Ce détail qui peut faire capoter les négociations sur la réforme des retraites
François Bayrou face aux oppositions sur l'épineux thème des retraites. Mardi 14 janvier, lors de sa déclaration de politique générale (DPG), le Premier ministre a "choisi de remettre ce sujet en chantier avec les partenaires sociaux pour un temps bref et dans des conditions transparentes", ajoutant ne "pas avoir de totem ou de tabou, pas même sur l'âge légal de départ".
Pour se faire, le locataire de Matignon a lancé la tenue d'un "conclave" pour revenir sur la réforme des retraites. Le mot est habile, et fait référence à l'enceinte fermée dans laquelle se retirent les cardinaux pour élire les papes. Pas d'abrogation donc, ni de suspension à proprement parler mais des discussions pendant une durée de trois mois avec les partenaires sociaux.
Des discussions jouées d'avance pour Sophie Binet (CGT)
Avec cette méthode "radicale et inédite", selon ses mots, il entend bien faire l'unanimité chez les différentes forces politiques. Toutefois, "si les partenaires sociaux ne s'accordaient pas (pendant les tractations), c'est la réforme actuelle qui continuerait de s'appliquer", a indiqué la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas. Là est le coeur du problème pour les organisations syndicales et notamment la CGT, qui y voit un détail qui pourrait tout simplement faire capoter la réforme des retraites.
"Dans la forme de ces discussions, le Premier ministre met le patronat en position de force, alors que le patronat tient aux 64 ans et qu'il veut même aller plus loin en confiant nos retraites aux fonds de pension", pestait Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT ce mercredi matin au micro de RTL. Selon elle, le Premier ministre "sait déjà" que les discussions n'iront pas à leur terme, et que la précédente réforme des retraites - celle d'Elisabeth Borne - continuera.
Un "droit de véto" donné au Medef ?
Alors, un terrain d'entente est-il possible ? Interrogé sur les négociations autour de la réforme des retraites, à l'Assemblée nationale ce mercredi, François Bayrou a indiqué que si des "progrès" entre partenaires sociaux émergeaient sans "accord général", un texte serait tout de même transmis au Parlement. "Si c'est le cas, nous aurons un texte qui reprendra ces adaptations et ces progrès, et nous le soumettrons à l'Assemblée", a assuré le Premier ministre. Selon lui, "il est peut-être probable qu'il se produise une situation dans laquelle des marges de progression, de mouvement, de changement, d'adaptation auront été identifiées sans qu'il y ait un accord général".
Du côté du PS, la tournure des évènements n'incite pas à l'optimisme, bien au contraire. "C'est tout à fait insuffisant. En vérité, on donne un droit de véto au Medef dans les négociations. C'est plié d'avance", regrette le député socialiste Philippe Brun, ce mercredi sur BFMTV. Désormais, le premier rendez-vous important avant même le début du conclave est la réunion des députés du Parti socialiste, ce mercredi après-midi, après la séance de questions au gouvernement (QAG) prévue à 14 heures pour trancher concernant une censure ou non du gouvernement Bayrou.