Dissolution de l'Assemblée : un scénario inévitable ? Le camp présidentiel divisé
François Bayrou a annoncé qu'il solliciterait un vote de confiance du Parlement le 8 septembre prochain. Selon les informations de BFMTV, François Bayrou a justement évoqué avec les membres du socle commun l'idée d'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale. "Le président de la République ne la souhaite pas, mais en tout état de cause la dissolution reste une hypothèse", a lâché le locataire de Matignon. Alors, Emmanuel Macron appuiera-t-il sur le bouton ? Récemment, dans les colonnes de Paris Match, le chef de l'Etat était catégorique sur la question, c'est un non.
Mercredi 17 août, le député des Hauts-de-Seine, président du groupe EPR à l’Assemblée nationale et secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, indiquait sur France Inter qu'il "ne croit pas" qu'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale puisse clarifier ou stabiliser la situation politique française. "Si on se demande chaque année s'il faut que les Français revotent, c'est peut-être que le problème ne vient pas d'eux pas de l'Assemblée. Ce n'est pas aux Français de régler les problèmes de l'Assemblée", explique-t-il.
En revanche, la position de la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, est plus mesurée, ce matin sur TF1 : "Je ne balaye rien, tout est possible, je ne veux pas faire de politique fiction", dit-elle. Justement, l'idée d'une dissolution est plébiscitée chez Horizons, le parti d'Edouard Philippe, candidat à la prochaine élection présidentielle. Du moins, c'est ce qu'a déclaré la vice-présidente du parti, Christelle Morançais, dans les colonnes de L'Opinion. "Changer de Premier ministre ne changera rien" alors que le pays est à l'arrêt, en revanche, il "faut une nouvelle dissolution", assume-t-elle, ce vendredi 29 août. Preuve de certaines dissensions dans la grande famille du socle commun.
LFI "pour" une dissolution, le PS s'y prépare
De son côté, le patron des députés socialistes à l'Assemblée nationale, Boris Vallaud, a affirmé ne pas réclamer la démission du président Emmanuel Macron. Toutefois, il assure se tenir prêt en cas de nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale. "Si elle doit advenir, nous nous y préparons", abonde-t-il au micro de BFMTV, indiquant qu'un "plan dissolution" est prêt au PS. "Des ébauches de tracts ou d'affiches pour partir en campagne", sont déjà prêts chez les socialistes, indique France Info. "Fin juillet, début août, le temps se ralentit, j'en ai profité pour avancer sur mes maquettes", confie un député de premier plan auprès du média.
Le député LFI Eric Coquerel, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale rappelle lui ce vendredi 29 août sur TF1 que "le plan de sauvetage de François Bayrou ne nous intéresse pas. Le 8 septembre, François Bayrou va tomber et avec lui son budget", assure-t-il. Pour lui, "le meilleur service à rendre, c'est (même) la démission... De toute façon, le retour au peuple va être nécessaire. Moi je nous vois mal tenir un an et demi comme ça", poursuit-il.
Pour le député de gauche, François Ruffin, "l’honneur réclamerait" qu'Emmanuel Macron "pose sa démission, qu’éventuellement il se représente devant les Français pour réclamer leur confiance, il l’a abîmée au fil de ces huit années", explique-t-il sur RMC, le mercredi 27 août. Selon lui, "l'homme du chaos, c'est Emmanuel Macron (...) Un chaos social installé avec les gilets jaunes, les réformes sur les retraites, un chaos budgétaire, un chaos politique", avec "une dissolution improvisée", poursuit l'ancien insoumis.
Le RN demande une dissolution et se dit "prêt", mais...
Si Marine Le Pen a évoqué la dissolution comme seule option permettant aux Français "de choisir leur destin", le discours de l'extrême droite à évolué. L'unique solution est finalement le "retour aux urnes" selon Jordan Bardella qui appelle de fait soit à une dissolution de l'Assemblée nationale, soit à la démission du président de la République. "Nous sommes prêts à incarner cette alternance, que ce soit dans le cadre d’une élection législative victorieuse ou d’une élection présidentielle", abondait le président du RN Jordan Bardella, au JT de 20H de TF1, mardi 26 août.
Le président du RN a toutefois suggéré qu'une issue à la crise politique pourrait être trouvé sans dissolution le jeudi 28 août, avant son débat avec les chefs de partis devant le Medef. Il faudrait alors que le Premier ministre nommé pour succéder à François Bayrou parviennent à ne pas se faire censurer. Un scénario possible selon Jordan Bardella : "On ne censure pas pour censurer. Quand on censure c'est pour protéger les Français". Reste que le poulain de Marine Le Pen a prévenu : "La personne qui s'engagerait à mettre en œuvre de nouveaux prélèvements obligatoires s'exposerait à une censure du RN".
Il risque cependant d'être difficile pour Emmanuel Macron de trouver un Premier ministre capable de résister à une censure du RN. Le parti pourrait opter pour la stratégie consistant à tenir le chef de l'Etat responsable de la situation actuelle, notamment de la crise et de la paralysie politique et parlementaire, pour refuser systématiquement des nouveaux noms de prétendants à Matignon trop connotés "bloc central". Dans ce cas, le parti à la flamme pourrait appuyer - logiquement - à chaque fois sur le bouton de la censure lorsque celle-ci serait dégainée par une opposition, invoquant une crise politique et/ou une paralysie parlementaire qui dure depuis trop longtemps dans la chambre basse du Parlement.
Par ailleurs, une dissolution entraînerait de nouvelles législatives desquelles le RN pourrait sortir vainqueur avec des élus encore plus nombreux à l'Assemblée nationale. Une hypothèse suffisante pour pousser l'extrême droite à la censure systématique, de sorte à pousser le chef de l'État à une nouvelle dissolution du palais Bourbon, voire, à démissionner. Cette semaine, le vice-président du RN s'est lui montré catégorique : le vote de confiance du 8 septembre sera l'"ultime échec" de François Bayrou, disant espérer une dissolution pour "donner une majorité au pays".
Des mois de tourmente politique
Depuis plus d'un an, la France traverse une période de bouleversements politiques historiques. Le 9 juin 2024, le Rassemblement national et le Nouveau Front populaire remportaient le plus de voix aux élections européennes en France, largement devant le camp présidentiel. Emmanuel Macron avait rapidement réagi dans une allocution télévisée : "J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote, je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale." Une annonce inattendue qui a été à l'origine d'une séquence pleine de rebondissements.
Tout d'abord, la tenue de nouvelles élections législatives, qui ont donné une Assemblée encore plus divisée. Si le camp présidentiel n'avait qu'une majorité relative avant la dissolution, elle est aujourd'hui divisée en trois blocs : 182 sièges pour les élus du Nouveau Front populaire, 168 pour le camp présidentiel et 143 pour le RN et ses alliés.
Le Premier ministre de l'époque, Gabriel Attal, avait ensuite démissionné le 16 juillet. Celle-ci a été acceptée par Emmanuel Macron, qui a ensuite brandi la "trêve olympique" pour ne pas appeler un nouveau Premier ministre à former un gouvernement. Il aura fallu attendre le 5 septembre pour voir Michel Barnier arriver à Matignon.
Une surprise mal accueillie par la nouvelle Assemblée. En effet, le NFP étant arrivé en tête, il s'attendait à voir une personne de son camp à la tête du gouvernement. Le RN avait la même ambition, considérant être arrivé premier puisque, contrairement à l'alliance de gauche, il est le parti qui a réuni le plus de sièges. De plus, Michel Barnier est issu des Républicains, qui n'ont que 49 députés. Son gouvernement a été censuré le 13 décembre après avoir tenté de faire passer son budget avec un 49.3. Vient enfin le gouvernement Bayrou, membre de l'alliance centrale. Après une tentative de censure de la gauche, qui n'a pas été soutenue par le Rassemblement national, il est toujours en place au mois d'août 2025.
10:29 - "Horizons" favorable à une nouvelle dissolution
Alors qu'Emmanuel Macron a réfuté l'idée d'une dissolution dans les colonnes de Paris Match, les planètes ne semblent pas vraiment alignées au sein du bloc central. Chez Horizons, si Edouard Philippe a apporté son soutien à François Bayrou, il juge désormais une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale comme "assez inéluctable". Ce vendredi 29 août, la présidente des Pays-de-la-Loire et numéro deux du parti Horizons l'assure : "il faut une nouvelle dissolution". Christelle Morançais partage toutefois le "combat" de François Bayrou contre "le déni" de la dette.