Brexit : pour avoir dit n'importe quoi, Boris Johnson devant la justice

Brexit : pour avoir dit n'importe quoi, Boris Johnson devant la justice Accusé d'avoir menti durant la campagne du Brexit, le conservateur Boris Johnson est appelé devant les tribunaux britanniques. Un rebondissement supplémentaire qui pourrait chambouler la succession à la Première ministre Theresa May.

Parmi les onze candidats déclarés à la succession de Theresa May, la Première ministre britannique, Boris Johnson figure parmi les favoris. Mais voilà qu'il doit maintenant comparaître devant la justice britannique. Les faits qui lui sont reprochés sont les propos manifestement mensongers et trompeurs qu'il a pu tenir en 2016, lors de la campagne sur le Brexit. Fervent défenseur de la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne, il avait notamment fait campagne autour d'un chiffre, placardé sur un bus de campagne rouge : l'Union européenne coûterait 350 millions de livres par semaine au Royaume-Uni (environ 397 millions d'euros).

C'est l'utilisation de ce chiffre, largement exagéré, qui lui est reproché. Mercredi, la juge Margot Coleman de la Westminster Magistrates Court de Londres a rendu un arrêt estimant que les diverses plaintes contre Boris Johnson étaient recevables. Les plaignants sont menés par l'activiste Marcus Ball, qui a rassemblé 200 000 livres dans une opération de crowdfunding. Ils utilisent pour l'accuser le chef de "manquement aux exigences d'une charge publique", un délit qui date du XIIIe siècle. Les avocats de Boris Johnson ont dénoncé un "coup monté" à des "fins politiques", et une "tentative de certains individus, comme M. Ball, de revenir sur le résultat du référendum".  Nul doute en tout cas que cette affaire sera utilisée contre ce candidat à la succession de Theresa May par ses concurrents. Le processus de sélection du prochain leader conservateur sera donné le 10 juin et le résultat est attendu d'ici à la fin du mois de juillet.

Theresa May démissionne en pleine négociations sur le Brexit

La première ministre britannique quittera quant à elle ses fonctions le 7 juin. Vendredi 24 mai, manifestement émue, Theresa May a regretté dans un court discours prononcé devant le 10 Downing Street  ne pas être parvenue à concrétiser le Brexit. La cheffe du gouvernement britannique a précisé qu'elle ne serait plus à la tête de l'exécutif le 7 juin prochain. Elle accueillera donc le président américain Donald Trump, qui se rendra au Royaume-Uni, du 3 au 5 juin. Elle sera aussi présente pour la célébration de l'anniversaire du débarquement allié en Normandie, le 6 juin.

Outre son cas personnel, Theresa May ouvre une nouvelle séquence dans la crise politique que connaît le pays depuis des mois : personne parmi les conservateurs ne semble vouloir prendre sa place à la tête du gouvernement. La situation est d'autant plus chaotique que la question de la mise en oeuvre du Brexit demeure sans solution concrète. Un récent accord trouvé entre le Royaume-Uni et l'UE sur une sortie avant le 31 octobre, le temps de négocier un accord propre, qui satisfasse autant les députés britanniques que Bruxelles, a donné un sursis. Mais aucun scénario ne fait l'unanimité à la chambre des Communes.

Pagaille sur les élections européennes

Le calendrier électoral européen a par ailleurs rattrapé les Britanniques : le Royaume-Uni ont été de facto contraint de participer au renouvellement du Parlement, puisque le pays appartient toujours à l'Union. Les citoyens britanniques ont donc voté jeudi 23 mai aux élections européennes 2019. Le parti du Brexit, mené par Nigel Farage, est arrivé en tête avec 31,6% des voix.

Comme prévu, les Français ont élu 79 députés européens ce dimanche, mais seuls 74 d'entre eux entreront réellement en fonction à Strasbourg et Bruxelles. Explications : la sortie du Royaume-Uni de l'UE laissera des places vacantes au Parlement européen, lesquelles doivent être redistribuées proportionnellement aux états membres. Sauf que les places ne sont pas encore libres, du fait de la participation britannique aux élections européennes. Mais alors pourquoi élit-on, en France, 79 députés et non pas 74 dans ce cas ? Comme évoqué précédemment, le Brexit devrait intervenir d'ici au 31 octobre. D'ici à sa sortie de l'UE, le Royaume-Uni gardera donc ses eurodéputés, qui seront remplacés en partie par les cinq députés français laissés en vacation entre temps.

Entre leur élection le 26 mai et le Brexit, ces députés "seront en quelque sorte (...) des députés virtuels, qui n'auront ni droit ni obligation mais qui pourront prendre leur fonction dès que le Brexit sera effectif", avait expliqué il y a quelques semaines Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement. D'ici-là, rien ne les contraindra de cumuler une autre mandat mais il ne percevront pas la rémunération du poste d'eurodéputé.

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Qu'est-ce que le Brexit ?

La définition théorique du Brexit est simple : il s'agit de l'option d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ("British exit"). Cette idée est présente depuis des décennies dans une large frange de l'opinion britannique, eurosceptique voire clairement europhobe. La Grande-Bretagne, qui ne fait pas partie de l'espace Schengen et n'a pas adopté l'euro, a d'ailleurs gardé ses distances avec certains traités de l'UE, et ce depuis sa création. Margaret Tatcher a longtemps incarné cette méfiance vis-à-vis des instances européennes utilisant même une phrase restée célèbre en 1979 : "I want my money back" ("je veux récupérer mon argent"), pour dénoncer le fait que la Grande-Bretagne payait plus qu'elle ne recevait de l'UE à l'époque.

Plus récemment, en 2007, David Cameron, alors leader de l'opposition conservatrice, promettait qu'un référendum serait organisé sur le traité de Lisbonne si la droite arrivait au pouvoir. Le traité de Lisbonne, qui remplace le projet de Constitution européenne, venait alors d'être signé par le Royaume-Uni et son Premier ministre travailliste Gordon Brown. En 2010, David Cameron remportera finalement les législatives, puis il sera réélu, à la surprise générale, lors des élections de 2015, avec la même promesse de campagne. Et celle-ci lui a depuis été régulièrement rappelée, notamment par la frange la plus conservatrice de son parti politique, les "Tories". La succession de crises européennes, sur les dettes souveraines comme sur l'accueil des réfugiés, aura poussé le Premier ministre à concrétiser son engagement lors de ce second mandat.

Référendum sur le Brexit : un vote choc

Le 10 novembre 2015, manifestement poussé dans ses derniers retranchements, le Premier ministre britannique a d'abord présenté dans une lettre les exigences de la Grande-Bretagne pour rester dans l'UE. Des exigences qui ont été discutées et qui ont fait l'objet d'un accord lors d'un sommet européen les 18 et 19 février 2016. C'est fort de cet accord que David Cameron est revenu à Londres, défendant dès lors ouvertement le maintien de son pays dans l'Union européenne. Mais politiquement, il semblait acrobatique voire suicidaire de renier sa promesse de consultation publique. Le locataire du 10 Downing Street a donc annoncé, dès le 20 février 2016, à la sortie du conseil des ministres, un référendum pour le 23 juin 2016, tout en militant pour le "non" au Brexit. Face à une presse et à des conservateurs sceptiques sur l'accord obtenu, David Cameron a admis avoir "quatre mois pour convaincre".

Le 23 juin 2016, le référendum sur le Brexit a finalement donné raison aux partisans du "leave". Quelque 33,5 millions de Britanniques d'Angleterre, d'Ecosse, du Pays de Galles et d'Irlande du Nord ont voté et parmi eux, 17,4 millions se sont prononcés en faveur du Brexit, soit 51,9% des suffrages. Ils étaient 16,1 millions à se prononcer pour rester dans l'UE, soit 48,1% des votants. Le vote pro-Brexit va provoquer une secousse dans toute l'Europe, à commencer par Londres, où David Cameron, favorable au référendum, mais aussi au maintien dans l'Union européenne, va annoncer sa démission.

Qu'est-ce que le "hard Brexit" ?

Le "hard Brexit" est le scénario imaginé par les tenants d'un Brexit "dur", autrement dit négocié avec l'Union européenne, mais sans concessions ou presque. Il s'agit pour ces militants, dont Theresa May faisait partie à l'origine, de sortir du marché unique, de mettre fin à l'union douanière et à la libre circulation des citoyens européens au Royaume-Uni et de ne plus connaitre la compétence de la Cour de justice de l'UE. Le credo de Theresa May et des tenants du "hard Brexit" à l'époque : "Pas d'accord vaut mieux qu'un mauvais accord". Cette position radicale, qui était encore celle de Theresa May au 10 Downing Street en janvier 2017, a depuis progressivement évolué et n'est plus du tout d'actualité. Le sommet de Bruxelles du 10 avril a éloigné considérablement cette perspective puisque désormais, le Royaume-Uni a obtenu un report qui lui permet une latitude qui semble suffisante pour s'accorder sur une sortie propre de l'UE.

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