François Bayrou : vol en jet, Mayotte, cumul des mandats... Les polémiques se bousculent
Après une nomination houleuse à Matignon, les premiers jours de François Bayrou en tant que Premier ministre sont également mouvementés. Installé à la tête du gouvernement depuis le 13 décembre, le patron du MoDem doit travailler au casting de ses ministres et gérer les conséquences d'un cyclone à Mayotte, mais il doit aussi faire face à plusieurs polémiques survenues ces dernières heures. De vives critiques qui ont toutes un même point de départ : le déplacement de François Bayrou à Pau, ville dont il est le maire, le lundi 16 décembre.
Un voyage à Pau coûteux...
Premier point d'accroche : le mode de transport choisi par le Premier ministre. Le centriste a relié la capitale et la préfecture des Pyrénées-Atlantiques en jet privé pour un vol d'une cinquantaine de minutes. Un choix qui a suscité l'ire d'une grande partie des élus de gauche qui ont décrié l'emprunte carbone d'un tel trajet durant lequel 800 kg de carburant ont été consommé d'après BFMTV, mais qui se sont surtout indignés du coût du voyage. Le député insoumis Sébastien Delogu a indiqué du X que le coût estimé d'un trajet de deux heures à bord du jet utilisé est d'environ 12 000 euros. Selon ces estimations corroborées par le site Jet-Miles, le trajet de François Bayrou aurait donc coûté autour des 6 000 euros "sans compter le coût de la sécurité et de l'équipe qui l'accompagnent", rappelle toutefois l'élu.
Un budget jugé trop important, surtout au vu du contexte économique qui implique de faire des économies et complique le vote d'un budget pour 2025. François Bayrou s'est défendu d'avoir abusé des fonds publics pour son voyage à Pau sur BFMTV : "Je n'abuse jamais des moyens de l'État. Les ministres, Premiers ministres et présidents de la République sont accompagnés par des services de sécurité (...) c'est évidemment plus facile que de trouver des avions de ligne", a-t-il justifié.
... et non prioritaire face à Mayotte
Plus que le coût, c'est le contexte dans lequel a eu lieu le déplacement de François Bayrou qui crée la polémique. Le Premier ministre s'est rendu à Pau pour participer et présider le conseil municipal, alors qu'au même moment le ministre de l'Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau, était à Mayotte pour faire un point de situation après qu'un cyclone historique a frappé l'archipel. S'il n'était pas sur place, le Premier ministre n'a pas non plus assisté en personne à la réunion de crise organisée autour d'Emmanuel Macron lundi soir. Il a participé aux discussions par visioconférence. Des absences perçues par certains, le plus souvent issus de la gauche, comme un manque de considération. Un avis qui se fait entendre aussi en Macronie : "J'aurais préféré que le Premier ministre prenne l'avion pour Mayotte", a déclaré la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, sur Franceinfo au lendemain du déplacement polémique.
La question du cumul des mandats
Le déplacement de François Bayrou à Pau soulève enfin une dernière question : celle du cumul des mandats. Nouvelle polémique en vue. Le chef du gouvernement a déclaré qu'il restera maire de Pau en parallèle de sa nomination à Matignon. Il en a le droit puisque la loi interdit seulement aux membres du gouvernement de cumuler leur fonction avec un mandat parlementaire, c'est-à-dire de sénateur ou de député. Cependant, aucun Premier ministre n'a cumulé de mandat depuis 1995 quand Alain Juppé était maire de Bordeaux en plus d'être le chef du gouvernement. Au contraire, nombreux sont ceux qui ont renoncé à être maire quand ils officiaient à Matignon : Jean-Marc Ayrault à Nantes, Jean Castex à Prades ou encore Édouard Philippe au Havre.
La décision de François Bayrou est d'autant plus surprenante que le patron du MoDem a été l'un des premiers à s'opposer au cumul des mandats lorsque la question s'est posée en 2007, notamment pour les parlementaires élu à la tête d'un exécutif local. Aujourd'hui, il fait volte-face comme pour justifier son choix de cumuler les rôles de Premier ministre et de maire de Pau. "On s'est trompé en [rendant] incompatibles les responsabilités locales et nationales, c'est une erreur… Pour les membres du gouvernement, c'est autorisé, pour les parlementaires, non. Je pense qu'il faut que ce débat soit repris", a déclaré François Bayrou lors de son conseil municipal d'après Le Parisien. Il compterait en reparler au cours de son discours de politique générale.
Pour justifier ce revirement, François Bayrou estime qu'il "faut réenraciner les responsabilités politiques, dans les villages, les quartiers, les villes" et donc les parlementaires à des engagements locaux pour briser le "mur de verre" entre "la base de la société française [...] et les milieux de pouvoir". Il compte d'ailleurs encourager les "futurs membres du gouvernement [à] garder leurs mandats et [suggérer] aux autres d'avoir une petite antenne sur le terrain". Reste que le cumul des mandats est loin de faire l'unanimité. Avec autant de polémiques en si peu de temps, le Premier ministre n'est pas en train de faire des amis, ni des soutiens.