Elisabeth Borne : les secrets enfouis de la nouvelle Première ministre

"Elisabeth Borne : les secrets enfouis de la nouvelle Première ministre"

Elisabeth Borne : les secrets enfouis de la nouvelle Première ministre ELISABETH BORNE. Fille d'un résistant et déporté juif, pupille de la Nation, diplômée de Polytechnique et femme "de gauche"... Qui est Elisabeth Borne, la nouvelle Première ministre ?

[Mis à jour le 20 mai 2022 à 12h17] Son parcours mêle une enfance marquée par des traumatismes familiaux et une trajectoire parmi les plus brillantes. Elisabeth Borne, nommée Première ministre par Emmanuel Macron, arrive au sommet de l'Etat après 5 années pleines au gouvernement et près de 40 ans dans des cabinets de grandes institutions ou à la direction de grandes entreprises. Si cette "voie royale", passée par Polytechnique, a été abondamment décortiquée dans les médias depuis sa nomination, la biographie d'Elisabeth Borne compte également des séquences personnelles plus difficiles, qui viennent alimenter aussi aujourd'hui le récit d'une jeune femme qui a décidé d'aller "au bout de ses rêves", comme elle se plaît à le conseiller aux "petites filles" depuis la passation de pouvoirs avec Jean Castex.

Alors qu'Elisabeth Borne est en train de constituer son gouvernement, le suicide de son père dans les années 1970, Joseph Bornstein, résistant juif rescapé des camps de la mort, comme les difficultés financières de sa famille après la faillite du laboratoire pharmaceutique qu'elle dirigeait à Paris, sont aujourd'hui exhumés. Reconnue pupille de la Nation, celle qui va devenir Première ministre s'est rarement confiée sur ce "démarrage un peu compliqué". Un démarrage qui va pourtant l'amener à devenir une incarnation de la méritocratie républicaine, saluée aujourd'hui par bon nombre de commentateurs.

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Elisabeth Borne était jusqu'alors ministre du Travail, après avoir occupé les portefeuilles des Transports et de la Transition écologique depuis 2017. Relativement peu connue des Français, ce qui peut constituer "un atout" dans ses nouvelles fonctions, elle l'est toutefois "plus que ne l'étaient Édouard Philippe et surtout Jean Castex" à leur arrivée à Matignon, a assuré mardi Frédéric Dabi, directeur de l'Ifop, sur LCI.

Technicienne tenace, jugée loyale, Elisabeth Borne est en tout cas perçue par la Macronie comme ayant fait ses preuves au gouvernement pendant tout le dernier quinquennat. Cette ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal a également le mérite d'appartenir à l'aile gauche de la majorité, un atout à l'heure où s'annoncent de nouvelles réformes sociales, à commencer par "la mère des batailles" sur les retraites.

Cette nomination est toutefois vue avec circonspection par certains membres du parti présidentiel, partageant l'avis de nombreux piliers de l'opposition sur un point : Elizabeth Borne est avant tout une haute-fonctionnaire, avec un sens de l'Etat qui confine à la loyauté administrative. Le profil de cette ingénieure devenue préfète ne serait à leurs yeux "pas assez politique" et devrait laisser toute la place à Emmanuel Macron dans ce périmètre. "C'est Macron qui décide et Matignon qui exécute", résumait un conseiller ministériel au Figaro le 17 mai, quand  Le Monde décrivait une majorité "soulagée mais peu enthousiasmée".

Les origines et la jeunesse d'Elisabeth Borne, des marqueurs

Elisabeth Borne, née le 18 avril 1961, a des origines normandes par sa mère et juives par son père, Joseph Bornstein, l'un des quatre enfants d'une famille yiddish, immigrée dans l'entre-deux-guerres en Belgique puis en France, sous la pression de l'antisémitisme dans les pays de l'Est. Membre pendant la Seconde Guerre mondiale de l'Organisation juive de combat, un mouvement de résistance, il a plusieurs fois été chargé d'escorter des personnes vers le maquis, dans le Tarn. Arrêté fin 1943 avec son frère Isaac et son père Zelig, il a été interrogé par la Gestapo sans dénoncer ses camarades, rapporte Le Point, qui a eu accès à son dossier de demande du titre de déporté résistant.

Envoyé à Drancy, Auschwitz puis Buchenwald, Joseph Bornstein a perdu son père et son frère cadet en déportation et a survécu avec son autre frère, Isaac. Devenu "Borne" à la fin des années 1940, selon l'ouvrage "Le Tout politique", de Jean-Louis Beaucarnot (L'Archipel), son nom d'emprunt pendant l'Occupation, il a toujours refusé de parler avec sa famille de cette tragédie. Il n'en fera part qu'à l'administration, qui mettra des années à reconnaître son statut de déporté résistant, en 1962.

Un suicide et un statut de "pupille de la Nation"

Joseph Borne travaillera dans le secteur pharmaceutique avec son épouse, née Lescène, dans l'affaire familiale de cette dernière, avant que celle-ci connaisse d'importantes difficultés financières, impactant toute la famille. Joseph Borne s'est donné la mort en 1972, quand Elisabeth Borne était encore enfant.

La nouvelle Première ministre, qui a été reconnue "pupille de la Nation" à l'époque, a déjà pu s'exprimer sur son enfance dans l'émission Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna sur C8 ou encore pour le Journal des Femmes (voir la vidéo ci-dessous). "Ça n'a pas toujours été simple. J'ai perdu mon père quand j'étais très jeune. Et donc on s'est retrouvé avec ma mère, qui avait deux filles et qui n'avait pas trop de revenus", confiait-elle alors, brisant l'armure comme rarement chez elle. Son statut lui permettra de faire des études et d'obtenir une certaine "autonomie financière" : "Je n'avais pas le choix, il fallait s'en sortir, ça a forgé mon caractère et mon côté combatif [...] Je me suis accrochée et j'ai pu rentrer dans une école d'ingénieur où j'étais rémunérée par l'État et ça a été un vrai soulagement", a-t-elle aussi soufflé.

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"Elisabeth Borne se raconte : Parcours, Intimité, Famille et Aspirations"

Cette école, c'est l'Ecole polytechnique d'où Elisabeth Borne sortira en 1981 comme ingénieur des ponts, des eaux et des forêts. Membre de la si particulière famille des "X", elle dispose également d'une maîtrise en administration des affaires (Collège des ingénieurs). Mais elle s'approche finalement très jeune des coulisses de la politique, en travaillant dans des cabinets dès le milieu des années 1980, au ministère de l'Equipement, puis à la direction régionale de l'Équipement d'Ile-de-France.

Un nouveau pas est franchi au début des années 1990, quand Elisabeth Borne devient conseillère au ministère de l'Education nationale auprès de Lionel Jospin puis, à partir de 1992, de Jack Lang. Elle reviendra plusieurs fois à des postes stratégiques auprès d'élus ou de ministres de gauche : entre 2008 et 2013, elle travaille auprès de Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo en tant que directrice générale de l'urbanisme à la mairie de Paris, puis quitte la capitale pour devenir préfète de la région Poitou-Charentes et de la Vienne, première femme (déjà) à occuper ces postes.

C'est dans le cadre de ces fonctions qu'Elisabeth Borne noue des liens avec la présidente de région, une certaine Ségolène Royal. L'ancienne candidate à la présidentielle en fera d'ailleurs sa directrice de cabinet, une fois nommée ministre de la Transition écologique dans le gouvernement de François Hollande. Une étape de deux ans (2014-2015) fondamentale dans sa biographie.

Elisabeth Borne agrémente son CV de passages dans les directions de plusieurs groupes privé, publics ou semi-publics. Après un passage chez Sonacotra dans les années 1990, elle sera par exemple directrice de la stratégie de la SNCF au début des années 2000, directrice des concessions au sein du groupe Eiffage, puis, du printemps 2015 à sa nomination au gouvernement, présidente de la RATP. 

Quel est le parti politique d'Elisabeth Borne ?

Bien qu'ayant travaillé pour plusieurs figures du parti, il n'est jamais précisé qu'Elisabeth Borne ait un jour pris sa carte au PS. En 2017, elle adhère en revanche à La République en Marche. Depuis 2020, elle est membre de "Territoires de progrès", parti politique rassemblant la sensibilité de centre gauche de la Macronie autour de Jean-Yves Le Drian et Olivier Dussopt notamment. 

Car Elisabeth Borne a décidé de rejoindre Emmanuel Macron en 2016. Une fois élu, ce dernier cherche des experts pour son gouvernement et nomme la patronne de la RATP ministre des Transports auprès du ministre de la Transition, Nicolas Hulot, dès le mois de mai 2017. Elle y mènera notamment à bien la réforme de la SNCF, liée à l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire et mettra la priorité sur les transports du quotidien avec une "loi mobilité" et un premier "plan national vélo".

Après les turbulences de l'été 2019 et la démission de François de Rugy, Elisabeth Borne est propulsée ministre de la Transition écologique. Cette fois, elle hérite de la loi "énergie-climat", énorme morceau censé traduire les ambitions de la France dans la lutte contre le réchauffement (neutralité carbone à l'horizon 2050, baisse de 40 % de la consommation d'énergies fossiles d'ici à 2030, réduction à 50 % de la part du nucléaire dans la production électrique). Elle achève sa mission avec un nouveau plan dit "coup de pouce vélo"  en marge de la crise du Covid.

Ministre du Travail de l'été 2020 à sa nomination à Matignon, Elisabeth Borne est montée au front sur de nouveaux sujets brûlants, souvent perturbés, quand ils n'ont pas été directement provoqués, par la crise sanitaire : la réforme des retraites stoppée au printemps 2020, celle de l'Assurance chômage (malgré tout adoptée par décret à la rentrée 2021 mais contestée), ou encore la mise en place du protocole sanitaire et du port du masque en entreprise.

Pourquoi Elisabeth Borne a-t-elle été choisie comme Première ministre ?

Le communiqué de l'Elysée annonçant la nomination d'Elisabeth Borne à Matignon est plus que laconique et tient en une phrase : "Le Président de la République a nommé Mme Elisabeth BORNE, Première ministre et l'a chargée de former un Gouvernement." Mais l'ancienne ministre du Travail dispose dans sa biographie de nombreux atouts pour entrer à Matignon dans ce contexte si particulier entre la présidentielle et les législatives.

Elisabeth Borne est une femme. Si Emmanuel Macron a plusieurs fois, notamment lors des précédents remaniements, émis le souhait de nommer une femme à Matignon, il n'a en réalité jamais concrétisé ce vœu. L'ouverture de cette "nouvelle ère" l'aurait incité à enfin franchir le pas. Seule une femme a eu l'occasion de diriger un gouvernement dans l'histoire du pays : Edith Cresson, Première ministre de François Mitterrand entre 1991 et 1992.

Un passé de gauche précieux. Pour tenter de donner des gages à l'électorat de gauche qui a voté pour lui le 24 avril et montrer que l'inflexion de sa campagne entre les deux tours n'était pas factice, Emmanuel Macron a sans doute voulu miser sur le passé d'Elisabeth Borne, qui aura collaboré avec plusieurs figures socialistes, de Jack Lang et Lionel Jospin, à Ségolène Royal, en passant par Bertrand Delanoë.

Une ministre "écolo-compatible". Auprès de Ségolène Royal puis dans les ministères depuis 2017, Elisabeth Borne a pu s'illustrer plusieurs fois sur les questions environnementales : outre la loi climat, elle a décrété "l'urgence écologique et climatique" en 2019, a concrétisé la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et l'abandon du projet EuropaCity, a instauré une écotaxe sur les billets d'avion, s'est prononcée (en vain) pour la taxation de l'huile de palme ou pour un référendum sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat juste avant de quitter le ministère de la Transition écologique.

Un parcours riche et brillant, entre public et privé. "Mon premier job a été de préparer un plan d'urgence pour les transports en Ile-de-France", a expliqué Elisabeth Borne au Monde il y a quelques années. Elle a travaillé dans de grands cabinets à Paris, est familière des rouages des grands centres de décision et a aussi pu se frotter au terrain, avec ses expériences en préfecture. Un "tournant étonnant" dans une carrière selon ses biographes, mais surtout une "superexpérience" lui permettant de traiter avec le concret.

Une rigueur saluée à gauche comme à droite. On ne tarit pas d'éloge sur le professionnalisme, la maîtrise des dossiers et l'efficacité d'Elisabeth Borne dans les portrait publiés dans la presse depuis le milieu des années 2010. "Une fille extraordinaire, épatante, humaine, une bête de travail incroyable", s'extasiait Anne Hidalgo en 2015 dans Libé, alors que plus récemment, le journal L'Opinion, de tendance libérale, décrivait  une personnalité "largement reconnue, dans ses rangs comme en dehors, comme une ministre qui maîtrise ses dossiers et sait les mener à terme".

Et pourquoi Matignon ne sera pas un long fleuve tranquille ?

Pour autant, la mission d'Elisabeth Borne à Matignon ne sera pas synonyme de long fleuve tranquille. Dans l'entourage d'Emmanuel Macron, on s'inquiète en effet du manque de relief ou de poids politique de cette "technicienne". La nomination de cette macroniste pur jus reste aussi une énigme dans l'actuelle problématique de "renouvellement dans la continuité" qui se pose au chef de l'Etat.

Elisabeth Borne serait "trop techno". Sa grande maîtrise technique des dossiers serait aussi son plus gros handicap, selon ses contempteurs, comme son manque de "poids politique". Emmanuel Macron chercherait à s'attacher les services d'un Premier ministre "de transmission", à l'instar d'un Jean Castex, mais ce profil politique absent chez Elisabeth Borne pourrait manquer.

Une macroniste pur jus. La nomination d'Elisabeth Borne à Matignon ne fait pas que des heureux, à gauche notamment. Les oppositions - et Jean-Luc Mélenchon s'est empressé de le rappeler sur Twitter ce lundi 16 mai - estiment qu'en tant que ministre, elle aura porté certaines des mesures les plus "antisociales" (avec le durcissement des critères pour l'allocation chômage) et les plus dévastatrices pour les services publics (avec la réforme de la SNCF ou la fin des petites lignes notamment) du dernier quinquennat.

Une ministre pas si écolo ? L'ancienne ministre de la Transition écologique a aussi un bilan, que les cadres d'EELV n'hésitent pas à rappeler ces derniers temps : Elisabeth Borne reste favorable au nucléaire dans le mix énergétique et a retardé de 2025 à 2035 la réduction de la part du nucléaire dans la production électrique. Elle a aussi déçu les espoirs de développement massif du ferroviaire à la place du "tout camion". En résumé, selon les critiques, elle aura globalement poursuivi la "politique des petits pas" et montré que les marges de manœuvre de son ministère restaient limitées.

"Borne-out", "Calamity Borne", "Elisabeth Bornée"... Si Elisabeth Borne a réussi à débloquer quelques réformes "impossibles" du quinquennat, dont celles de la SNCF, on souligne ici et là parmi les partenaires sociaux son manque de flexibilité dans les négociations. Louant une forme de "dialogue direct" avec elle, les partenaires sociaux ont eu l'occasion également de rapporter des échanges "durs", parfois "rugueux" voire "brutaux" avec l'ancienne ministre du Travail. La méthode de management de ses collaborateurs dans les différents ministères a aussi peu être pointée. On rappelle souvent également le surnom de "Borne-out" qu'on lui avait attribué à la RATP, où "plus d'un sont sortis de son bureau en larmes" selon les mots d'anciens salariés qui se sont exprimés dans le journal Le Monde.

Quelques "casseroles" ? Elisabeth Borne a été présentée comme un profil "sans casserole" par ses proches dans le Parisien en 2019. Pourtant, dès la fin de l'année 2019, son départ pour Marrakech, afin de passer Noël avec sa famille, avait provoqué une polémique en pleine contestation contre la nouvelle réforme des retraites.

En janvier 2020, l'hebdomadaire Marianne assure qu'Elisabeth Borne a omis de déclarer plusieurs de ses fonctions dans le privé et le public dans sa déclaration d'intérêt, soumise à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie publique (HATVP). Cette dernière le confirmera dans un communiqué et enjoindra la ministre à régulariser cette déclaration, tout en assurant que ces "participations ne sont pas de nature à caractériser un risque de conflit d'intérêts".

Un accord secret conclu en 2015 entre le ministère de la Transition et les sociétés d'autoroutes a aussi été exhumé ces dernières années, obligeant Elisabeth Borne, alors directrice de cabinet de Ségolène Royal, à venir s'expliquer devant une commission du Sénat en 2020. Finalement publié par le ministère sur injonction du Conseil d'Etat, cet accord est critiqué pour avoir été très favorable à ces sociétés, alors qu'une "reprise en main" des concessions par l'Etat était en question.

Elisabeth Borne, la "femme de consensus" recherchée

Si le chef de l'Etat a assuré il y a une semaine à Bruxelles que son choix pour Matignon était fait et s'il a indiqué, trois jours après sa réélection, qu'il voulait à ses côtés "quelqu'un de sensible sur les questions sociales, environnementales et productives", la recherche du Premier ministre idéal entre ces deux élections s'est révélée ardue. Le Monde a récemment résumé la difficulté à trouver une personnalité "incarnant à la fois le 'renouvellement' et en même temps 'quelqu'un de solide, capable de faire un 20 heures devant quinze millions de téléspectateurs et de tenir dans le chaudron de l'Assemblée, lors des questions au gouvernement', dixit l'entourage du chef de l'Etat. Avec une sensibilité écologiste affirmée car Emmanuel Macron a promis de nommer un 'premier ministre chargé de la planification écologique'".

Elisabeth Borne s'est ainsi imposée au fil des semaines comme celle qui cochait le plus de cases dans cette équation. Elle est même devenue une évidence dans les tout derniers jours avant sa nomination, notamment après d'ultimes spéculations autour de Catherine Vautrin le week-end dernier. Une autre femme, mais surtout une femme de droite. L'hypothèse de voir arriver à Matignon cette ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, qui s'était battue contre le mariage pour tous lors du quinquennat de François Hollande, aura provoqué une vague de réactions indignées dans l'aile gauche de la majorité samedi et dimanche. De quoi remettre Elisabeth Borne en selle, comme la personnalité qui, à l'inverse, faisait le plus consensus. Ou, pour reprendre une formule du journal Le Monde, celle qui semblait la plus apte à "amadouer la gauche sans effrayer la droite".

Preuve de cet étrange positionnement : quand certains défendaient son profil de gauche, toujours dans Le Monde le 17 mai, d'autres saluaient une ministre ayant mené une politique de droite. "Quoi qu'on en dise, c'est une femme de gauche à la hauteur des impolitesses que la gauche radicale émet à son égard", assurait ainsi le député LREM Sacha Houlié, tandis qu'Eric Woerth, ancien ministre sous Nicolas Sarkozy ayant rallié Emmanuel Macron, estimait qu'Elisabeth Borne "a fait des réformes de droite".

Les législatives, premier test d'Elisabeth Borne

Elisabeth Borne a déjà choisi son directeur de cabinet : Aurélien Rousseau, l'ancien patron de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, en première ligne lors des vagues successives du Covid. L'homme connaît Matignon puisqu'il fut directeur adjoint de cabinet de Manuel Valls. Une fois le nouveau gouvernement nommé, elle devra entamer une nouvelle course de fond : le Premier ministre est traditionnellement en charge de mener la majorité au niveau national lors de la bataille des législatives. Jamais élue, l'ancienne ministre, originaire de Normandie, a été elle même investie dans la 6e circonscription du Calvados, qui avait placé nettement en tête Emmanuel Macron aux deux tours de la présidentielle. De quoi présager un succès.

Mais en cas de défaite individuelle ou collective en revanche, l'avenir d'Elisabeth Borne à Matignon serait immédiatement compromis. C'est avec cette échéance en tête que la récente patronne du gouvernement s'est rendue à l'Assemblée nationale, mardi 17 mai 2022, pour rencontrer les députés de la majorité. "Je tenais à être avec vous au lendemain de ma nomination", a lancé la toute récente Première ministre pour motiver ses troupes. "Je vois que vous êtes tous sur le terrain pour porter notre projet. Je suis aussi en campagne, je le dis, je continue cette campagne !"

Cette double-campagne qui s'annonce en quelque sorte pour l'ancienne ministre du Travail, Elisabeth Borne devra la mener de front, en plus des dossiers majeurs de ce début de quinquennat qui ne manquent pas (paquet pouvoir d'achat avec des aides très attendues pour limiter les effets de l'inflation, nouvelle réforme des retraites ou de l'éducation, planification écologique promise par Emmanuel Macron...). Ce n'est pas une première : Michel Rocard ou Jean-Marc Ayrault auront relevé le même challenge, l'un en 1988 et l'autre en 2012.

La "fortune" d'Elisabeth Borne, un problème ?

Quand Elisabeth Borne a été bombardée ministre de la Transition en 2019, plusieurs articles de presse se sont penchés sur la "fortune" inscrite sur sa déclaration de patrimoine. Un patrimoine confortable mais pourtant loin d'autres collègues ministres. Déposée deux ans plus tôt, pour son entrée au gouvernement, la déclaration auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie publique (HATVP) affichait en effet un peu plus de 1 million d'euros d'acquis.

Le patrimoine d'Elisabeth Borne était alors composé principalement de deux appartements, dont un de 68 m² à Paris, acheté 480 000 euros en 2008 et valorisé 576 000 euros au moment de sa nomination, et un second de 43 m² dans les Hauts-de-Seine, acheté en 2015 pour 410 000 euros. Un prêt immobilier de 210 000 euros était aussi mentionné et il en restait un peu plus de 189 000 euros à rembourser en 2017.

Elisabeth Borne comptait par ailleurs un Livret A, un PEL, un LDD, trois PEA, une assurance-vie et plusieurs produits d'épargne à la Société Générale. La ministre déclarait enfin une Citroën, achetée en 2015.

Un compagnon, un fils... Elisabeth Borne discrète sur sa famille

Dans un portrait plutôt bienveillant réalisé par Libération en 2015, quand elle s'apprêtait à prendre les rênes de la RATP, on apprenait par ailleurs qu'Elisabeth Borne "a été mariée (le Who's Who mentionne Olivier Allix, ingénieur et universitaire - NDLR), a divorcé, vit avec quelqu'un, a eu un fils de sa première union". Ce dernier se prénommerait Nathan.

Rien ne sera ajouté sur la famille ou le quotidien de la future Première ministre. Tout juste glissait-elle à Libé "vivre et aimer le XIVe arrondissement" à l'époque et s'adonner à quelques hobbys : "se permettre 'de voir des amis, la famille, d'aller au cinéma, au théâtre' [ou encore] de lire 'des romans parce qu'avec les essais, vous restez au bureau'"... On apprendra aussi via un portrait (moins tendre) du Monde, que ses auteurs préférés sont justement l'ancien journaliste Sorj Chalandon et le Finlandais Arto Paasilinna et qu'elle est adepte des longues randonnées en plein désert. De quoi lui offrir une endurance bien utile en politique.

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