Fabius, compte en Suisse : peut-on faire confiance à la rumeur ?

Fabius, compte en Suisse : peut-on faire confiance à la rumeur ? Une étrange rumeur sur un présumé compte en Suisse du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius fait la une de Libération. Info ou dérive d'une chasse aux sorcières après l'affaire Cahuzac ?

[Mis à jour le 8 avril 2013 à 20h51] Les informations de Mediapart sur le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac avaient été accueillies avec scepticisme par le reste de la presse en décembre dernier, bien qu'elles se soient révélées véridiques par la suite. La "rumeur" d'un compte en Suisse de Laurent Fabius, que relaie Libération, l'est tout autant. En couverture de son édition du 8 avril, le quotidien titre "Le cauchemar continue", plaçant cette rumeur dans la lignée de l'affaire Cahuzac et affirme que Laurent Fabius " dément" détenir un compte en Suisse. Mais, malgré cette mention d'un démenti du ministre, l'ambigüité des mots choisis fait débat : Libération précise, toujours en une, qu'un "vent de panique" touche l'Elysée. Pire : dans les pages intérieures, l'article sur le ministre est titré "Une possible affaire Fabius tétanise l'Elysée".

Sur Twitter et dans les médias, l'article de Libération ne fait pas l'unanimité : certains critiquent vertement, d'autres (comme Radio France), décident d'ignorer l'info. Un quotidien national peut-il relayer une rumeur sans mettre en avant des faits ? L'article affirme que "depuis jeudi, un scénario noir circule dans tous les ministères : Mediapart aurait en sa possession les preuves que Laurent Fabius détient un ou plusieurs comptes en Suisse. Et comme Edwy Plenel se répand partout que son site se prépare à révéler 'un scandale républicain', la rumeur s'emballe." Sans donner plus de preuves, Libération affirme également que "Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart (et tombeur de Jérôme Cahuzac – NDLR), est en train de confronter ses informations avec la version du ministre des Affaires étrangères, tout juste rentré du Mali".

Des démentis et des critiques

Fabrice Arfi et Edwy Plenel ont beau démentir et affirmer que ce qui compte, c'est "ce qui est publié sur le site", Fabius a beau nier "avec force" auprès de ses journalistes, Libé n'en tire pas moins une conclusion lourde : "Plus qu'une affaire, c'est potentiellement une bombe politique [...]. Si Fabius a effectivement un compte en Suisse, c'est tout le gouvernement qui tombe." De quoi être critiqué pour le manque de faits concrets et un certain nombre "d'approximations". Libération rapporte par exemple dans son article que "la rumeur Fabius galope sur les réseaux sociaux", alors qu'on ne comptait dimanche après-midi qu'une poignée de tweets sur le sujet.

Les rumeurs et les "on-dit" sur la fortune et le patrimoine de Laurent Fabius ont poursuivi l'ancien Premier ministre de François Mitterrand une bonne partie de sa carrière. L'homme est issu d'une longue lignée d'antiquaires d'origine lorraine. Avec son frère François Fabius, décédé en 2006, le socialiste a été l'héritier de la riche collection d'œuvres d'art "Fabius Frères". Une collection vendue aux enchères pour 9,5  millions d'euros en octobre 2011, moins d'un an avant la présidentielle. Longtemps, la décision du gouvernement de défiscaliser de l'ISF les oeuvres d'art en 1981, alors que Laurent Fabius était ministre du Budget, a été reliée à sa famille de célèbres antiquaires. Un lien qu'il a toujours réfuté.

Dans un communiqué publié dimanche, Laurent Fabius a annoncé avoir mandaté son avocat "pour qu'il engage les procédures juridiques permettant de le démontrer et de faire cesser la diffusion de ces informations fausses et calomnieuses".

Crise au sein de Libération

Lundi 8 avril, les réactions ont aussi été vives au sein même de la rédaction de Libération où la direction, Nicolas Demorand en tête, a été vivement critiquée. Selon l'AFP, la réunion quotidienne de la rédaction a été "houleuse et son affluence inhabituelle". Peu de journalistes défendaient la une et les trois pages incriminées selon un participant. Dans l'après-midi, la Société civile des personnels de Libération (SCPL) a publié un communiqué sévère, intitulé "La Faute".

La  SCPL "déplore que Libération ait relayé ce matin une rumeur sans fondement sur un prétendu compte en Suisse de Laurent Fabius, avec pour effet de l'accréditer", rapporte le texte. "Notre travail de journaliste ne consiste pas à rendre publique une rumeur, mais à enquêter pour savoir si elle correspond à des faits. Ce travail élémentaire n'a pas été fait. Il s'agit là d'une faute déontologique grave", souligne l'organisation qui se dit par ailleurs en "conflit ouvert" avec la direction du journal.

EN VIDEO - Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius rentrait ce week-end d'un voyage au Mali.

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