Confinement en France : le pays à nouveau sous cloche ? Ce qu'en dit le gouvernement

Confinement en France : le pays à nouveau sous cloche ? Ce qu'en dit le gouvernement RECONFINEMENT FRANCE. Face à la flambée des cas de Covid-19 en France, le gouvernement veut "protéger les fêtes de fin d'année". S'il est pour l'heure écarté, le pays reste sous la menace d'un confinement.

[Mis à jour le 25 novembre 2021 à 11h52] Gabriel Attal veut tout faire pour l'éviter, le professeur Arnaud Fontanet veut encore l'envisager. Dans les circuits décisionnels au plus haut sommet de l'Etat, les avis divergent sur l'option de confiner à nouveau la France. Mercredi 24 novembre 2021, le porte-parole du gouvernement a expliqué vouloir "protéger les fêtes de fin d'année" et "ne pas en avoir à en revenir à des mesures de jauges, encore moins de fermetures, de couvre-feu ou de confinement". La mise à l'arrêt du pays est donc pour l'heure écartée, d'autant que la France n'est plus sous le régime de l'état d'urgence sanitaire, nécessaire pour mettre en place une telle disposition.

Cependant, les spécialistes ne veulent pas refuser définitivement la possibilité. "On pensait qu'on en aurait plus besoin. Mais compte tenu de ce qui se passe chez nos voisins proches, on ne peut pas l'écarter", a ainsi déclaré le professeur Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique et de l'Institut Pasteur, dans Le Parisien ce mercredi. Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, fait aussi partie des plus alarmistes : "Rien ne peut être exclu" selon lui.

Pour l'heure, la priorité d'Emmanuel Macron reste d'accélérer la vaccination avec la 3e dose et de ne pas revenir à une mesure aussi restrictive pour maintenir le cap de "vivre avec" le virus, renforçant notamment l'usage du pass sanitaire pour éviter d'en arriver à une situation comme en Autriche où un confinement strict a été instauré.

Pourquoi un nouveau confinement en France est possible ?

Les indicateurs du coronavirus en France sont évidemment le premier élément qui pourrait pousser à décider d'un nouveau confinement. Les derniers bilans sont d'ailleurs mauvais : plus de 30 000 nouveaux cas ont été recensés en 24 heures selon le bilan en date du 24 novembre. La moyenne des nouveaux cas quotidiens sur 7 jours a dépassé la barre des 20 000. Les chiffres récents sur l'épidémie de Covid-19 permettent également d'anticiper une pression hospitalière en hausse, mais contenue grâce à la vaccination. Et avec l'administration d'une 3eme dose de vaccin aux personnes les plus fragiles, la diffusion du virus pourrait être suffisamment circonscrite pour que la France échappe à des mesures de restriction dans les prochaines semaines. C'est en tout cas, très visiblement, le pari fait par Emmanuel Macron et le gouvernement.

Mais maintenir les hôpitaux à l'abri dépendra de l'évolution des contaminations dans les prochaines jours. Avec un taux de reproduction de 1,3 (nombre de personnes contaminées par un malade du Covid-19), "le nombre de nouveaux malades double tous les 15 à 20 jours", a bien insisté le Professeur William Dab, ancien directeur général de la Santé auprès du Parisien. Le nombre de contaminations pourrait donc s'intensifier au fil des jours. Des prévisions corroborées par les dires de Pascal Crépey, épidémiologiste à l'Ecole des Hautes Etudes en santé publique, auprès de 20 Minutes : "On peut s'attendre à une forte hausse des cas d'ici aux prochaines vacances de Noël. D'autant qu'avec l'hiver, on passe plus de temps dans des lieux clos et on aère moins les pièces".

Si Eric Caumes, chef du service de maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de La Pitié Salpêtrière à Paris, "pense que si les gens sont correctement vaccinés, Noël sera quasi normal cette année" dans les colonnes de L'Express et "[n'est] donc pas trop inquiet, sous réserve que le public concerné reçoive bien sa troisième dose", Corinne Le Sauder, présidente de la Fédération des médecins de France, s'inquiète : "Qui dit Noël dit réunions en famille, repas en intérieur pendant des heures les uns à côté des autres... Il faut donc rappeler la nécessité d'aérer régulièrement les pièces fermées".

Un exécutif sur le qui-vive

Les propos alarmants tenus par Gabriel Attal lui-même dimanche 21 novembre sur Europe 1, montrent également que le confinement ne peut pas être totalement écarté. Le porte-parole du gouvernement a plusieurs fois assuré ces dernières semaines que l'épidémie de Covid-19 repartait très rapidement en France. Le porte-parole affirmait dimanche 21 novembre lors du "Grand rendez-vous" Europe1/Cnews/Les Échos" que "la 5e vague démarr[ait] de façon fulgurante". Des propos qui laissaient planer le doute sur un potentiel confinement dans l'avenir. Gabriel Attal a rappelé la hausse des chiffres des indicateurs épidémiques : "On a une augmentation des cas de quasi 80% en une semaine, avec 17 000 cas quotidiens", a-t-il notamment évoqué. Une moyenne qui est depuis passé au-delà des 20 000 cas en moyenne ce mardi 23 novembre....

Une semaine auparavant, Gabriel Attal ne fermait pas non plus la porte à un potentiel reconfinement. Invité d'On est en direct sur France 2 le 14 novembre, il déclarait : "Il ne faut jamais rien exclure par principe. Cette épidémie continue de surprendre le monde entier". Et de nuancer : "Pour le moment, il est absolument hors de question de parler de reconfinement dans notre pays parce qu'on a un taux de vaccination très élevé".

"Ma mission de porte-parole c'est d'être transparent. Ce que je dis, c'est que par définition, on n'exclut rien par principe", avait encore rappelé Gabriel Attal mardi 16 novembre. Il donnait néanmoins des éléments rassurants pour les fêtes de fin d'année : "On avait fait confiance à la responsabilité des Français l'an dernier et on a eu raison. Les Français ont fait beaucoup d'efforts, ils connaissent maintenant ce virus, ils savent comment il se transmet, ils font très attention, notamment quand ils sont avec des personnes fragiles et vulnérables", a-t-il justifié.

Ainsi, pour l'heure, l'hypothèse d'une mise à l'arrêt du pays est écartée. Si la situation est, à la mi-novembre, aussi alarmante qu'à l'automne 2020, à l'époque aucune vaccination n'avait encore été effectuée. Un an plus tard, plus des trois quarts de la population a reçu un schéma vaccinal complet. "On a tenu cet été, on peut traverser cet hiver. Grâce à une couverture vaccinale plus élevée que chez nos voisins", a complété Gabriel Attal.

Allemagne, Autriche... Des confinements qui se multiplient en Europe

L'Europe étant redevenue l'épicentre mondial de l'épidémie de Covid-19, plusieurs voisins de la France ont mis en place des mesures strictes pour enrayer la reprise épidémique. Dès ce lundi 22 novembre, un confinement national généralisé a été appliqué en Autriche, qui avait confiné, à partir du 15 novembre dernier, les non-vaccinés. Une obligation vaccinale y sera également instaurée à partir du 1er février prochain.

En Allemagne, qui enregistre un record de vaccination avec ses 65 nouveaux cas positifs par jour, les non-vaccinés seront exclus de certains lieux publics, comme les restaurants ou salles de concert et la vaccination va devenir obligatoire pour les soignants. La Bavière a également fermé tous ses bars et a annulé tous ses marchés de Noël. Quatre jours obligatoires de télétravail vont être imposés en Belgique et un couvre-feu pour les restaurants sera mis en place dès 20h aux Pays-Bas. Les mesures s'enchainent et s'accumulent chez nos voisins européens. Reste à savoir lesquelles seront appliquées à la France, si la situation épidémique continue de s'aggraver.

Peut-on confiner les non-vaccinés en France ?

Selon les chiffres, les nouvelles contaminations touchent principalement les plus de 60 ans. Cette tranche d'âge représente plus de 75 % des personnes hospitalisées après avoir contracté le Covid-19 (au 14 novembre) et plus de la moitié des malades pris en charge en soins critiques. C'est ce qui a poussé Emmanuel Macron à rendre obligatoire la troisième dose de vaccin pour les 65 ans et plus, sous peine de perdre le pass sanitaire (à partir du 15 décembre), dans un délais de six mois et cinq semaines après son obtention. D'autant que 15 % des 80 ans et plus n'ont pas reçu une dose de vaccin, tout comme 10 % des 65-69 ans. Entre les deux, presque 100% de la tranche d'âge s'est fait vacciner. Les plus de 50 ans seront concernés par des mesures similaires dès le 1er décembre.

Au-delà de la 3e dose, environ 6 millions de personnes restent encore à vacciner. Comment les convaincre alors que cela s'apparente à la frange de la population la plus décidée à ne pas recevoir d'injection ? Le modèle autrichien pourrait-il être calqué dans l'Hexagone ? C'est ce que préconisait Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris. Lundi 15 novembre, sur BFM TV, il a expliqué que "d'un point de vue médical, ça a un sens". "Il faut expliquer que le remplissage des services hospitaliers, le remplissage des réanimations et les décès sont très essentiellement dus aux non-vaccinés. Sur les 8 lits que j'ai, j'ai 7 non-vaccinés", a-t-il ajouté. Mais l'idée est réfutée par l'exécutif.

Un confinement ciblé juridiquement impossible ?

Si en Autriche la mesure a été initialement appliquée avant d'être étendue à toute la population vendredi 19 novembre,  son instauration en France se heurterait à divers obstacles juridiques. D'abord, le pays n'est plus sous le régime de l'état d'urgence sanitaire, condition première pour mettre en place un confinement ou un couvre-feu. Ainsi, il faudrait au préalable qu'Emmanuel Macron décrète un retour à l'état d'urgence sanitaire et que le Parlement le valide. Par ailleurs, quand bien même ce statut serait à nouveau instauré, il n'octroie pas tous les droits. Spécialiste du droit constitutionnel, Jean-Philippe Derosier a précisé auprès de BFM TV : "Je ne pense pas que l'on puisse prendre des mesures différenciées en fonction du statut vaccinal, car la seule différenciation que permet l'état d'urgence sanitaire est territoriale." C'est pour cette raison qu'un confinement des personnes âgées n'a jamais été instauré.

Même si François Saint-Bonnet, professeur à l'Université Panthéon-Assas et spécialiste en droit des libertés fondamentales, a estimé dans Le Figaro que "si des données épidémiologiques précises et objectives sont fournies, je ne vois pas ce qui pourrait y faire obstacle" et que "dès lors que des recommandations médicales auront parfaitement identifié que les non-vaccinés posent davantage de risque au niveau collectif que les autres, rien n'empêchera la conformité à la Constitution", le confinement des personnes non-vaccinées en France ne devrait donc pas être mis en place. D'autant plus à quelques mois de la présidentielle, dans un contexte d'importantes crispations que connaît déjà le pays.