Alexandre Benalla : de la prison au bout du procès ?

Alexandre Benalla : de la prison au bout du procès ? BENALLA. Depuis ce lundi, Alexandre Benalla comparaît devant la justice. L'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron, missionné pour la sécurité d'En Marche ! puis de l'Elysée, comparaît notamment pour avoir commis des violences lors d'une manifestation le 1er mai 2018 à Paris. Son procès s'est ouvert ce lundi 13 septembre 2021.

[Mise à jour le lundi 13 septembre 2021 à 21h30] Retour sur le premier jour d'un procès avec de haute importance pour le président de la République, et ses proches. Depuis ce lundi 13 septembre 2021, Alexandre Benalla comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris. À 30 ans, l'ancien agent de sécurité d'En marche ! devra répondre de plusieurs accusations : des violences commises le 1er mai 2018 lors d'un rassemblement place de la Contrescarpe à Paris, la détention d'une arme, mais également l'obtention et l'usage de passeports diplomatiques.

Pour son premier jour, Alexandre Benalla n'a pas voulu faire de vagues. Il est arrivé en avance, en costume bleu marine, propre sur lui. À la barre, ce lundi 13 septembre, il n'a pas tardé à justifier des faits aussi graves dans les plus hautes sphères de l'État, mais de manière sereine et sans violence. "J'étais surpris, j'avais l'impression d'avoir fait quelque chose de positif pour la société en interpellant des délinquants", témoigne-t-il par exemple à propos des vidéos filmées à la Contrescarpe, le 1er juillet 2018, où on le voit tabasser des manifestants. Des incompréhensions, Alexandre Benalla en a, des regrets aussi. Au premier jour du procès, il a également voulu justifier le selfie où on le voit pointer une arme. "Je regrette cette photo, même s'il n'y avait pas de vraie arme ce soir-là", a déclaré l'accusé face à la justice. 

Qu'a fait Alexandre Benalla le 1er mai 2018 place de la Contrescarpe à Paris ?

Comme chaque année, plusieurs manifestations sont organisées le 1er mai, à l'occasion de la fête du travail. Le 1er mai 2018, un cortège défile dans les rues de Paris. En fin de journée, un rassemblement sauvage s'organise place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement, à proximité du Panthéon. Il est à l'initiative d'un collectif de lycéens. L'UNEF, ainsi que La France insoumise, se font l'écho de cet appel. Mais seulement une centaine de personnes répondent présentes. D'abord calme, la situation s'envenime. C'est là que débute l'affaire Benalla. 

Habillé en civil - il est vêtu d'un sweat noir - et portant un casque comme les CRS qui encadrent les manifestants, Alexandre Benalla est envoyé sur le terrain par l'Elysée en tant qu'observateur, après avoir demandé à "participer à une intervention auprès de la préfecture de police pour voir comment se gère une grande manifestation", comme l'avait reconnu le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda au Monde, dont les révélations sont à l'origine de l'affaire. Mais le chargé de mission de l'Elysée outrepasse ses fonctions, tire par le cou une jeune fille, puis revient molester un homme après l'avoir traîné au sol. Alors que la scène est filmée, ce spécialiste de la sécurité tente finalement de s'éloigner pour ne pas apparaître sur les images. Trop tard, son visage est enregistré sur un téléphone. L'affaire éclate deux mois plus tard, à laquelle viennent s'ajouter d'autres violences, commises au Jardin des Plantes, quelques heures plus tôt.

Pourquoi des passeports diplomatiques et un selfie s'ajoutent à l'affaire Benalla ?

Alexandre Benalla n'est donc pas uniquement jugé pour des faits supposés de violences qui lui sont reprochés. L'ancien employé de l'Elysée est également visé par une enquête liée à l'utilisation de deux passeports diplomatiques pour des voyages d'affaires en Afrique et en Israël alors qu'il avait été licencié par le Palais de l'Elysée. La justice le soupçonne même d'avoir obtenu le second après qu'il ait quitté ses fonctions auprès du président de la République. 

Par ailleurs, Alexandre Benalla est mis en cause pour "port sans motif d'une arme de catégorie B". Le 28 avril 2017, il s'exhibe sur un selfie avec une arme à la main, aux côtés d'une femme et de deux hommes. Une photo prise dans un restaurant de Poitiers (Vienne), à l'issue d'un meeting d'Emmanuel Macron. Alexandre Benalla a toutefois assuré aux enquêteurs qu'il s'agissait d'"un pistolet à eau". Des propos réitérés au tribunal : "l'arme est tout à fait factice", assure-t-il, bien qu'il détienne un port d'arme depuis fin 2017. "J'avais besoin de me protéger moi d'abord. On est exposé en tant que collaborateur du président, qui plus est dans les déplacements privés", se défend-t-il.

Alexandre Benalla risque-t-il une peine de prison ? 

Au lendemain de la manifestation du 1er mai, l'intervention d'Alexandre Benalla est rapportée à l'Elysée. Patrick Strzoda le convoque et lui notifie une mise à pied de quinze jours pour "comportement manifestement inapproprié" et "atteinte à l'exemplarité […] des agents de la présidence de la République." Mais à la suite des révélations du Monde le 18 juillet 2018, une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Paris. Le chargé de mission de la Chancellerie est alors mis en examen pour "violences en réunion n'ayant pas entraîné d'incapacité temporaire de travail", "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l'autorité publique", "port et complicité de port prohibé et sans droit d'insignes réglementés par l'autorité publique", "recel de violation du secret professionnel" et "recel de détournement d'images issues d'un système de vidéo protection". L'Elysée décide alors de le licencier. 

Devant l'ensemble de ces chefs d'accusation, auxquels s'ajoutent ceux de "faux, usage de faux en écriture et usage public sans droit d'un insigne" dans l'affaire des passeports et "port sans motif d'une arme de catégorie B" pour le selfie. Alexandre Benalla encourt jusqu'à 7 ans de prison et 100 000 euros d'amende.

Qui sont les autres personnes jugées dans ce procès, aux côtés d'Alexandre Benalla ?

Alexandre Benalla n'est pas le seul à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris. Vincent Crase, ancien directeur de la sécurité de La République en Marche, est accusé d'avoir participer aux violences du Jardin des Plantes et de la place de la Contrescarpe. Par ailleurs, Maxence Creusat, commissaire à la Direction de l'ordre public et de la circulation, et Laurent Simonin, chef d'état-major, sont mis en cause pour avoir remis à Alexandre Benalla des images provenant de caméras de surveillance le filmant en train de commettre ses méfaits.