Test de Life is Strange Double Exposure : une aventure au-delà des tempêtes

Test de Life is Strange Double Exposure : une aventure au-delà des tempêtes Près de 10 ans après le premier jeu de la licence, "Life is Strange : Double Exposure" propose de retrouver le personnage de Max Caulfield. Nous avons pu tester le jeu pour vous donner notre avis complet sur ce dernier.

Nous sommes en 2015 et le studio français Dontnod ne va pas bien. Son premier gros projet, "Remember Me" n'a pas obtenu le succès escompté et le studio est alors dans une très mauvaise position. Le sauvetage viendra de leur second projet : un jeu épisodique à choix multiples baptisé "Life is Strange". Avec le soutien de Square Enix, le studio propose un format épisodique assez rare pour l'époque et qui participera au succès commercial et critique des aventures de Max Caulfield et Chloé Price dans la ville fictive d'Arcadia Bay.

Revenons désormais en 2024 avec la sortie de "Life is Strange : Double Exposure". Ce nouvel opus n'est pas anodin puisqu'il permet de retrouver le personnage de Maxine Caulfield près de 10 ans après sa dernière apparition principale. "Double Exposure" n'est d'ailleurs pas développé par Dontnod, mais par Deck Nine, studio américain déjà responsable de plusieurs opus de la licence avec notament "Life is Strange : Before the Storm" qui faisait office de préquel au premier jeu.

Nous avons pu jouer en exclusivité à "Life is Strange : Double Exposure" et retrouver notre chère Max Caulfield pour découvrir ses nouvelles (més)aventures qui s'avèrent excellentes, mais pas parfaites pour autant. Découvrez notre test.

Le récap de notre test de "Life is Strange : Double Exposure"
  • Une intrigue prenante avec de forts rebondissements.
  • La bande son que l'on va s'empresser de télécharger.
  • Les graphismes qui sont les meilleurs de la licence.
  • Les interactions avec les personnages sont multiples et les choix intéressants.
  • Quelques bugs visuels et audio, surtout vers la fin du jeu.
  • Trop peu de lieux à visiter et à explorer.
  • Des collectibles anecdotiques et souvent faciles à trouver.

Une histoire qui sent le déjà-vu

La fin du premier Life is Strange avait bouleversé bon nombre de joueurs. Si nous ne ferons bien évidemment pas l'affront de la dévoiler, cette fin s'est rapidement imposée au pantheon des fins les plus tristes du Jeu Vidéo suite à un choix crucial qui était aussi célébrée que décriée à l'époque.

Dans "Life is Strange : Double Exposure", nous incarnons à nouveau Maxine Caulfield, près de 8 ans après son périple dans la ville d'Arcada Bay. La jeune fille a bien grandit et donne désormais des cours de photographie à la prestigieuse université de Caledon aux côtés de ses deux meilleurs amis, Safi et Moses.

Un cadre apaisant et rapidement balayé par le gros cliffhanger du jeu : le meurtre de votre amie Safi. Une situation qui n'est pas sans rappeler les premières heures du premier "Life is Strange" et qui va conduire Maxine à utiliser à nouveau ses pouvoirs pour tenter de remonter le temps... Jusqu'à en développer de nouveaux qui lui permettent de naviguer entre deux réalité : l'une où Safi est vivante et l'autre où son meurtre a eu lieu.

Safi est un personnage qui rappelle fortement Chloé dans son attitude et son destin tragique. © Deck Nine

Si les premières heures du jeu permettent de découvrir plus en détail la vie et le quotidien de notre personnage, vos débuts sur "Double Exposure" sont plus impactants que la majorité des opus de la saga. Si beaucoup de joueurs se sont plaint de la communication quasi inexistante autour de Chloé Price et Arcadia Bay dans la promo du jeu, "Double Exposure" n'élude en rien la fin du premier Life is Strange puisqu'il vous sera rapidement demandé de confirmer cette dernière. Un choix important qui va grandement influencer le reste du jeu et la psyché de Max quant au deuil vécu à la fin du premier "Life is Strange" puisque cette dernière reste traumatisée à vie.

A l'image de son titre, "Double Exposure" joue donc la carte de la dualité pour opposer les aventures de Max dans le premier jeu et celles vécues à Caledon. Le titre propose plusieurs clins d'oeils et références au premier "Life is Strange" sans pour autant tomber dans le fan-service facile. Si les fans les plus acharnés pourront reprocher au titre de ne justement pas relier suffisamment "Double Exposure" au premier opus, le jeu fait la part belle au deuil et aux étapes qui s'en suivent.

Qu'importe votre choix à la fin du premier jeu, Max reste une personne traumatisée par les événements. © Deck Nine

La vraie force dans la narration de ce "Life is Strange : Double Exposure" est de ne jamais tomber dans le pathos. Max a un passé lourd et a grandit avec. Elle va donc servir de pivot central à la mort de Safi pour enquêter sur cette dernière sans oublier d'être un soutien pour d'autres personnages et d'enquêter sur plusieurs sous-intrigues susceptibles de se regrouper. Des personnages assez inégaux dans leurs histoires et personnalités. Si certains s'avèrent très intéressants comme la professeure Gwen, d'autres sont assez stéréotypés et on échappe pas à la traditionnelle journaliste qui met son nez partout ou le romancier à succès imbu de lui-même.

Une narration épisodique et maitrisée

A l'image des précédents jeux, "Life is Strange : Double Exposure" propose une histoire scindée en plusieurs chapitres. Ces derniers ne sont cependant pas proposés au fil des mois, mais peuvent tous être lancés à la sortie du jeu. Si certains peuvent alors s'interroger sur l'utilité du découpage par chapitres, ces derniers permettent à "Double Exposure" de proposer des cliffhangers convaincants et des moments idéaux pour faire une pause et bénéficier d'un récapitulatif de l'histoire avant de lancer le prochain chapitre et continuer l'enquête autour de Safi.

Pour autant, la mort de Safi ne constitue pas l'ensemble du contenu proposé au sein de "Life is Strange : Double Exposure". Tout comme les autres jeux de la série, Max va enquêter sur les personnages qui gravitent autour de la mort de sa meilleure amie et y découvrir de multiples secrets et complots. Si certains peuvent être perçus comme "anecdotiques", notamment pour les plus petits PNJ, ces histoires annexes donnent plus de caractère et de contexte autour de l'université de Caledon. Max y découvrira les coutumes du coin, les groupes d'amis et d'ennemis, mais également les secrets qui entourent le campus.

Max va pouvoir enquêter sur de nombreux secrets au sein de Caledon. © Deck Nine

Un campus malheureusement assez pauvre en exploration. Si l'idée de visiter une nouvelle ville et son université semblait intéressante sur le papier, "Life is Strange : Double Exposure" ne propose au final que quelques lieux que vous visiterez en boucle. Entre l'appartement de Maxine, la cour de l'université ou encore le bureau de la présidente des élèves, vous ne découvrirez pas plus que sept ou huit environnements différents.

Un gameplay qui joue sur deux tableaux

Des pouvoirs de vie et de mort

Les pouvoirs de Max sont bien différents du simple "retour dans le temps" du premier jeu. Dans "Life is Strange : Double Exposure", Max est capable d'alterner entre deux réalités dont la principale différence est la mort ou la vie de Safi. Sans surprise, l'absence d'une personne au sein d'un campus impacte énormément ce dernier et les différentes relations des protagonistes. Il faudra alors jongler entre les deux mondes pour parvenir à découvrir la vérité sur le meurtre de votre meilleure amie.

Mais les nouveaux pouvoirs de Max dans "Life is Strange : Double Exposure" se découpent également en deux parties :

  • La traversée permet à Max de basculer d'une réalité à l'autre. Dans la réalité "vie", vous pourrez notamment discuter avec Safi pour en apprendre plus sur elle et son possible meurtre dans la réalité "mort". Max peut également faire passer des objets d'une réalité à l'autre ce qui peut s'avérer très pratique dans certaines situations (mais poser quelques questions de cohérence).
  • La perception permet à Max de rester dans sa réalité actuelle ("vie" ou "mort") mais d'observer ce qui se passe dans l'autre réalité où elle ne se trouve pas physiquement. Idéal pour espionner des conversations secrètes et obtenir des informations que vous n'êtes pas supposé entendre.
La perception vous permet d'écouter les conversations dans l'autre réalité. © Deck Nine

Si l'utilisation de ces deux pouvoirs est primordiale pour avancer dans l'histoire principale, elle permet également d'obtenir tout un tas d'informations sur des personnages plus ou moins importants. Dommage que Deck Nine n'ait pas poussé le bouchon à fond en permettant d'alterner de réalité à n'importe quel moment ou que les transitions prennent parfois un peu de temps à être réalisées puisque limitées à des portails situés ici et là.

"Cette action aura des conséquences"

Comme pour les précédents jeux de la série, "Life is Strange : Double Exposure" vous place régulièrement face à des choix. Si certains sont assez anecdotiques et contribuent surtout à comparer votre morale à celle de vos amis ou des autres joueurs en fin de chapitre, d'autres s'avèrent cruciaux. Plusieurs choix vous obligeront notamment à choisir un camp entre deux personnages. En favoriser certains peut alors déverrouiller de nouvelles amitiés, mais au détriment d'autres qui pourront vous créer des véritables ennemis prêts à vous empêcher de mener votre enquête.

Vos choix et prises de positions influencent comment les personnages perçoivent Max. © Deck Nine

A chaque fin de chapitre, vous aurez davantage d'informations sur comment vous perçoivent les personnages en fonction de vos actions. Des ajouts intéressants et qui procurent à "Double Exposure" une petite rejouabilité en tentant de nouveaux choix. Ces choix permettent avant tout d'établir qui seront vos alliés et qui sera hostile envers vous pendant le reste de l'aventure jusqu'au dénouement final où vos relations seront établies en fonction de vos affinités.

Le deuil à l'heure des réseaux sociaux

Pour l'aider dans son enquête, Max peut également compter sur le retour des liens sociaux notamment représentés par son téléphone, ses réseaux sociaux et son journal intime. Le premier lui permet de recevoir fréquemment des SMS d'autres personnages et interagir avec eux. Ces interactions restent cependant très limitées et n'ont quasiment aucun impact sur l'histoire. Les réseaux permettent, quant à eux, de connaître un peu plus l'ambiance générale sur le campus et sur les passions ou problèmes des personnages. Le journal, quant à lui, est surtout utile pour garder une trace écrite des événements et de mettre sur le papier les pensées de Max face au déroulé de l'histoire. Des ajouts sympathiques donc, mais aux intérêts assez limités.

Les plus beaux graphismes de la saga

La série "Life is Strange" n'a jamais particulièrement brillé par ses graphismes. Les premiers opus étaient déjà bien en dessous des standards de l'industrie, et ce n'est vraiment qu'avec "True Colors" en 2021 que la saga a opéré un vrai travail sur le rendu visuel. Le jeu a malheureusement connu pas mal de soucis à son lancement avec quelques bugs et chutes de FPS sur consoles.

Sans plus de précisions sur son moteur graphique, "Life is Strange : Double Exposure" est sans conteste le plus beau jeu de la saga. Le campus de Caldon et ses différents environnements sont agréables à l'oeil. Les personnages sont également bien modélisés (pour la plupart) et facilement reconnaissables.

Les graphismes de "Life is Strange : Double Exposure" sont les meilleurs de la saga. © Deck Nine

Pour autant, "Double Exposure" ne marque jamais vraiment pour sa direction artistique. Si certains passages ou scènes sont effectivement bien plus jolis que la moyenne, on aura tôt fait d'oublier la majorité des environnements qui restent assez clichés dans leur représentation (la chambre en désordre, les bureaux de l'université, la cafétéria...). Si "Life is Strange : Double Exposure" est donc très agréable à jouer et à regarder, le titre ne se démarque jamais vraiment pour ses décors.

Côté optimisation, nous avons pu tester le jeu sur un PC gaming avec une très bonne configuration et un Steam Deck. Sur PC, le titre propose plusieurs choix de réglages pour les graphismes qui vont de qualité "basse" à "cinématique". Si le jeu reste assez agréable sur la plupart des configurations, le mode le plus bas s'avère vraiment... Moche. Certaines textures sont manquantes et le résultat global ne fait vraiment pas honneur au titre. Nous n'avons cependant connu aucune latence ou perte de FPS durant nos essais, même avec les graphismes poussés à fond.

Dommage que la fin de notre première partie ait enchainé les bugs visuels avec des objets qui passent à travers les décors, des textures qui mettent du temps à s'afficher ou encore certains personnages dont le modèle se met à bugger.

Ce genre de bugs n'est apparu que durant les dernières heures de notre partie. © Deck Nine

Sur Steam Deck, le constat est un peu plus mitigé. Avec les graphismes réglés sur "moyens", "Life is Strange : Double Exposure" peine à atteindre les 30 FPS stables. Le titre reste jouable, mais on est loin de l'expérience idéale.

Une bande-son excellente et à écouter pendant des heures

Serez-vous vraiment étonnés si nous vantons la bande-son de "Life is Strange : Double Exposure" ? La saga a toujours réussi à soigner ses musiques et son ambiance sonore en s'associant avec des artistes plus ou moins gros, mais capables de sonner juste dans les situations montrées à l'écran.

Pour "Double Exposure", c'est l'artiste Tessa Rose Jackson qui signe les principales compositions de la bande originale avec pas moins de trois titres (notamment disponibles sur certaines bandes-annonces du jeu). Les différents titres de "Life is Strange : Double Exposure" ne sont pas sans rappeler les choix effectués sur le premier jeu de la saga avec plusieurs tonalités très mélancoliques et propices à la réflexion pour Max et le joueur. On retrouve notamment une nouvelle fois les passages du jeu où notre personnage peut se poser quelques minutes pour faire le point sur l'histoire, le tout, sublimé par une musique de fond très justement sélectionnée. Mention spéciale pour le thème du menu principal du jeu : "Someone was listening", interprété par l'artiste Dodie.

Côté doublage, la synchronisation labiale reste toujours assez épineuse, et ce, depuis le tout premier épisode de la licence. Si "Life is Strange : Double Exposure" propose des doublages assez convainquants, force est de constater que certaines synchronisations restent assez brouillon dans leur exécution et qu'il est toujours possible de voir des personnages s'exprimer sans que leurs lèvres ne bougent. Encore une fois : rien de très grave, mais suffisamment pour être souligné par moments.

Une durée de vie correcte et quelques collectibles oubliables

Pour parvenir au bout de votre première partie de "Life is Strange : Double Exposure" comptez environ 11h de jeu en prenant du temps. Chaque épisode pourra vous prendre entre 2 à 3h en fonction de si vous souhaitez vous concentrer sur l'histoire principale liée à Safi ou si vous prenez davantage de temps pour parler à tous les personnages secondaires et fouiller chaque zone.

Côté rejouabilité, relancer une partie vous permettra avant-tout de tester des choix que vous n'avez pas effectué lors de votre première partie, mais également d'obtenir un second niveau de lecture maintenant que vous connaissez le dénouement de l'histoire. Cela vous permet également de récolter les quelques collectibles que vous avez manqué et qui se caractérisent par des petits polaroids dispersés dans les niveaux et qui donnent quelques petites scènettes audio lorsque vous les ramassez. Rien de franchement très intéressant, d'autant que des indices sur leur position sont déjà donnés dans votre journal et qu'il est donc difficile de les manquer sur votre première partie si vous faites attention. Ces polaroids permettent au moins de donner un intérêt pour celles et ceux qui veulent terminer "Double Exposure" à 100%. Dommage cependant que les indications pour les trouver peuvent spoil les emplacements où l'aventure va se poursuivre.

Les polaroids sont faciles à dénicher, mais offrent une petite rejouabilité. © Deck Nine

Notre conclusion au test de "Life is Strange : Double Exposure"

Si l'idée de réaliser une suite au premier "Life is Strange" a suscité de nombreux débats, force est de constater que le résultat reste très correct. Sans être aussi marquant que le premier jeu (ou même le second opus principal), ce "Life is Strange : Double Exposure" propose une aventure prenante et agréable à suivre. Ses personnages sont attachants et on aime voir le développement de Max et son rapport face au deuil et ses choix effectués dans le premier "Life is Strange.

Pour autant, le jeu est loin d'être parfait. Si les graphismes sont très corrects, on déplore la quantité de bugs observés durant les dernières heures de nos parties. Gageons que ces derniers seront réparés avec une mise à jour du jeu. Le titre ne propose également que peu d'environnements à visiter et ces derniers ne marquent pas forcément les esprits de par leur direction artistique. Enfin, l'exploration est assez peu poussée avec seulement quelques collectibles à ramasser au passage.