Reconfinement : pas de confinement mais des villes sur la sellette

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"Reconfinement : pas de confinement mais des villes sur la sellette"

Reconfinement : pas de confinement mais des villes sur la sellette CONFINEMENT FRANCE. C'est finalement un confinement "nocturne", autrement dit un couvre-feu dès 21h, qui a été annoncé ce mercredi soir par Emmanuel Macron dans son interview télévisée. Les zones d'alertes maximales comme l'Ile de France mais aussi les métropoles de Lille, Lyon ou Marseille sont concernées.

[Mis à jour du 14 octobre 2020 à 21h28] Pas de reconfinement généralisé mais un couvre-feu dans 8 grandes métropoles ainsi qu'en Ile de France. C'est l'annonce choc d'Emmanuel Macron ce mercredi soir lors de son interview télévisée diffusée sur TF1 et France 2. "Il serait disproportionné de reconfiner le pays mais il faut freiner la propagation du virus", a expliqué le président de la République. En revanche, un couvre-feu dès 21h sera mis en place dès le samedi 17 octobre à minuit dans de nombreuses grandes villes de France. "Ce couvre-feu va s'appliquer à la région Ile de France et aux métropoles de Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Rouen, Montpellier, Toulouse et Saint-Etienne. Il commencera ce samedi à minuit pour quatre semaines", a précisé Emmanuel Macron. Le couvre-feu sera en vigueur de 21h à 6h du matin chaque jour durant ces quatre prochaines semaines.

L'interview télévisée d'Emmanuel Macron ce mercredi soir, très attendue sur le rebond de l'épidémie de coronavirus Covid-19 et sur l'instauration de nouvelles mesures, a donc marqué l'instauration d'un couvre-feu et le retour de l'état d'urgence. Un décret a été pris par le gouvernement en Conseil des ministres ce mercredi matin. Le texte a fuité et a été publié par la directrice d'info parlementaire à Public-Sénat. Dans ce texte, on découvre surtout que cet état d'urgence, levé en métropole le 10 juillet dernier, concernerait "l'ensemble du territoire national". Rappelons qu'un tel décret instaurant l'état d'urgence est un préalable juridique à l'instauration de mesures de restrictions de la circulation, même localisées.

Concernant un confinement plus étendu, autrement dit nuit et jour, il est pour l'instant exclu. Le Conseil scientifique avait, dès le mois d'août, sommé les vingt plus grandes métropoles de France de préparer "des protocoles" afin de prévoir un potentiel reconfinement territorial. "Un confinement local plus ou moins important en fonction de l'épidémie doit faire l'objet d'une préparation dans les métropoles, zones de forte densité de population dans lesquelles les risques de propagation sont importants", avait précisé le Conseil scientifique. Dans l'un de leurs derniers avis, publié le 22 septembre, les scientifiques en charge de conseiller le gouvernement sur l'épidémie semblaient a première vue encore écarter cette hypothèse, mais soulignaient dans un des pires scénarios (le scénario 4) "l'intérêt d'un confinement territorial, que les métropoles doivent se tenir prêtes à mettre en oeuvre en cas de nécessité". Le Conseil nuançait même en dernier recours sa position sur un confinement généralisé : ce dernier était alors jugé "pas souhaitable" mais il était encore mentionné en cas d'"échec de la maîtrise de l'épidémie".

Selon une note confidentielle transmise la semaine dernière à l'Élysée et révélée par Le Canard enchaîné, le scénario de restrictions de liberté et de déplacements à l'échelle locale (région, département, ville) a bien été considéré. Ce document prévoit bel et bien dans certaines régions le passage à l'état d'urgence sanitaire. La note redoute une montée progressive du taux d'occupation des lits en réanimation en Ile-de-France, de plus de 40% actuellement à 85% vers la mi-novembre. Concrètement, un confinement serait envisagé si un territoire dépassait les 60% de taux d'occupation et passait du stade d'alerte maximale à celui d'urgence sanitaire. Le président de la République n'a donc pas opté pour cette solution ce 14 octobre.

Pas de reconfinement dans l'immédiat...

Le confinement n'est donc pas une option envisageable dans l'immédiat, le gouvernement tentant de maintenir un difficile équilibre aujourd'hui entre les restrictions nécessaires pour ralentir de coronavirus et le maintient de l'activité économique. Lundi 12 octobre, le secrétaire d'Etat en charge du Tourisme avait d'ailleurs encouragé les Français sur BFMTV, à prendre des congés, alors que les vacances de la Toussaint se profilent. Voyager au sein de l'Hexagone serait un "acte citoyen" selon Jean-Baptiste Lemoyne. Ce qui, de fait, semble implicitement écarter toute forme de confinement.

Partir à l'étranger demeure, bien entendu, difficile à l'heure actuelle. "Je dis aux Français : organisez vos déplacements, organisez vos vacances. Faites-le avec confiance. [...] Finalement, c'est quelque part un acte citoyen que de réserver, de s'organiser pour faire en sorte que ce secteur du tourisme puisse continuer à travailler, à œuvrer" a précisé l'homme politique. Selon ce dernier, "les réservations annulées ne coûtent rien" avant d'ajouter que "la sécurité sanitaire est au rendez-vous". Cette volonté d'inciter les Français à se déplacer lors des vacances scolaires s'inscrit dans les déclarations du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Il a indiqué dans la soirée du 12 octobre au micro de RTL qu'il "[n'était] pas prévu de limiter les déplacements [...] Il [n'est] pas prévu que ça change d'ici la semaine prochaine." Selon une source gouvernementale citée par le Monde, l'hypothèse d'un reconfinement, qu'il soit national ou local, n'a jamais été abordée depuis la rentrée dans le cadre du conseil de défense ou du conseil des ministres.

... mais l'option du confinement n'est pas totalement écartée

Reste néanmoins un constat cruel : plus les jours passent, plus la situation sanitaire se dégrade et ce malgré les mesures prises depuis la rentrée. L'hypothèse d'un reconfinement n'est donc pas définitivement écartée. Lors de son interview de ce soir pour TF1 et France 2, le chef de l'Etat a semble-t-il émis en somme un dernier avertissement en annonçant un couvre-feu plutôt qu'un reconfinement local. A l'image de ce qui a pu être fait dans certains pays comme dans l'agglomération de Madrid, cette solution n'a pas encore formellement été exclue par l'exécutif.  

Jean Castex, dans la matinée du lundi 12 octobre sur franceinfo, n'a d'ailleurs pas fermé la porte à cette option, indiquant que le pays faisait face à une "une deuxième vague forte [...] Rien ne doit être exclu quand on voit la situation dans nos hôpitaux", pour freiner la propagation de l'épidémie de coronavirus dans le pays. La potentielle prise de "mesures supplémentaires" dans les quinze jours n'est pas impossible, si "nous voyons que les indicateurs sanitaires se dégradent beaucoup, que les lits de réanimation se remplissent plus encore que prévu".

Un reconfinement comme dernier recours

Le 9 octobre, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, indiquait quant à lui au micro de BFMTV : "Il faut tout faire pour éviter le reconfinement local. Si à certains moments c'est nécessaire, il faudra le faire. Si à certains moments il faut prendre une décision sur quelque chose qui est encore intermédiaire, de couvre-feu par exemple, il faudra le faire." Pour éviter cela, les nombreuses mesures restrictives dans certaines métropoles sont nécessaires, "ce sont des mesures transitoires qui permettent que le virus ne circule pas trop ensuite on rouvre et on va refermer dans une autre ville", expliquait-il. Cette opinion est partagée par le modélisateur à l'Institut Pasteur Simon Cauchemez : "Les jours et les semaines qui viennent sont déterminants pour voir ce qui va se passer", d'après le chercheur en épidémiologie qui siège lui aussi au Conseil scientifique, dans les colonnes du Monde.
Si la mise en place d'un nouveau confinement est possible, il semble donc être envisagé comme un dernier recours. Toutes les mesures moins contraignantes seront mobilisées auparavant comme le couvre-feu, qui a déjà fait ses preuves en Guyane. Mais il s'agirait alors bel et bien de la dernière étape avant le confinement. 

Jusqu'au reconfinement total ?

Il y a quelques jours, Jérôme Marty, président du syndicat de l'Union française pour une médecine libre (UFML), allait encore plus loin auprès du site actu.fr que "personne n'ose le dire, mais ce qu'il risque d'arriver c'est un reconfinement total, comme ils vont le faire au Royaume-Uni à la Toussaint". "On y fonce tout droit", lâche-t-il. Une perspective partagée par Christine Rouzioux, professeure de virologie, qui a estimé le 28 septembre sur France 2 que les mesures prises par le gouvernement n'étaient pas assez drastiques pour endiguer la circulation du Covid-19. Pas suffisantes car pas "assez respectées".

"Les gens en ont assez, ils ne veulent pas comprendre, mais le reconfinement risque d'arriver à toute allure", estime-t-elle, jugeant que sans reconfinement, " les hôpitaux seront pleins très rapidement et seront submergés". Si la décision est entre les mains du gouvernement, difficile de donner tort à ces spécialistes, en tout cas sur les chiffres.

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Quels régions, départements, villes seraient reconfinés ?

À l'heure actuelle, neuf grandes villes françaises ont franchi le seuil d'alerte maximale. Paris, Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Lille, Toulouse, Montpellier et Aix-Marseille. Avec Rouen et le reste de l'le-de-France, elles correspondent aux zones où le couvre feu va s'appliquer. Et ce sont elles aussi qui seront reconfinées en cas d'aggravation.

Un reconfinement à Paris est-il possible ?

Pour l'heure, un reconfinement de la ville de Paris n'est pas envisagé. Des mesures ont déjà été prises, à l'image du masque obligatoire partout, de la fermeture des bars, du couvre-feu donc, et d'autres pourraient suivre, avant d'en arriver au reconfinement, si la situation se dégradait davantage. Selon BFMTV, une fermeture des musées parisiens fait partie des options qui figurent sur le plan de préfecture de police de Paris remis au Premier ministre Jean Castex, durant le mois d'août. Une chose est sûre concernant le reconfinement, la mairie de Paris tout comme le gouvernement souhaite l'éviter, mais s'il est mis en place, il sera alors appliqué à l'ensemble de la ville. Un confinement par quartier ou arrondissement serait trop délicat à mettre en œuvre, selon l'Hôtel de ville.

Le couvre-feu, appliqué à toute lle-de-France le montre : outre Paris, ce sont les départements de la petite et même la grande couronne qui semblent sur la sellette avec un taux d'occupation des lits en réanimation de plus de 40% dans la région. "Nous sommes déjà obligés de refuser des patients contaminés par le Covid-19, car nous avons atteint notre quota", prévient Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital de Garches, au Monde. Si le couvre-feu semble "encore jouable à ce stade" d'après le praticien, le confinement semble tout de même inévitable : "A un moment donné, on pourrait être obligé d'y recourir", estime-t-il.  L'hôpital des Hauts-de-Seine pourrait être dans l'incapacité de prendre en charge tous les patients : "Ce qui est sûr c'est que, si on ne fait rien, dans un mois, c'est la catastrophe".

Le reconfinement à Marseille pour inverser la tendance ?

Un nouveau confinement dans la cité phocéenne ne semble pas tolérable pour les élus de Marseille à l'heure actuelle. La deuxième adjointe à la mairie de la commune des Bouches-du-Rhône, Samia Ghali, avait indiqué au micro de franceinfo que ce n'était pas "entendable" le 14 septembre 2020. "À l'heure où je vous parle, je crois qu'il ne s'agit plus de reconfinement, mais tout simplement de faire en sorte que l'épidémie soit maîtrisée et maîtrisable, plutôt que de se dire on va reconfiner et bloquer la ville, ce qui n'est pas entendable" avait-elle insisté. La maire de Marseille, Michèle Rubirola, ne disait pas autre chose, le 27 août dernier, à l'AFP. Le reconfinement "a été évoqué, si la situation continuait à se dégrader [...] Mais c'est inenvisageable".

Le reconfinement à Lyon peut-il être instauré ?

Pour le préfet du Rhône, Pascal Mailhos, "il est plus que jamais nécessaire de limiter les comportements à risque pour ralentir la propagation de l'épidémie, préserver le bien vivre ensemble et éviter collectivement un reconfinement". Le port du masque a été reconduit jusqu'au 21 octobre, le mardi 6 octobre, suite à la décision du haut fonctionnaire. La volonté de l'homme politique de ne pas voir la population de son département reconfinée se vérifie trois jours après cette déclaration. Le vendredi 9 octobre, les bars, cafés, salons de thé et péniches ont fermé leurs portes à partir de 22 heures pendant une durée de deux semaines minimum. Afin que les mesures soient respectées, les contrôles de police sont renforcés durant cette période. Le préfet a indiqué qu'"elles [étaient] contraignantes mais nécessaires pour nous protéger collectivement et éviter un reconfinement".

Le reconfinement à Lille, une mesure envisageable ?

Lille est passée en alerte maximale le 10 octobre. Pour Martine Aubry, la maire de la commune, le passage à la catégorie supérieure de la métropole est "totalement justifié", avait-elle déclaré au micro de BFMTV le 8 octobre. "Cette semaine il y a eu une dégradation extrêmement importante" a-t-elle reconnu, avant d'ajouter : "J'espère que le passage à des mesures plus drastiques amènera les jeunes à réfléchir". Le confinement du printemps avait eu des effets dévastateurs sur la sécurité dans la ville. Le 27 septembre, la maire socialiste avait précisé que "pendant la période de confinement, il y a eu l'arrivée de beaucoup de dealers […] de la même manière que nous avons vu arriver beaucoup de sans domicile fixe. Et tous restent là". Martine Aubry a par la suite insisté sur le fait qu'il ne fallait "pas mélanger les deux". Si un nouveau confinement est imposé dans la commune du Nord, tout laisse penser que l'insécurité sera plus grande. Ce domaine était l'un des points soulignés par la politicienne lors de sa campagne électorale pour les municipales 2020.