8 mai 2017 : les origines du jour férié de la Victoire de 1945

8 mai 2017 : les origines du jour férié de la Victoire de 1945 8 MAI FERIE - Quelle est l’origine de la fête du 8 mai marquée par un jour férié ? Linternaute.com vous donne tous les renseignements.

[Mis à jour le 27 avril 2017 à 11h26] En France, le 8 mai, qui tombe un lundi en 2017, est un jour aux significations multiples. Ce jour férié rappelle tout d'abord la victoire des Alliés - Union soviétique, Etats-Unis, Royaume-Uni, France libre... - sur le théâtre européen dans la Seconde guerre mondiale et la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945, même si cette date est contestée (en savoir plus sur la polémique autour du 8 mai 1945). Mais ce jour est aussi lié au souvenir tragique des massacres de Sétif, en Algérie, et à des célébrations honorant la mémoire de Jeanne d’Arc. Dans cet article, Linternaute.com vous dit tout sur le 8 mai et les événements qui lui sont liés, leur origine, leur histoire et leur signification.

8 mai férié

Le 8 mai 1945, à 15 heures, les cloches sonnent pour marquer la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe. Le général de Gaulle annonce lui même la capitulation allemande dans une allocution radiophonique. Partout en France, des scènes de joies accompagnent le 8 et le 9 mai, qui sont exceptionnellement fériés pour célébrer la défaite de l'Allemagne nazie. Il reste alors des soldats allemands dans l'Hexagone (autour des ports de Dunkerque, Lorient ou Saint-Nazaire, notamment). La question des commémorations se pose très vite. Gouvernement et anciens combattants hésitent entre l'établissement d'une date unique - destinée à célébrer les victoires de 1918 et 1945 – et la mise en place d'une cérémonie spécifique à la Seconde guerre mondiale.

La loi n°46-934 du 7 mai 1946 fixe au 8 mai (si c'est un dimanche) ou au dimanche suivant cette date les commémorations de la victoire de 1945. Le 8 mai était jusqu'alors associé à la fête de Jeanne d'Arc (voir plus loin). C'est en 1953 que le 8 mai devient réellement un jour férié institué, au même titre que le 11 novembre. En 1959, un décret cherchant à limiter le nombre de jours chômés renvoie les Français au travail. Et en 1975, le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, retire tout caractère officiel à la date. Son geste cherche à marquer la réconciliation franco-allemande, mais irrite de nombreux anciens combattants. C'est finalement François Mitterrand qui redonne au 8 mai son caractère de jour férié. La loi n°81-893 du 2 octobre 1981 rajoute cette journée à la liste des jours chômés dans le code du travail. Ce jour n'est pas célébré en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou en Allemagne.

En France, le 128e jour de l'année (ou 129e, en cas d'année bissextile comme c'était le cas lors de la précédente édition) provoque souvent l'un des "ponts" du mois de mai (avec le 1er mai ou l'Ascension), permettant de rallonger considérablement les week-ends des salariés, des indépendants ou des fonctionnaires. En 2017, le week-end de trois jours fera d'ailleurs son retour, puisque le 8 mai sera un lundi. L'année suivante, le 8 mai tombera un mardi. Logiquement, le 8 mai a toujours lieu le même jour de la semaine que le 1er mai.

En images - Les combats et les années de guerre reconstitués grandeur nature par des passionnés :

Histoire du 8 mai

Traditionnellement, le 8 mai a été adopté comme le jour de commémoration de la capitulation de l’Allemagne lors de la Seconde guerre mondiale. Pourtant, la réalité est nettement plus complexe. D’abord parce que cet événement ne marque la fin de la Seconde guerre mondiale qu’en Europe, le conflit se poursuivant encore pendant quatre mois dans le Pacifique, entre le Japon et les Etats-Unis. Ensuite parce que différents actes de capitulation ont été signés à différents moments entre le 7 et le 9 mai, selon le référent temporel choisi.

Dans tous les cas, le début du mois de mai 1945 marque l’effondrement du Troisième Reich. Le 30 avril, Adolf Hitler se suicide dans son bunker de la chancellerie tandis que les soldats soviétiques sont dans Berlin. Joseph Goebbels tente de prendre contact afin de signer un armistice. Incapable d’établir le lien avec les Alliés et refusant une capitulation sans condition, il se donne la mort avec son épouse et ses enfants le 1er mai. Le lendemain, la Bataille de Berlin s’achève avec la capitulation du général allemand Helmuth Weidling et des hommes chargés de la défense de la capitale. Du 4 au 6 mai, l’ensemble des forces nazies restantes (aux Pays-Bas, en Allemagne du Nord, au Danemark, en Bavière, à Breslau) se rendent aux Alliés. Herman Göring, le plus haut dignitaire nazi vivant, se livre aux autorités américaines à la frontière germano-autrichienne.

Il y a deux documents de capitulation :

> La première capitulation du 7 mai à Reims

> La deuxième capitulation du 8 mai à Berlin

Le grand-amiral Karl Dönitz a été nommé président du Reich par Hitler dans son testament. A la tête d’un gouvernement provisoire du Reich, il tente de négocier une série de redditions partielles face aux alliés occidentaux, afin de pouvoir continuer le combat à l’est contre les troupes soviétiques. Les Américains refusent le compromis. Le général allemand Alfred Jodl, envoyé par Dönitz, signe la capitulation le 7 mai à 2h41 du matin. Ce moment historique a eu lieu dans une salle du Collège technique et moderne de Reims, qui était alors le QG des forces alliées.

Alfred Jodl a signé la capitulation de Reims, le 7 mai 1945 © "Bundesarchiv Bild 146-1971-033-01, Alfred Jodl" / CC-BY-SA

Seulement, cette signature n’est pas du goût de Staline, qui regrette l’absence de hauts-représentants soviétiques lors de cette signature. Une seconde capitulation est organisée le 8 mai dans la soirée à Karlshorst, près de Berlin. Cette fois, c’est le Commandant suprême de l’Armée rouge, Gueorgui Joukov, qui préside à la signature. C’est Wilhelm Keitel, commandant suprême des forces armées allemandes qui signe la capitulation. Elle rentre en application à 23h01 le 8 mai. A l’heure de Moscou, cette heure correspond au 9 mai à 01h01 du matin. Aujourd’hui, c’est le 9 mai qui est célébré comme le jour de la capitulation allemande en Russie.

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8 mai 1945 : la capitulation

© AFP

Officiellement, le nom du jour férié correspondant au 8 mai est "Victoire de 1945". L’utilisation du mot armistice, comme dans l’expression "armistice de 1945", que l’on trouve sur certains calendriers, n’est pas correcte. En effet, un armistice est une convention signée par des gouvernements. Elle met fin à un conflit armé en temps de guerre, mais ne met pas fin à l’état de guerre. C’est ce type de document qui a été signé le 11 novembre 1918 dans le wagon de Rethondes, démarrant un cessez-le-feu et les négociations qui aboutiront au Traité de Versailles, signé par l’Allemagne et les Alliés. En 1945, il s’agit bel et bien d’une capitulation du Troisième Reich. En effet, il s’agit d’une reddition pure et simple d’un belligérant, de la fin des combats et de l’état de guerre. D’où l’appellation "victoire de 1945" et non "armistice de 1945".

8 mai 1945 et Algérie

La journée du 8 mai est également une journée du souvenir essentielle dans les relations franco-algériennes. C’est en effet le 8 mai 1945 que démarrent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, dans une Algérie alors colonisée par la France. Le drame démarre le 8 mai. Une manifestation de nationalistes algériens, réclamant l'indépendance de leur pays, est organisée en marge d’un cortège célébrant la victoire des Alliés. Ils réclament notamment la libération de leur chef - Messali Hadj - chef du PPA (Parti Populaire Algérien), emprisonné par les autorités françaises. Celles-ci exigent que les manifestants ne portent ni armes, ni drapeau algérien.

© FAROUK BATICHE AFP

Lors de la manifestation, dans la ville de Sétif, un jeune scout musulman brandit un drapeau algérien au cœur d’un quartier très majoritairement peuplé par une population d’origine européenne. La police tente de retirer le drapeau et des tirs éclatent entre manifestants et policiers. Un jeune homme de 26 ans, drapeau algérien à la main, est abattu par un policier. La panique et la confusion s’accroissent alors que musulmans indigènes et populations d’origine européenne échangent des coups de feu. Le bilan dépasse les 20 morts de chaque côté. A Guelma, la police tire, tuant un manifestant. Dans les campagnes, des émeutes à l’encontre des populations d’origine européenne éclatent : 102 personnes sont tuées. Le gouvernement, mené par le général de Gaulle, envoie l’armée sur place. La répression – qui dure jusqu’au 22 mai - est terrible : exécutions sommaires, bombardements de villages, cérémonies de "soumission" au drapeau français. Le bilan officiel établi par les autorités françaises fait état de 1 000 morts. En réalité, le bilan serait cinq à dix fois supérieur selon les historiens.

Fête du 8 mai

Le 8 mai est également la date de la fête de Jeanne d’Arc. C’est en effet le 8 mai 1429 qu’une armée, menée par Jeanne d’Arc, est parvenue à délivrer la ville d’Orléans, assiégée par les Anglais. Chaque année, les fêtes johanniques d’Orléans célèbrent cet évènement, culminant avec un grand défilé dans les rues du centre-ville le 8 mai. La région Centre-Val de Loire et la mairie de la ville ont demandé en 2015 l’intégration de ces festivités dans le patrimoine immatériel de la France, avant d’envisager une demande de classement à l’Unesco.

Dans un genre différent, le 8 mai est également un jour clé pour la droite nationaliste française. Au début du XXe siècle, l’extrême-droite, menée par l’Action française, organise son rassemblement le 8 mai devant la statue de Jeanne d’Arc à Paris. Dans les années 1970, le Front national participe à ces cortèges avant d’en prendre le leadership. C’est d’ailleurs Jean-Marie Le Pen qui décide de déplacer cette manifestation annuelle du 8 mai au 1er mai en 1988 : il s’agissait alors de tenir un meeting pour peser sur l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Depuis, le rassemblement organisé par le Front national continue de se tenir le 1er mai. D'autres groupes d'extrême-droite continuent, pour leur part, de défiler le 8 mai.

Commémoration du 8 mai

Des polémiques entourent parfois l'organisation de certains des hommages du 8 mai, comme l'an passé, dans le cadre de l'état d'urgence actuel en France. Ils ont par exemple été prévus pour se réduire à un simple dépôt de gerbes dans certains quartiers de Toulouse, lorsque des enfants participent à l'événement. De quoi faire grincer des dents chez les anciens combattants. Des irritations déplorées auprès de France 3 Régions, par Jean-Baptiste de Scorraille, élu municipal en charge de la mémoire et des anciens combattants dans la ville rose. Il martelait alors : "Aucune annulation. Il y aura 27 cérémonies et 5 dépôts de fleurs pour des raisons de sécurité en raison de la venue des enfants. C'est à la demande des enseignants, de l'Académie et d'une association qui organise les cérémonies. Quand le gouvernement dit que nous sommes en guerre, il faut bien tenir compte de la sécurité. Je suis très en colère contre Jean-Jacques Mirassou [Le vice-président en charge des anciens combattants au conseil départemental ] qui se livre à une polémique pitoyable. Quand on est dans un état de guerre, il faut soutenir les armées et penser à nos morts".

Algérie / Seconde Guerre Mondiale

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