Charlie Hebdo : mais qui est contre la caricature en France ? Une enquête donne des chiffres surprenants
Charlie Hebdo a été fondé en 1970 et a toujours laissé une large place aux illustrations et notamment aux caricatures politiques. Les avis ont toujours divergé sur leurle publication. Dix ans après l'attentat de janvier 2015, où en est l'opinion des Français sur ces caricatures ? La Fondation Jean-Jaurès a réalisé avec l'Ifop et en partenariat avec Charlie Hebdo, qui la publie dans son numéro spécial de ce mardi 7 janvier, une grande enquête auprès d'un échantillon représentatif de 1000 Français sur l'évolution de l'opinion publique sur les quinze dernières années.
Cette étude montre d'abord un soutien de plus en plus important au droit à la caricature et au blasphème en France. En 2024, plus de trois quarts des interrogés (76%) estiment que la liberté d'expression et de caricature est un "droit fondamental". Ils n'étaient que 58% en 2012. A l'inverse, 24% estiment qu'on ne peut pas dire ou caricaturer n'importe quoi au nom de la liberté d'expression. Il n'y a que parmi les musulmans que cette part est majoritaire, avec 55%.
Parmi les thèmes sur lesquels la majorité des Français estiment qu'on peut faire de l'humour se retrouvent la mort (56%), la nationalité des personnes (55%), le christianisme (52%), le comportement sexuel (51%) ou encore l'homosexualité (51%). Ces chiffres ont largement progressé ces dernières années : en 2020, ils étaient 50% à se déclarer favorables à l'expression de critiques et de moqueries à l'encontre des religions contre 62% en 2024.
Les jeunes et les croyants plus réfractaires face aux caricatures
L'acceptabilité de l'humour polémique apparait plus limitée chez les femmes qui ne sont que 48% à accepter l'humour sur la mort et 42% sur le comportement sexuel par exemple, alors que la part des hommes monte à 64% et 61% sur ces deux sujets. C'est aussi le cas chez les croyants qui sont notamment moins nombreux à être favorables à l'humour sur l'homosexualité (36%), l'origine ethnique (37%) ou encore la mort (41%).
Plus étonnant : des disparités apparaissent clairement entre les générations. Un tiers (32%) des jeunes de moins de 35 ans soutient l'idée qu'on ne peut "pas dire et caricaturer n'importe quoi" sous couvert de liberté d'expression, contre seulement 21% des 35-64 ans et des 65 ans et plus. Les jeunes de moins de 35 ans sont également en minorité à soutenir l'humour sur la nationalité (48%) et l'homosexualité (44%).
A noter que seulement 47% des personnes se disant proches de la France insoumise indiquent être favorables au droit au blasphème contre 62% des Français en moyenne. Il s'agit dans cette enquête du seul électorat auprès duquel le soutien au blasphème est minoritaire. Là encore, la tendance peut surprendre, la gauche portant traditionnellement un message exigeant sur la liberté de presse et d'offense de la morale et des ordres établis.
Charlie Hebdo reçoit tout de même encore le soutien d'une majorité de Français : 59% ont déclaré avoir lu au cours des douze derniers mois des articles ou dessins de presse du journal. 69% assurent d'ailleurs apprécier lire des dessins de presse. Les sympathisants de l'extrême droite ne suivent toutefois pas cette mouvance. Ils sont 37% à affirmer ne pas aimer la lecture des dessins de presse et seulement 48% ont lu Charlie Hebdo au cours des douze derniers mois.
"Ces résistances, bien que minoritaires pour le moment, illustrent les défis persistants dans la construction d'un consensus sociétal autour de ces libertés fondamentales, et les combats qu'il s'agira de mener au cours des prochaines décennies", conclut l'étude.