au gouvernement pendant tout le dernier quinquennat. Cette ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal, qui fut aussi préfète et dirigeante de grandes entreprises publiques comme la RATP, a également le mérite d'appartenir à l'aile gauche de la majorité, un atout à l'approche des législatives et à l'heure où s'annoncent de nouvelles réformes sociales, à commencer par "la mère des batailles" sur les retraites.