"Jouer une sirène, personne ne peut refuser ça" Interview de Marilyn Lima et Nicolas Duvauchelle

"Jouer une sirène, personne ne peut refuser ça" Interview de Marilyn Lima et Nicolas Duvauchelle UNE SIRENE A PARIS - Nicolas Duvauchelle et Marilyn Lima jouent les rôles principaux du dernier film de Mathias Malzieu. Rencontre.

Elle incarne une sirène, lui un crooner au cœur brisé. Marilyn Lima et Nicolas Duvauchelle sont les stars d'Une sirène à Paris, le dernier film de Mathias Malzieu en salles le 11 mars 2020. Ce long-métrage décrit l'histoire d'amour d'impossible entre ces deux personnages que tout oppose. Derrière cette romance digne d'un conte de fées, se cache une ode au merveilleux et au panache. Vu dans Polisse, Je ne suis pas un salaud ou encore Bonhomme, Nicolas Duvauchelle trouve dans Un sirène à Paris l'un de ses rares rôles léger et lumineux, tandis que Marilyn Lima, aperçue dans Skam France et Bang Gang, décroche ici son premier rôle marquant au cinéma. Lors d'une interview à Paris quelques semaines avant la sortie du film, ces deux comédiens sont revenus sur ce film définitivement singulier dans le paysage du cinéma français.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet d'Une sirène à Paris ?

Nicolas Duvauchelle : Tout l'univers de Mathias [Malzieu, le réalisateur ndlr]. J'ai lu le scénario et après le livre, c'est super surprenant. C'est très poétique, c'est surtout ça qui me plaisait beaucoup. Et puis l'idée de pouvoir chanter aussi, et il y a ce côté virevoltant, de ne pas arrêter :  faire du ukulele, du roller…. J'avais un peu l'impression d'être  Buster Keaton, à mon échelle. Il y avait ce côté un peu burlesque, c'était super à jouer.

Marilyn Lima : Ce qui m'a convaincu, c'est Mathias avant tout. Cette rencontre était captivante. Et il y a tout son univers : ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre quelqu'un qui est à la fois auteur, réalisateur, chanteur… Il a plein de casquettes, de bérets, de chapeaux (rires). Donc son univers, cette rencontre… et puis ce n'est pas tous les jours qu'on vous propose de jouer une sirène dans un film français. C'est dingue, personne ne peut refuser ça.

Jouer pour un réalisateur qui est également musicien et écrivain, qu'est-ce que ça change dans votre travail d'acteur ?

N.D. : Pleins de choses… Il a fait tout en même temps, il a écrit le bouquin… et en même temps il a décidé de faire les chansons de Gaspard. Pouvoir s'appuyer sur pleins d'outils comme ça, les chansons, le livre, sur le scénar', c'était génial ! On a non seulement tout l'univers de Mathias et on avait surtout Mathias à portée de main… et comme Gaspard c'est beaucoup de Mathias, l'avoir au quotidien c'était important. Je le voyais jamais de mauvaise humeur, il faisait jamais la gueule, il était toujours plein d'énergies positives,  c'est super agréable de tourner comme ça. Et surtout ça donne un élan : quand j'ai composé le personnage, il y avait un truc de bienveillance qui était très fou qui venait de lui.

M.L. : C'est un artiste multiple donc se retrouver comme ça avec un artiste qui a beaucoup d'empathie, qui comprend les artistes et qui a une sensibilité incroyable ça apporte énormément sur un plateau.

Nicolas Duvauchelle et Marilyn Lima dans Une sirène à Paris. © ©Léa Ghirardotti / Sony Pictures Entertainment France

Marilyn Lima, vous jouez une sirène, Nicolas Duvauchelle, vous portez la sirène : concrètement, comment s'est déroulé le tournage ? C'était difficile de jouer dans ce costume ?

N.D. : Je te laisse commencer parce qu'on parle nageoires…

M.L. : (Rires) Ça a des contraintes bien évidemment d'être bloquée dans une baignoire, on sait que ça va être un peu inconfortable au bout d'un moment… Mais j'étais très bien entourée. Il y avait plein de personnes présentes pour vérifier si l'eau n'était pas trop chaude, si c'était pas trop froid,...etc. Il y avait beaucoup de bienveillance. Quand on est libéré de ces contraintes là, on peut jouer et on peut se plonger dans le personnage. Mais c'était une contrainte pour tous les deux : cette nageoire fait sept kilos, une fois remplie d'eau c'est une torture pour la porter, on ne peut pas bouger...

N.D. : C'était primordial de la voir en vrai, de ne pas avoir un truc vert avec des effets spéciaux qui sont rajoutés après. De pouvoir la voir, d'avoir Marilyn avec sa nageoire, on était dedans on ne sortait jamais du film. Et tous les décors... il n'y avait pas de fond vert, on pouvait tout toucher et déplacer, c'était super excitant, de voir cet univers sous nos yeux palpables c'était génial.

Vous jouez, mais vous chantez aussi dans Une sirène à Paris. C'était un défi de chanter les compositions de Mathias Malzieu ?

N.D. : Complètement. C'est comme ça d'ailleurs qu'on a commencé à travailler tous ensemble. Un mois et demi avant le tournage, on est parti en studio et on a enregistré la première chanson. Après, il y avait des tonalités à trouver, il fallait trouver l'harmonie entre Marilyn et moi pour les voix,... Mais c'était une expérience tellement mortelle...

M.L. : Mortel c'est vraiment le mot.

N.D. : ...et même voir Mathias travailler et faire le chef d'orchestre, c'était génial. 

Le film est une ode au merveilleux. Pensez-vous qu'actuellement le monde manque de panache et de poésie ?

N.D. : C'est peu de le dire. Moi je suis assez pessimiste dans la vie, contrairement à Mathias qui est très optimiste. Ce que j'aimais bien aussi c'était de voir un univers différent, Mathias s'émerveille de tout, tout le temps. Il a été hospitalisé pendant longtemps donc je pense que ça change la vision et le rapport qu'on a au monde... Mais ça fait du bien de voir quelqu'un comme ça, ça nous questionne aussi. Plus le fait de passer les épreuves comme ça, moins se prendre au sérieux... faire les choses sérieusement mais en s'amusant !

M.L. : Je pense qu'on montre en permanence les mauvais côtés des choses. On essaie tout le temps de nous prendre le cerveau pour nous dire que cette planète est horrible, qu'il se passe tellement de catastrophes… Mais on oublie de nous montrer les belles choses et les bonnes choses, comme s'il ne fallait pas les voir pour continuer à être mal, pour nous maintenir dans un état de mal-être en permanence. C'est pour ça que ce film fait du bien à voir et à jouer parce que c'est que de l'amour. Et c'est ça, la vie avant tout. S'il y avait une chose à retenir de notre passage sur cette petite terre, c'est qu'il faut s'aimer avant tout malgré tout ce qui se passe, et que l'amour c'est ça qui sauve, peu importe ce qui se passe au quotidien. Le film parle d'amour et il faut parler d'amour... et le montrer... et le vivre (rires).

© Thibault Grabherr / Sony Pictures Entertainment France

Une sirène à Paris introduit les Surprisiers, "ceux dont l'imagination est si puissante qu'elle peut changer le monde". En tant qu'acteur, vous considérez-vous comme des Surprisiers ?

M.L. : (hésite) Si, on s'en rend compte avec la réaction des gens après les avants premières, quand ils disent qu'ils ont passé un moment doux et délicat après le boulot et qu'on leur apporte de la magie. Je pense qu'on est un peu Surprisier en étant comédien. Le soir, quand on a un coup de mou et qu'on décide de regarder un film pour se détendre, on se dit que ça fait du bien. Donc forcément ça fait partie d'être Surprisier d'être comédien. Et même moi dans la vie de tous les jours, j'aime m'émerveiller de tout. Comme Matthias, c'est pour ça qu'on s'est adoré dès le début. Et j'essaie de transmettre un peu de joie à tout le monde, sourire dans le métro, demander à quelqu'un qu'on connaît pas s'il a passé une bonne journée,...etc. Je pense que c'est une philosophie de vie d'être Surprisier, et en étant comédien, on l'est forcément.

Une sirène à Paris - sortie cinéma le 11 mars 2020.