La dérive des continents : une longue controverse scientifique

C'est maintenant une évidence : les continents se déplacent tous les uns par rapport aux autres. Quand Alfred Wegener a avancé cette idée, elle ne faisait pas l'unanimité. Une controverse qui a duré près de 50 ans.

Alfred Wegener est astronome et météorologue lorsqu'il publie, en 1915, "La genèse des continents et des océans". Comme beaucoup de scientifiques de l'époque, ses centres d'intérêts sortaient de sa spécialité : il se passionne alors pour l'étude du globe. A l'intérieur de cet ouvrage, il développe l'idée que tous les continents étaient autrefois rassemblés en un seul : la Pangée, entouré d'un seul océan, le Panthalassa.

 

Une thèse très étayée

Ce "super-continent" se serait ensuite fragmenté en plusieurs morceaux, donnant la Terre telle que nous la connaissons actuellement. Sa théorie est argumentée par :

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La Pangée selon Wegener. © USGS

 La géologie : les côtes situées de part et d'autres de l'Océan Atlantique sont similaires en termes d'âge, de nature des terrains et de leur déformations.

 La paléontologie : la faune et la flore des continents africain et américain sont semblables jusqu'à -200 000 ans.

 La climatologie : les indices des conditions des climats anciens entre l'Afrique du Sud et l'Australie concordent, ce qui n'est pas explicable dans le cas de continents fixes. 

L'homme fait partie des "mobilistes", scientifiques croyant dur comme fer que les continents bougent les uns par rapport aux autres. Malgré une accumulation de données conséquente, les autres savants ne l'entendent pas. Wegener a du mal à expliquer les mécanismes à l'origine de ce déplacement des terres les unes par rapport aux autres. Il attribue ce fait aux marées lunaires, c'est-à-dire aux forces gravitationnelles exercées par la Lune sur la Terre. Sa théorie tombe dans l'oubli pour la majorité de la communauté scientifique.


Le modèle des courants de convection associé aux mouvements de plaques

En 1945, Arthur Holmes, professeur de géologie de l'université d'Edimbourg, monte un modèle des courants de convection ayant lieu dans le manteau terrestre. Petit rappel sur les couches terrestres : à la surface, l'écorce formée de deux croûtes, la continentale et l'océanique et, juste en dessous, le manteau. La chaleur radioactive accumulée à l'intérieur de la Terre chaufferait le manteau et créerait des courants ascendants de basalte liquide : le mécanisme serait le même que la remontée des bulles d'air dans une casserole d'eau bouillante.  

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Répartition des plaques à la surface du globe. © USGS

Holmes a l'intuition que ces courants,s'ils existent, pourraient fragmenter un continent primordial par les forces de pression exercées. Ces morceaux, poussés par le basale qui se solidifie, s'écarteraient jusqu'à ce qu'ils soient entraînés par un courant descendant, au niveau des fosses océaniques. Ce modèle, bien que cohérent à ce qui se déroule en réalité, n'est pas prouvable en l'état et ne reste qu'un schéma conceptuel. Il n'est donc pas retenu.    

C'est un autre professeur, Harry Hess, qui renforce la théorie en 1962. Pendant la seconde guerre mondiale, il est officier marin. Sa mission est d'étudier les terrains afin de trouver un bon lieu pour effectuer le débarquement. Durant cette période, il en profite pour faire des relevés du relief des fonds marins afin d'en étudier la topographie. Il s'aperçoit que la croûte océanique est de plus en plus vieille au fur et à mesure que l'on s'éloigne des dorsales.  

Une preuve de plus, car la dorsale atlantique se trouve pile au milieu des deux continents. Il y aurait donc un renouvellement de cette croûte au cours du temps, se produisant au niveau des dorsales et dégradée au niveau des fosses océaniques. En y appliquant le modèle de Holmes, cela expliquerait que les continents s'éloignent les uns des autres. Il ne se fait, lui non plus, pas écouter : la communauté scientifique n'y croit toujours pas.


Les inversions magnétiques

En 1963, Vine et Matthews découvrent des anomalies magnétiques sur le plancher océanique. Explications : lors du refroidissement du basalte au contact de l'eau, des minéraux riches en fer restent piégés dans la roche. Le champ magnétique terrestre induit une aimantation particulière de ces basaltes : positives, elles sont dans le sens du champ magnétique terrestre et négatives, dans une inversion des pôles à partir du champ actuel. Cela constitue une sorte d'enregistrement de l'histoire de la Terre, son pôle magnétique s'inversant dans des périodes plus ou moins longues. Les bandes que les deux chercheurs mettent en évidence sont espacées de la même manière des deux côtés de la dorsale : c'est la preuve d'un mouvement continu et régulier de la croûte océanique. Fort de cette découverte, Hess présente ces travaux en 1967 : elle sera acceptée par la communauté des chercheurs.

La formalisation de la théorie de la tectonique des plaques constitue donc une controverse phare dans l'histoire des sciences : il aura fallu presque 50 ans pour arriver à trouver un consensus. Difficile de faire changer les mentalités des scientifiques sans avoir accumulé des preuves irréfutables !

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