Adèle Haenel : Christophe Ruggia évoque "une erreur", sa réaction

Adèle Haenel : Christophe Ruggia évoque "une erreur", sa réaction Après les accusations d'attouchement et de harcèlement sexuel d'Adèle Haenel, le réalisateur Christophe Ruggia a exercé son droit de réponse chez Mediapart.

[Mis à jour le 6 novembre 2019 à 15h33] Suite à la publication d'accusations à son encontre par l'actrice Adèle Haenel dans les colonnes de Mediapart, le réalisateur Christophe Ruggia a a répondu dans le magazine en ligne. Il y explique notamment avoir "commis l'erreur de jouer les pygmalions avec les malentendus et les entraves qu'une telle posture suscite". Adèle Haenel l'accuse "d'attouchements" et de "harcèlement sexuel", des faits présumés perpétrés alors que l'actrice avait entre 12 et 15 ans. Chez Mediapart, Christophe Ruggia poursuit : "Je n'avais pas vu que mon adulation et les espoirs que je plaçais en elle avaient pu lui apparaître, compte tenu de son jeune âge, comme pénibles à certains moments. Si c'est le cas et si elle le peut, je lui demande de me pardonner". Peu après l'annonce par le parquet de Paris de l'ouverture d'une enquête préliminaire ce mercredi 6 novembre, Christophe Ruggia affirme que son "exclusion sociale est en cours et je ne peux rien faire pour y échapper".

Selon ses propos chez Mediapart, "le Moyen Âge avait inventé la peine du pilori mais c'était la sanction d'un coupable qui avait été condamné par la justice. Maintenant, on dresse, hors de tout procès, des piloris médiatiques tout autant crucifiant et douloureux".  Deux jours après les accusations d'Adèle Haenel contre le réalisateur Christophe Ruggia, avec qui elle a tourné son premier film Les Diables en 2002, le parquet de Paris a annoncé qu'une enquête préliminaire avait été ouverte pour "agression sexuelle sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel". 

Pour rappel, l'actrice accuse le cinéaste "d'attouchements" et de "harcèlement sexuel". Les faits se seraient produits entre 2001 et 2004, alors que l'actrice était âgée de 12 à 15 ans.  Pourtant, Adèle Haenel avait annoncé à Mediapart qu'elle ne porterait pas plainte contre son agresseur présumé : car selon elle, la justice française condamne "un viol sur cent", et "si peu d'agresseurs", avait-elle confié à Mediapart. Cependant, les faits ne sont pas prescrits, car une victime d'agression sexuelle sur mineur a jusqu'à ses 38 ans pour porter plainte, selon la loi française. L'enquête a été confiée par le parquet de Paris à l'Office central de la répression de la Violence faite aux personnes.

Mediapart affirme avoir contacté Christophe Ruggia, qui a réfuté "catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d'attouchements sur cette jeune fille alors mineure". S'il a répondu par le biais de ses avocats, le réalisateur n'a pas tenu à répondre aux accusations d'Adèle Haenel. Depuis la publication de l'article, dimanche 3 novembre, la Société des réalisateurs de films (SRF), qui réunit plus de 300 réalisatrices et réalisateurs français, a décidé d'exclure le cinéaste français accusé. "Suite à l'enquête parue dans Médiapart, la SRF exprime son soutien total, son admiration et sa reconnaissance à la comédienne Adèle Haenel, qui a eu le courage de s'exprimer après tant d'années de silence. Nous tenons à lui dire que nous la croyons et que nous en prenons acte immédiatement", a ainsi écrit la SRF dans un communiqué.

Les accusations d'Adèle Haenel contre Christophe Ruggia

Adèle Haenel détaille les agressions dont elle aurait été victime entre ses 12 et 15 ans auprès de Mediapart. En 2001, elle rencontre Christophe Rugia, et obtient le premier rôle dans son film Les Diables. Elle raconte avoir subi des "attouchements" et un "harcèlement sexuel permanent", favorisés par une emprise que le cinéaste aurait exercée sur elle durant plusieurs années, de 2001 à 2004. Les faits se seraient produits au domicile de Christophe Ruggia et lors de festivals. La comédienne précise : "Je m'asseyais toujours sur le canapé et lui en face dans le fauteuil, puis il venait sur le canapé, me collait, m'embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine. Il était excité, je le repoussais mais ça ne suffisait pas, il fallait toujours que je change de place". Pour l'actrice, Christophe Ruggia "cherchait à avoir des relations sexuelles". "Je ne bougeais pas, et il m'en voulait de ne pas consentir", affirme-t-elle.

Pour les besoins de son enquête, Mediapart a interrogé de nombreuses personnalités pendant sept mois. Plusieurs témoignages d'anciens collaborateurs de Christophe Ruggia viennent corroborer celui d'Adèle Haenel. "Les rapports qu'entretenait Christophe avec Adèle n'étaient pas normaux, On avait l'impression que c'était sa fiancée, confie la régisseuse générale ayant travaillé sur le tournage des Diables. On n'avait quasiment pas le droit de l'approcher, ou de parler avec elle, parce qu'il voulait qu'elle reste dans son rôle en permanence. Lui seul avait le droit d'être vraiment en contact avec elle". Celle qui coachait les acteurs sur le film précise également : "Il était tactile, mettait ses bras sur ses épaules, lui faisait parfois des bisous". "Entre nous, on se disait que quelque chose n'était pas normal, qu'il y avait un souci", ajoute l'un des régisseurs. 

Briser le silence

Avec ce témoignage, Adèle Haenel entend alerter sur les abus sexuels dont peuvent être victimes les femmes. A cela, elle précise que sa prise de parole est "une démarche militante", "pour que les bourreaux cessent de se pavaner et qu'ils regardent les choses en face". L'actrice de Portrait de la jeune fille en feu revient également sur le poids du silence. C'est après la diffusion d'un documentaire autour de Michael Jackson, Leaving Neverland, qu'elle a décidé de prendre la parole : "Je ne savais pas comment en parler. Le fait que cela se rapproche plus d'une affaire de pédophilie rendait la chose plus compliquée qu'une affaire de harcèlement", confie-t-elle. Par son témoignage, la comédienne césarisée espère lancer une réflexion et provoquer un véritable changement dans la société : "Les monstres, ça n'existe pas, a-t-elle commenté lundi soir lors d'un échange retransmis en direct sur Mediapart. C'est de notre société dont on parle. De nos pères, de nos amis, de nos frères. Tant qu'on ne verra pas ça, on n'avancera pas".

Biographie d'Adèle Haenel

Adèle Haenel est une actrice française née le 1er janvier 1989 à Paris. Après avoir suivi des cours de théâtre, Adèle Haenel est choisie par Christophe Ruggia pour apparaître dans Les Diables en 2002. A 18 ans, elle joue dans La Naissance des pieuvres de Céline Sciamma, un rôle qui lui vaut une première nomination aux Césars dans la catégorie Meilleur espoir féminin. Deux ans plus tard, on la retrouve à la télévision dans Déchaînées où elle tient le premier rôle, celui de Lucie, une jeune femme à la recherche de sa grand-mère. En 2011, elle enchaîne les rôles au cinéma, en commençant par Trois Mondes, un film policier avec Raphaël Personnaz, puis dans L’Apollonide, souvenir d'une maison close sous la direction de Bertrand Bonello. Sa performance lui vaut une seconde nomination aux César ainsi que le Prix Lumière du Meilleur espoir féminin. Par la suite, elle tient un second rôle dans le drame En Ville avant de partager l’affiche d’Après le Sud avec Sylvie Lachat et celle du thriller Alyah aux côtés de Pio Marmaï. En 2013, le film Suzanne sort en salles et auréole l’actrice d’un César du Meilleur second rôle féminin.

Elle aura l'occasion de confirmer sa performance en 2014 dans le film Les Combattants, drame de Thomas Cailley. Son rôle de jeune femme déterminée lui vaut le second César de sa jeune carrière, comme Meilleure actrice. Désormais lancée, l'actrice se tourne de plus en plus vers le théâtre, mais est aussi attendue au cinéma dans Les Ogres et The Forbidden Room, du Canadien Guy Maddin.

En 2016, elle tourne pour les frères Dardenne dans La Fille inconnue et Orpheline d'Arnaud des Pallières, sorti en 2017. Son interprétation de Sophie, une militante engagée dans le long-métrage 120 battements par minute, lui vaudra une nouvelle nomination aux Césars. Elle sera de nouveau nommée à la cérémonie récompensant le meilleur du cinéma français pour son rôle d'une policière en deuil dans En liberté ! Elle s'illustre au Festival de Cannes en 2019 dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui repartira avec le prix du meilleur scénario. 

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