Faux steaks pour les démunis : mais qu'y a-t-il dans cette fausse viande ?

Faux steaks pour les démunis : mais qu'y a-t-il dans cette fausse viande ? La répression des fraudes a dévoilé ce vendredi 7 mai une vaste tromperie dans le secteur alimentaire. Depuis juillet 2018, plusieurs associations se seraient vu livrer de faux steaks hachés par une entreprise française.

[Mis à jour le 7 juin 2019 à 16h52] La radio RTL et la répression des fraudes ont dévoilé ce vendredi un cas impressionnant de fraude dans le secteurs alimentaires. Quatre associations françaises d'aide aux plus démunis, la Croix Rouge, les Restos du Coeur, le Secours populaire et les Banques alimentaires, ont reçu de faux steaks hachés depuis juillet 2018. Les associations, inquiétées par l'aspect, le goût, la couler et la texture de la viande, avaient réalisé un premier signalement au mois de mars 2019. Les associations ont d'abord suspendu leur distribution et demandé une analyse aux services de la répression des fraudes. Il s'avère qu'il ne s'agissait en fait pas vraiment de steaks hachés.

Les produits n'étaient en effet constitués que de très peu de viande ; surtout de gras, de la peau, du soja et de l'amidon, des produits non-autorisés dans des steak hachés. Sébastien Thollot, secrétaire national chargé des questions de solidarités en France au Secours populaire, a estimé sur franceinfo que "l'entreprise n'a absolument pas respecté le cahier des charges sur lequel il y a un dispositif très exigeant". "La commande était bien des steaks hachés et on voit aujourd'hui que ce n'est absolument pas ce qui a été fabriqué par l'entreprise" affirme-t-il. Il explique aussi comment la tromperie à été révélée. "L'ensemble des bénévoles ont fait le constat d'une mauvaise qualité du produit, aussi bien au niveau visuel que gustatif. Nous avons mis en place des procédures d'alertes au sein de nos quatre associations mais aussi auprès des pouvoirs publics" a-t-il expliqué.

Faux steaks : l'enquête de la DGCCRF

Après l'alerte donnée le 28 mars, la répression des fraudes a ouvert une enquête "pour savoir s'il y avait tromperie sur la marchandise et si elle était ponctuelle ou plus large ", précise Loïc Tanguy, directeur de cabinet à la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) cité dans le Parisien. 42 prélèvements ont été réalisés et analysés. Le 3 juin, il s'est avéré qu'aucun échantillon ne correspondait aux normes. La DGCCRF a conclu une "tromperie sur les qualités substantielles des produits livrés aux associations", mais elle est restée prudente en ajoutant que "puisque les analyses sont faites par lot, cela ne veut pas dire que toute la viande livrée était non conforme".

En tout, 7 millions de steaks hachés sont mis en cause, soit plusieurs centaines de tonnes. Les livraisons ont commencé en juillet 2018. Entre l'été 2018 et mars 2019, environ la moitié des produits livrés auraient été consommés. Selon l'enquête, l'entreprise française incriminée les faisait fabriquer en Pologne pour baisser ses coûts de production et augmenter sa marge. Les responsables risquent 2 ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende pour tromperie et fraude en bande organisée. "On va transmettre au procureur et il est hors de question que ce type d'attitude se reproduise" a confirmé la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l’Économie Agnès Pannier-Runacher, citée par RTL. La DGCCRF a précisé que la distribution "a été immédiatement stoppée", bien que les faux steaks ne présentent aucun danger pour la santé.

Réactions aux faux steaks hachés : la faute de l'Europe ?

La révélation de cette fraude a suscité de vives réactions. Et la provenance polonaise des steaks hachés a conduit certain à mettre en cause l'Union européenne. "Encore un scandale alimentaire permis par l'UE, qui aurait pu être évité en contrôlant nos frontières !" s'est par exemple exclamé Nicolas Dupont-Aignan sur Twitter. Nathalie Loiseau a quant à elle suggéré la mise en place d'"une force européenne de protection sanitaire".

Un communiqué de presse commun publié sur les sites du Secours populaire français et de la Croix Rouge française explique que les quatre associations victimes bénéficiait du Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD), et que ces steaks hachés faisaient partie des 27 produits proposés par la fonds. La viande a été achetée dans le cadre d'un marché public de 5,2 millions d'euros.  Difficile cependant d'établir où remonte la responsabilité. En France, les commandes passées par les associations à travers le FEAD font l'objet d'appels d'offre puis de tests organisés par des acteurs comme FranceAgriMer (chargé de faire appliquer certaines dispositions de la PAC en France), la DGCS (rattachée au ministère des Solidarités et de la Santé) ou la DGAL (rattachée au ministère de l'Agriculture), détaille un rapport de l'organisme d'étude et de conseil Fors.

L'entreprise chargée de livrer cette commande se serait approvisionnée auprès d'un industriel polonais via une autre entreprise française servant d'intermédiaire. Aujourd'hui les trois sociétés sont mises en cause : selon Sébastien Thollot, la fabrication des produits en Pologne constitue déjà une fraude aux règles du programme. Si l'entreprise qui a produit les faux steaks hachés n'est par ailleurs pas nommée, il expliquait à franceinfo laisser aux pouvoirs publics le soin de le révéler. Les associations ont en attendant demandé le remplacement des produits incriminés ainsi qu'un dédommagement des frais engendrés par leur stockage.

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