Boris Johnson : les raisons d'une démission, qui pour le remplacer ?

"Boris Johnson : les raisons d'une démission, qui pour le remplacer ?"

Boris Johnson : les raisons d'une démission, qui pour le remplacer ? JOHNSON. Boris Johnson va quitter son poste de Premier ministre du Royaume-Uni. Une décision actée après de nombreux scandales. Mais qui va lui succéder ?

Les secousses provoquées par les diverses tempêtes liées aux nombreux scandales ayant émaillé son mandat ont donc fini par le faire chavirer. Trois ans après avoir été nommé Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson a annoncé sa démission, jeudi 7 juillet 2022, lors d'une prise de parole devant sa résidence officielle de chef du gouvernement, le 10 Downing Street. "Le parti conservateur souhaite un nouveau chef de parti et un nouveau Premier ministre, et je suis tombé d'accord avec l'état-major du parti", a déclaré celui qui était jusqu'alors le patron de sa formation politique. "Triste de renoncer au meilleur travail du monde", Boris Johnson n'a toutefois pas quitté immédiatement le Matignon britannique. L'ancien ministre des Affaires étrangères de Theresa May reste en effet en poste jusqu'à la nomination de son successeur, un processus qui devrait prendre plusieurs semaines.

Si Boris Johnson a dû se résoudre à annoncer sa démission future, c'est que la situation politique était devenue intenable pour le Premier ministre. Les heures précédant sa prise de parole, l'homme politique de 58 ans avait fait face à une vague de démissions au sein de son gouvernement. Une cinquantaine de personnes (ministres, secrétaire d'Etat, membres de cabinets) avaient en effet annoncé ne plus vouloir travailler à ses côtés après la révélation d'un nouveau mensonge lié à une affaire d'agression sexuelle (lire plus bas). 

Désormais, un processus pour déterminer le nouveau chef du parti conservateur (la droite, l'équivalent de LR en France, ndlr) qui devrait être, de facto, le prochain Premier ministre du Royaume-Uni, va être enclenché. D'ici là, Boris Johnson continuera de gérer les affaires courantes.

Qui pourrait remplacer Boris Johnson comme Premier ministre du Royaume-Uni ?

La démission de Boris Johnson tout juste actée, la course à sa succession s'est immédiatement lancée. Et plusieurs prétendants sont en lice pour s'installer au 10 Downing Street. A en croire les médias britanniques, quelques personnalités lorgnent sur le poste de chef du gouvernement : 

  • Ben Wallace : secrétaire d'État à la défense. Il semble être le mieux placé ;
  • Penny Mordaunt : secrétaire d'Etat au commerce extérieur ;
  • Liz Truss : secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, ;
  • Rishi Sunak : ex-chef du Trésor (ministère des Finances) ; 
  • Nadhim Zahawi : actuel chef du Trésor ;
  • Tom Tugendhat : président de la commission des Affaires étrangères au Parlement ;
  • Suella Braverman : procureure générale.

Pourquoi Boris Johnson démissionne-t-il de son poste de Premier ministre ?

Ces derniers jours, Boris Johnson était dans la tourmente au Royaume-Uni. De nombreux ministres avaient annoncé leur démission, réclamant le départ de leur chef, englué dans de nombreux scandales. Une cinquantaine de personnes travaillant à des postes stratégiques du pouvoir qui avaient quitté leur fonctions pour demander la tête du patron du Parti conservateur. Une crise politique majeure au sein de la monarchie qui a abouti à la démission de l'homme politique de 58 ans, comme il l'a annoncé dans une prise de parole, jeudi, à la mi-journée. "Il est désormais clair que le Parti conservateur souhaite avoir un nouveau chef et donc un nouveau premier ministre", a-t-il déclaré.

Qu'est-ce que l'affaire Pincher qui a précipité la démission de Boris Johnson ?

C'est l'affaire qui a précipité la chute de Boris Johnson. Mercredi 29 juin 2022, Christopher Pincher, membre du gouvernement britannique, aurait fait des avances et commis des attouchements sur deux hommes dans un club privé historique de Londres, le Carlton Club. Décrit comme ivre au moment des faits, le whip en chef adjoint auprès des communes (le coordinateur des députés de la majorité présidentielle à l'Assemblée nationale britannique, ndlr) a ainsi fait l'objet de plaintes auprès du parti conservateur, dont il est membre. Il a rapidement démissionné de ses fonctions.

Mais le député de 52 ans n'en n'est pas à sa première affaire du genre. Plusieurs médias britanniques assurent que l'élu a fait de nombreuses avances à de multiples personnes par le passé avec des manoeuvres pour le moins insistantes et tactiles selon les récits. En 2017, il aurait même fait des avances sexuelles à Tom Blenkinsop, député et athlète olympique, avant d'être blanchi.

Autant d'accusations qui ne l'ont pas empêché de retrouver un poste au sein du gouvernement de Boris Johnson, lequel avait dans un premier temps affirmé ne pas être au courant des accusations qui pesaient sur les épaules du quinquagénaire. Avant de faire machine arrière et de reconnaître, le 4 juillet, qu'il savait que Christopher Pincher avait fait l'objet d'une plainte. Un nouveau mensonge qui n'est pas passé au sein du gouvernement, entraînant la vague de démission des ministres.

Polémique autour d'une rencontre entre Boris Johnson et un ancien agent du KGB

Boris Johnson a bien rencontré un ancien agent du KGB il y a quelques années quand il était ministre des Affaires étrangères. Après des années à réfuter une telle affirmation, le Premier ministre britannique a déclaré devant les députés, mercredi, avoir "certainement rencontré" Alexander Lebedev en avril 2018, alors qu'il était secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères du gouvernement de Thérésa May. La rencontre s'est déroulée en Italie, "sans officiels", a précisé le chef du gouvernement. Une annonce qui n'a pas manqué de faire réagir : en 1988, Alexander Lebedev était devenu espion à Londres pour le compte de la Russie. Officiellement retiré quatre ans plus tard, il s'était lancé dans les affaires et en politique. En décembre 2020, son fils, Evgueni Lebedev, avait été nommé à vie à la chambre des Lords, la chambre haute du Parlement britannique.

Qu'est-ce le Partygate, le scandale qui a fragilisé Boris Johnson ?

Le mandat de Boris Johnson au 10 Downing Street a surtout été ébranlé par une affaire de fêtes clandestines organisées entre mai 2020 et avril 2021, durant les confinements alors instaurés au Royaume-Uni face à la pandémie de Covid-19. Des rendez-vous festifs durant lesquels les mesures de précautions sanitaires n'étaient pas respectées, alors qu'elles étaient pourtant martelées à l'époque par les pouvoirs publics. L'affaire du "Partygate" avait particulièrement fragilisé le chef du gouvernement britannique, qui n'avait toutefois pas démissionné.

Biographie de Boris Johnson

Boris Johnson, surnommé "BoJo", est un personnage atypique. Après avoir reçu une éducation prestigieuse, il commence en 1987 une carrière de journaliste en entrant comme stagiaire au Times, avant de rejoindre le Daily Telegraph. Il se rapproche du milieu politique dans les années 1990 avant d'être élu député avec le parti conservateur en  2001. Son futur parcours politique sera marqué par des sorties polémiques.

Boris Johnson est un personnage controversé, habitué des déclarations chocs, que ce soit en tant qu'homme politique ou dans sa carrière de journaliste. Il a par exemple été renvoyé du Times pour avoir inventé une citation attribuée à l'universitaire Colin Lucas. Dans ses tribunes pour le Daily Telegraph, il a également utilisé des expressions comme "négrillons" ou "sourires de pastèques" pour décrire les habitants des pays du Commonwealth, ou tenter une comparaison entre les femmes portant la burqa et des "boîtes aux lettres", ou encore remporté un concours de "poèmes satiriques" sur le dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan à l'aide d'une plaisanterie peu flatteuse sur ses chèvres.

Malgré ces excentricités, Boris Johnson connaît une carrière plutôt réussie en politique et ce avant même de devenir Premier ministre de son pays. Après son élection en tant que député de Henley, dans le centre de l'Angleterre, il siège pendant 7 ans à la chambre des communes. En 2008, il est élu pour quatre ans maire de Londres, puis réélu en 2012. En 2015, il est réélu membre du Parlement, cette fois-ci dans une circonscription du "Greater London".

Durant la campagne du référendum sur le Brexit en 2016, il s'est fortement engagé faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Alors maire de Londres, il a notamment mis en avant un argument financier, placardé sur ses bus de campagne : "Nous envoyons 350 millions de livres à l'UE chaque semaine, finançons plutôt notre NHS (le système de santé britannique, ndlr)". Un argument qui aurait beaucoup joué en faveur du Brexit, mais qui se révélera rapidement avoir été mensonger : la contribution du Royaume-Uni au budget de l'UE était en moyenne de 135 millions de livres par semaine entre 2010 et 2014.

En 2016, après le référendum sur le Brexit, Boris Johnson rejoint le gouvernement de la nouvelle Première ministre britannique Theresa May, chargée de faire appliquer le choix des Britanniques. Il est alors secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, et s'occupe de certains dossiers liés à la sortie du Royaume-Uni de l'UE et à ses conséquences. Très vite, il s'oppose en interne au "Brexit doux" de la cheffe du gouvernement. Après des semaines de conflit larvé, il démissionne finalement de ce poste en juillet 2018, en pleine crise, le Parlement britannique refusant de valider l'accord trouvé par Theresa May avec l'Union. En mai 2019, après la démission de cette dernière, il annonce se présenter à l'élection du nouveau chef du parti conservateur, et reçoit le soutien du président américain Donald Trump. Il remporte les différents tours du scrutin organisé au sein des "MPs", l'équivalent des députés britanniques, et remporte l'élection auprès des adhérents face à Jeremy Hunt, ce qui lui vaudra d'être désigné Premier ministre. Mais après de nombreux scandales, il démissionne le 7 juillet 2022.

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