Apartheid : Manuel Valls a-t-il raison ou tort d'employer ce mot ? Définitions et interprétations

Apartheid : Manuel Valls a-t-il raison ou tort d'employer ce mot ? Définitions et interprétations En indiquant qu'il existait en France, un "apartheid territorial, social et ethnique dans un certain nombre de quartiers", Manuel Valls a provoqué la polémique et a été vivement critiqué par la droite, Nicolas Sarkozy en tête.

Un mot aura donc provoqué la fin de l'unité nationale et d'un certain consensus politique depuis les attentats contre Charlie Hebdo. En affirmant qu'il existait un "apartheid territorial, social et ethnique" en France, lors de ses vœux à la presse ce mardi 20 janvier, Manuel Valls s'est attiré les critiques de la droite et d'une partie de la classe politique. Le Premier ministre a été interpellé à l'Assemblée nationale par le numéro 3 de l'UMP, Laurent Wauquiez, qui lui a demandé si la France était un "pays raciste où les noirs n'auraient pas les mêmes droits que les blancs". Nicolas Sarkozy, invité du 20 heures de France 2 hier soir, s'est dit "consterné" par ces propos. L'affirmation de l'existence d'un apartheid en France est en effet une véritable rupture dans le discours politique. Utilisé par un Premier ministre il est d'autant plus fort et polémique.

Mais Manuel Valls a-t-il pour autant eu raison de parler "d'apartheid" ? Pour le député PS Jean-Jacques Urvoas, pourtant considéré comme un proche de Valls, le terme parait "maladroit". "Je n'aurais pas choisi ce mot là car il est connoté historiquement et géographiquement", a-t-il indiqué au micro de BFM. Pour Laurent Fabius, le soutien est aussi relativement timide. Selon le ministre des Affaires étrangères, nous n'avons pas affaire à un "problème juridique mais un problème de réalité". Ce n'est pas en tout cas la première fois que Manuel Valls utilise le mot "apartheid", comme celui de "ségrégation" ou de "ghettos". Dès 2005, alors qu'il était maire d'Evry, une ville rongée par les émeutes qui frappaient plusieurs banlieues, il utilisait ce terme choc, en marge de sa famille politique. Plusieurs vidéos circulent montrant l'intéressé répéter ce mot par le passé (voir la vidéo à 2 min 45).

Apartheid : une définition impropre à la situation en France

"Apartheid ", qui signifie littéralement "séparation", pourrait à première vue convenir pour décrire la situation de certains quartiers. Mais la définition de l'apartheid fait immanquablement référence à l'histoire de l'Afrique du Sud. Selon le Robert, l'apartheid est la "ségrégation des populations basée sur le critère de la couleur de la peau en Afrique du sud". Le Larousse date quant à lui le concept, qu'il qualifie de "systématique". L'apartheid a eu lieu en Afrique du Sud de 1913 à 1991 selon le dictionnaire. Par ailleurs, les différentes définitions de l'apartheid impliquent une séparation décidée, organisée et inscrite dans les textes de lois. Elles impliquent également que les droits ne sont explicitement pas les mêmes entre différentes composantes de la population. Le terme semble donc stricto sensu inadapté au cas de la France. Si ségrégation il y a, celle-ci serait subie plus qu'organisée par les politiques publiques. A moins, bien sûr, d'un aveu encore plus explosif de Matignon.

Ségrégation ? Encore raté ! Discrimination ? On s'approche

L'apartheid fait souvent référence directe à la ségrégation. Il s'agit, toujours selon le dictionnaire, d'une "action de mettre à part, le fait de séparer (en parlant d'une masse ou d'un groupe)". Dans le langage courant, indique Le Robert, la ségrégation dite "raciale" est la "séparation absolue, organisée et réglementée, de la population de couleur d'avec les blancs (dans les écoles, les transports, les magasins etc.)". Enfin, par extension, on évoque souvent la "discrimination", une "ségrégation imposée, plus ou moins radicale, de droit ou de fait, de personnes, groupes sociaux ou de collectivités, suivant la condition sociale, le niveau d'instruction l'âge, le sexe". Si dans la première définition, Manuel Valls reste hors sujet (la ségrégation étant "réglementée" et d'ordre juridique), dans le second, il peut donc avoir raison : la discrimination pouvant être un constat "de fait" et pas uniquement liée au droit.

Ghetto : le mot approprié ?

Le député socialiste du Finistère Jean-Jacques Urvoas a indiqué qu'il aurait préféré le mot "ghetto" qui lui  "parait plus conforme à la réalité". Plus courant dans la bouche des politiques, Sarkozy en tête, mais aussi du monde associatif, il décrit "un lieu où une communauté vit, séparée du reste de la population". Plus conforme à ce que tente de décrire Manuel Valls, le mot est cependant critiqué lui aussi, car faisant directement référence aux ghettos juifs mis en place par l'administration nazie d'un côté, ou la situation des Etats-Unis de l'autre, où les discriminations sont autrement plus importantes que dans l'Hexagone. Reste une réalité de construction progressive "frontières invisibles" et notamment de quartiers érigés en autant de "contre-sociétés", plusieurs fois prouvée par les sociologues.

EN VIDÉO - Interpellé par Laurent Wauquiez lors des questions au gouvernement ce mercredi sur l'utilisation du mot "Apartheid", le Premier ministre a réaffirmé que ce mot, il l'a utilisé parce qu'il est "profondément républicain"

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