"On livre des colis et on épie les gens" : avec Tom the Postgirl, Arte signe un jeu d'horreur cozy et loufoque !

"On livre des colis et on épie les gens" : avec Tom the Postgirl, Arte signe un jeu d'horreur cozy et loufoque ! INTERVIEW. Nous avons pu nous entretenir avec Leili Mir Khosravi, cheffe de projet numérique chez Arte France, lors de la Paris Games Week. Elle revient sur la stratégie jeu vidéo de la chaîne qui dévoile son nouveau titre : Tom the Postgirl.

Chaîne de télévision culturelle de référence, Arte coproduit depuis 2013 des jeux vidéos d'artistes indépendants. Aujourd'hui, elle est devenue un éditeur incontournable dans le secteur, en recevant jusqu'à 300 propositions par an. Le comité éditorial en sélectionne deux à trois, dans la mesure où la chaîne souhaite d'une part offrir un accompagnement de proximité et d'autre part conserver une rigueur artistique dans le choix des projets qu'elle accompagne.

Présente sur le salon du Paris Games Week, l'équipe Arte a mis en avant ses titres phares du moment, et notamment Tom the Postgirl, un jeu d'horreur qui sortira le 29 octobre prochain. Leili Mir Khosravi, cheffe de projet numérique, a pris le temps de répondre à nos questions.

© Raquel Da Silveira Basto

Arte est principalement connue pour être une chaîne de télévision. Pouvez-vous nous retracer le parcours d'Arte Jeux Vidéos et sa pertinence pour le média européen ?

Arte est une chaîne de télé qui se dit plus un média européen aujourd'hui. On est beaucoup sur le numérique également via notre plateforme arte.tv et nos applications connectées. En ce qui concerne la partie jeu vidéo, qu'on peut aussi entendre sous le nom du label Arte Interactive, elle existe depuis 2013. On a commencé par de la coproduction, au même titre qu'on le fait avec tous les programmes d'Arte. On accompagne des créateurs et des créatrices de jeux vidéo indépendants et on finance une partie de leur projet.

Depuis 2017, on a aussi décidé d'ajouter une partie édition. Comme Arte diffuse les programmes qu'elle coproduit sur ses plateformes et sa chaîne YouTube, c'est le même principe sur le jeu vidéo, à la différence près que le jeu vidéo est une économie payante. Nous avons cette mission d'édition, pour mettre les jeux à disposition sur les plateformes, de communication et de marketing avec des partenaires.

© Arte

Dans votre stand au Paris Games Week, vous présentez certains de vos titres, dont Tom the Postgirl qui sortira le 29 octobre prochain. Comment décririez-vous ce jeu à quelqu'un qui ne le connaît absolument pas ?

Tom the Postgirl, c'est un jeu un petit peu funky et bizarre produit par un studio suisse, Oopsie Daisies. Il s'agit d'une aventure narrative, sans présenter forcément beaucoup de texte, dans un univers un peu loufoque. On y incarne cette fameuse Tom qui est une factrice dans un petit village et qui doit livrer des colis aux habitants du village.

Elle a le choix de livrer les colis ou non, de regarder un peu par la fenêtre pour voir ce qui se passe et elle découvrira sûrement des petites choses particulières, bizarres et rigolotes. Cela donnera envie de comprendre l'univers, ce qui se passe et surtout d'où vient le personnage principal. C'est aussi un jeu avec une direction artistique très marquée : entièrement monochrome en noir et blanc avec des touches de rouge. 

On le sort tout proche d'Halloween parce que c'est un peu creepy-cosy : ça plaît à ceux qui aiment les ambiances un peu étranges, mais aussi drôles et mignonnes.

© Arte

Les touches de rouge se retrouvent notamment avec la cape de Tom qui fait penser au conte Le petit chaperon rouge. Cet aspect enfantin se mélange pourtant avec des scènes d'horreur évoquées. Quelle est concrètement votre cible principale pour ce jeu et en quoi consiste son parcours utilisateur ?

Les studios suisses ont été entièrement à l'origine de la création, mais je pense qu'effectivement il y a une inspiration des contes qui, à première vue, sont faits pour les enfants mais, si l'on voit dans le détail, sont toujours un peu bizarres. L'idée est justement de mélanger ce côté enfantin avec l'aspect décalé que l'on peut retrouver dans des dessins animés pour adultes comme BoJack Horseman ou Rick and Morty.

Il faut donc avoir connaissance de l'aspect horreur très particulier de Tom the postgirl. Il n'est pas forcément destiné à des enfants, mais plutôt à des adolescents et des adultes. Même si ça peut se découvrir en famille, la cible principale reste les jeunes adultes qui aiment ce genre d'univers. Concrètement, le joueur incarne Tom, avec un point de vue à la troisième personne en 2D. Il se déplace dans les habitations du village et interagit avec l'environnement. Le jeu lui laisse notamment le choix de donner les colis ou non et de regarder par les fenêtres...

Peut-on lire dans ce village un miroir de notre société, entre voisinage, réseaux sociaux et voyeurisme ?

Je pense honnêtement qu'on peut y lire pas mal de choses selon la façon dont on interprète le jeu et nos expériences personnelles. C'est une manière de voir les choses qui est très parlante aujourd'hui à l'ère des réseaux sociaux et de toutes les discussions qu'il y a autour sur comment se protéger. On espère dans tous les cas que les joueurs et joueuses pourront s'approprier chaque proposition d'Arte et se faire leurs propres interprétations. Nos jeux racontent toujours quelque chose sur notre monde d'aujourd'hui, de manière évidente ou plus cachée. 

Retrouve-t-on la fameuse "patte Arte" sur l'ensemble de votre sélection de jeux vidéos ?

Absolument. Nous aimons dire que nous faisons des jeux d'auteur, au même titre qu'on nous connaît pour nos séries ou nos films d'auteurs. Ce sont des productions faites avec quelques mains qui s'approchent de l'artisanat, dans la mesure où les studios indépendants sont plutôt petits. Ce sont des propositions assez uniques, créatives, originales et mémorables. Notre enjeu, c'est qu'on les associe à l'ADN Arte tel qu'on le perçoit. C'est totalement l'idée et c'est pour cela que Tom the Postgirl ou tous les jeux que l'on présente aujourd'hui à la Paris Games Week peuvent être étonnants, mais font directement écho à la patte d'Arte qui est finalement de montrer des créations que l'on ne retrouve pas ailleurs.