Michel Fourniret : a-t-il "séquestré et violé" Estelle Mouzin ? Encore des zones d'ombre

Michel Fourniret : a-t-il "séquestré et violé" Estelle Mouzin ? Encore des zones d'ombre MOUZIN - Monique Olivier, ex-compagne de Michel Fourniret, a fait cette semaine de nouvelles révélations au juge chargé de l'affaire sur l'enlèvement d'Estelle Mouzin. Mise en examen pour complicité d'enlèvement et séquestration suivis de mort, l'épouse du tueur présumé de la fillette a confirmé l'implication de son ancien compagnon.

[Mis à jour le 21 août 2020 à 14h58] Entendue cette semaine par la juge d'instruction chargée de l'affaire sur la disparition d'Estelle Mouzin en 2003, Monique Olivier a de nouveau parlé. Selon son avocat, Richard Delgenes qui s'est exprimé après l'audition auprès de l'AFP, l'ancienne compagne de Michel Fourniret a affirmé que ce dernier avait enlevé la fillette de 9 ans en 2003, avant de l'emmener à Ville-sur-Lumes dans les Ardennes pour "la séquestrer" puis qu'il "l'avait violée et étranglée". Dans la foulée de ses déclarations, Monique Olivier a été mise en examen pour "complicité d'enlèvement et séquestration suivis de mort". A noter que la soeur de Michel Fourniret possédait effectivement une maison à Ville-sur-Lumes où l'homme avait régulièrement résidé. Les enquêteurs y avaient entrepris des fouilles en juin dernier, sans parvenir à retrouver le corps d'Estelle Mouzin. Interrogée après cette audition, l'avocat de Monique Olivier a d'ailleurs reconnu : "Il reste des investigations à mener pour découvrir où est le corps".

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Sur l'antenne de France Info, Didier Seban, l'un des avocats de la famille Mouzin, a exprimé sa "colère" suite aux révélations en expliquant que cela fait des années que la famille demande de regarder du côté de la famille Fourniret. Il y a de la colère parce que ça fait" des années "que nous disons à la justice que c'est la piste Fourniret qui est la piste la plus solide et qu'il faut la travailler, et puis l'espoir qu'on sache où est le corps d'Estelle pour qu'il soit rendu à sa famille".

Sept mois après une première audition le 24 janvier dernier où elle avait avoué avoir elle-même passé le fameux appel téléphonique qui servait d'alibi à Michel Fourniret depuis de nombreuses années, Monique Olivier a donc une nouvelle fois accusé son ancien compagnon. En janvier déjà, elle avait livré des détails sur l'emploi du temps de Michel Fourniret, confiant qu'il avait fait des repérages dans les jours et semaines qui avaient précédé la disparition d'Estelle Mouzin en janvier 2003 à Guermantes, petite ville de Seine et Marne.

Le 27 novembre dernier, Michel Fourniret a été mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivis de mort" dans l'affaire de la disparition de la petite Estelle Mouzin. Le quotidien 20 Minutes a eu accès au procès verbal de l'audition du criminel par la juge Sabine Khéris, au cours de laquelle il a demandé à la juge de le "traiter comme coupable", déclarant au sujet de l'éventualité de sa culpabilité dans la disparition d'Estelle Mouzin : "Il est possible que oui et il est possible que non." Une course contre la montre s'est enclenchée pour la justice, puisqu'un élément perturbe les échanges entre la juge et Michel Fourniret : sa mémoire. Le suspect de 78 ans est atteint selon une expertise psychologique d'un "processus cérébral de nature dégénérative". Fin mars, Michel Fourniret avait finalement lâché à la juge : "Je reconnais là un être qui n'est plus là par ma faute", avant d'estimer "pertinent" que le corps d'Estelle Mouzin puisse être dans une ancienne propriété des Ardennes, région où il résidait à l'époque des faits.

L'affaire Estelle Mouzin : 17 ans d'enquête

Pour rappel, l'affaire Estelle Mouzin avait éclaté le 9 janvier 2003 lorsque la petite fille de 9 ans avait brutalement disparu en rentrant chez elle de l'école, à Guermantes. Dix-sept ans plus tard, son corps n'a toujours pas été retrouvé. Les enquêteurs s'étaient concentrés sur la piste de Michel Fourniret suite à l'arrestation de ce dernier en juin 2003. Une piste momentanément abandonnée, sans preuve ADN de la présence de l'enfant dans la voiture de Fourniret, et compte tenu d'un alibi téléphonique qui semblait incontestable jusque-là. Michel Fourniret a été condamné en 2008 à perpétuité réelle pour huit meurtres, il est toujours mis en examen pour d'autres.

La piste de son implication a été rouverte en 2019, suite à l'insistance des parents d'Estelle et à la décision de la nouvelle juge d'instruction, Sabine Khéris. Le 21 novembre 2019, Monique Olivier, l'ex-femme et complice de Fourniret, est revenue sur ses déclarations de l'époque, et a contesté l'alibi de Fourniret pour le soir de l'enlèvement d'Estelle Mouzin. De plus, "la juge a des témoignages faisant état de la présence de Fourniret à Guermantes. Bien sûr c'est à prendre avec des pincettes après 16 ans, mais ça semble sérieux", a précisé une source du Parisien. C'est finalement début 2020 que l'enquête s'est accélérée au fil des déclarations successives de Monique Olivier et Michel Fourniret.

Affaire Mouzin : de nouveaux éléments contre Fourniret

Dans le documentaire L'Incroyable révélation : Fourniret, la fin du mystère Estelle Mouzin ?, diffusé sur W9, un nouveau témoin a fourni des détails supplémentaires. Milica Petrovic, qui a été la co-détenue de Monique Olivier pendant des années, s'est affairée à faire parler cette dernière. Après des années de copinage, Monique Olivier lui aurait avoué que le 9 janvier 2003, Fourniret aurait quitté le domicile conjugal en lui disant qu'il "partait à la chasse". Il aurait alors demandé à sa compagne de passer un coup de téléphone à son fils s'il n'était pas rentré à une certaine heure, précisant que cela "pourrait lui servir d'alibi". Monique Olivier aurait donc exécuté ces supposées injonctions à 20h08 -cet appel a bien été notifié par les services de télécommunication-, et aurait laissé sonner deux fois, avant de raccrocher.

Dans ce même documentaire, le journaliste Laurent Valdiguié fait mention d'une maison à Ville-sur-Lumes, dont Fourniret a hérité en 2002, et où il se rendait souvent entre 2002 et 2003, d'après un voisin. Le 12 janvier 2003, trois jours après l'enlèvement d'Estelle, Fourniret avait écrit à son frère, évoquant son récent passage à Ville-sur-Lumes. Une maison qui comporte un jardin ainsi qu'une cave de terre battue, non explorés par les enquêteurs. Des fouilles ont été organisées en juin 2020 mais n'ont pu permettre de retrouver le corps d'Estelle Mouzin.

En 2007, Fourniret voulait déjà être jugé dans l'affaire Mouzin

Fourniret est connu pour jouer avec la police en distillant des informations ou aveux au compte-goutte, notamment lorsqu'il donne aux enquêteurs des renseignements sur le lieu où il a enterré une victime. Il a également l'habitude de nier un crime pendant longtemps, avant de finir par avouer. C'est pourquoi les parents d'Estelle estiment que l'alibi de Fourniret ou encore l'absence de preuve ADN ne sont pas des éléments suffisants pour le disculper, et souhaitaient depuis longtemps que cette piste soit à nouveau examinée par la police.

Cela a été fait en juillet 2019, avec la dessaisie du parquet de Meaux au profit de celui de Paris : la juge d'instruction Sabine Khéris a diligenté une équipe de gendarmes et de policiers qui se concentrent uniquement sur la piste Fourniret. Ce dernier a par ailleurs fait des déclarations alambiquées à propos d'Estelle Mouzin, reconnaissant en juin 2019 que la disparition de la fillette était "un sujet à creuser". Selon les termes de l'avocat de la famille, Me Didier Seban, Fourniret aurait fait des "aveux en creux" ne "niant pas être impliqué" dans cette affaire.

La pugnacité de Me Corinne Herrmann, l'avocate des parents Mouzin, a permis d'interroger Fourniret à propos d'une lettre datant de 2007. A l'époque, juste avant son procès aux assises pour sept crimes, le criminel avait adressé au juge une demande particulière : il souhaitait être jugé également pour trois autres affaires, dont la disparition d'Estelle Mouzin. Une lettre laissée de côté par la justice durant plus de dix ans, afin de ne pas retarder le procès. Or, d'après Me Didier Seban, "Fourniret est trop orgueilleux" pour avouer des crimes qui ne sont pas les siens, et s'il lui est arrivé de nier son implication dans certains meurtres pendant des années avant d'avouer, le contraire ne s'est jamais produit : tous les faits avoués par Fourniret et qui ont pu être vérifiés ont été confirmés par la justice. En février 2018, à la demande de Me Corinne Hermann, une juge d'instruction a accepté d'interroger Fourniret sur le contenu de cette lettre. Il a alors déclaré : "Si ces jeunes femmes n'avaient pas croisé ma route, elles seraient toujours vivantes". Des "aveux purs et simples", aux yeux de l'avocate.

Monique Olivier, de complice à témoin à charge

Monique Olivier a longtemps confirmé aux enquêteurs que son mari Michel Fourniret se trouvait bien à Sart-Custinne, en Belgique, ce 9 janvier 2003. Toutefois, Monique Olivier est revenue sur ses déclarations de l'époque ce jeudi 21 novembre. Me Richard Delgenes, son avocat, a déclaré avant l'audience : "Elle n'est plus sous l'emprise de Michel Fourniret comme cela a pu être le cas pendant longtemps. Lors de récentes confrontations, elle lui a tenu tête et n'est plus dans la logique de lui servir d'alibi. Elle est désormais prête à s'incriminer pour dire la vérité". 

Entendue par la juge d'instruction Sabine Khéris le 21 novembre 2019, Monique Olivier "a indiqué qu'elle avait passé un appel au fils de Michel Fourniret le 9 janvier 2003 à la demande de Michel Fourniret, ce qui signifie que Michel Fourniret n'était pas à Sart-Custinne en Belgique le jour de la disparition d'Estelle Mouzin", a expliqué l'avocat de Monique Olivier. Me Richard Delgenes a ajouté que sa cliente n'avait aucune raison de mentir, et que la police n'avait jamais pu infirmer une de ses déclarations. Depuis, l'ancienne compagne de Michel Fourniret a livré de nouveaux détails, d'abord en janvier 2020 lors d'une audition où elle affirmait le repérage effectué par son ancien compagnon dans les semaines ayant précédé l'enlèvement puis en août 2020 en assurant que Michel Fourniret avait enlevé Estelle Mouzin avant de la séquestrer dans une maison de Ville sur Lumes dans les Ardennes, de la violer puis de l'étrangler.

Un alibi remis en question

Michel Fourniret avait dit aux enquêteurs qu'il avait appelé son fils pour lui souhaiter son anniversaire depuis son domicile de Sart-Custinne, en Belgique, le jour de la disparition de l'enfant de 9 ans. Le fils de Fourniret avait affirmé ne pas se souvenir de cet appel, et les parents d'Estelle avaient décidé d'attaquer la justice en 2018 pour faute grave dans cette affaire, critiquant l'enquête et remettant en question cet alibi qui avait permis d'innocenter Fourniret. Fin 2019, Michel Olivier avouait avoir elle-même passé cet appel téléphonique.

Fourniret suspecté depuis 2003, quels autres éléments à charge ?

En 2006, le magistrat avait indiqué que "Michel Fourniret pouvait raisonnablement être suspecté dans l'affaire d'Estelle Mouzin", s'appuyant sur des photos de la fillette retrouvées à son domicile, ainsi qu'une cassette vidéo d'un journal télévisé enregistré, évoquant la disparition d'Estelle. De plus, la ville de Guermantes, où Estelle Mouzin a disparu, n'était pas inconnue à Michel Fourniret, puisqu'un de ses amis de prison habitait à une dizaine de kilomètres et l'avait déjà hébergé. Le véhicule de Michel Fourniret constitue également un élément à charge contre ce dernier, sa description correspondant à celle qui avait été signalée lors de la disparition de la petite fille. L'avocat des parents d'Estelle Mouzin avait également demandé en 2010 l'examen de scellés du dossier Fourniret : des scellés qui concernent des morceaux de lacets blancs et de gants noirs, fournis par les autorités belges après l'arrestation de Michel Fourniret, et qui pourraient selon eux appartenir à leur fille, qui portait des gants noirs et des chaussures à lacets blancs lors de son enlèvement.