Gouvernement Marine Le Pen : Dupont-Aignan Premier ministre, et après ?

GOUVERNEMENT LE PEN - Intérieur, Justice, Education, Economie, Santé... Le gouvernement de Marine Le Pen sera un gouvernement d'ouverture, avec des ministres qui pourraient surprendre. Seule certitude : si elle est élue, son Premier ministre sera Nicolas Dupont-Aignan...

[Mis à jour le 6 mai 2017 à 12h05] La nouvelle a provoqué bien des spéculations dans le petit monde du foot français. Selon Aleksandar Nikolic, conseiller sportif du FN, un entraîneur de Ligue 1 serait partant pour rejoindre le gouvernement de Marine Le Pen en tant que ministre des Sports si elle était élue dimanche. Dans l'Equipe, Nikolic ne dévoile pas le nom de l'intéressé, mais assure que c'est un coach "connu, doté d'une bonne réputation et prêt à lâcher son poste". S'il n'est pas engagé politiquement, le mystérieux futur ministre serait en accord avec le programme de Marine Le Pen.

Le gouvernement de Marine Le Pen en cas de victoire de la candidate du FN dimanche à la présidentielle, reste un mystère. Si elle a joué la carte de la transparence, en annonçant le nom de son Premier ministre, l'identité et même le profil des autres membres de cet hypothétique gouvernement restent difficiles à cerner. Nicolas Dupont-Aignan a sans doute obtenu des postes pour certains de ses proches dans l'équipe ministérielle qui se mettra en place si le Front national réussit son pari ce 7 mai 2017. Pour le reste, plusieurs cadres du FN pourraient faire partie de la liste des ministre de Marine Le Pen, notamment aux postes régaliens ou stratégiques (ministre de l'Economie, ministre de l'Intérieur, ministre de la Justice, ministre de la Défense, ministre de l'Education..). Des hommes de l'ombre, proches conseillers de la candidate et du parti pourrait aussi être mis en lumière. Avant le 2eme tour de la présidentielle, les spéculations vont bon train en tout cas  sur la composition de ce gouvernement de "patriotes" qu'entend bâtir ce duo inédit. 

Premier ministre de Marine Le Pen

Nicolas Dupont-Aignan sera donc bien à la tête du gouvernement de la présidente Marine Le Pen, si celle-ci est élue dimanche. Marine Le Pen l'a confirmé elle-même au lendemain du ralliement du candidat arrivé en 6e position de l'élection présidentielle. "Je nommerai Nicolas Dupont-Aignan Premier ministre de la France", a affirmé la candidate. Une nomination pas si évidente tant Nicolas Dupont-Aignan, souverainiste, mais aussi gaulliste, ayant plusieurs fois vertement critiqué Marine Le Pen et le FN ces derniers mois.

A chaque fois qu'on a essayé de rapprocher Nicolas Dupont-Aignan de Marine Le Pen, ce dernier a en effet joué l'indignation, revendiquant des "différences profondes", estimant ne pas être "identitariste", mais "gaulliste, républicain, social". Il y a deux ans, sur iTélé, il était allé jusqu'à lâcher que Marine Le Pen allait "fleurir la tombe de Gaulle et de Pétain en même temps". A quelques jours du premier tour, il indiquait encore "les Français ne sont pas idiots, ils ne veulent pas confier le pouvoir à la famille Le Pen". Alors comment gouvernera Nicolas Dupont-Aignan Premier ministre de Marine Le Pen ? Difficile de le dire à ce stade. mais ce dernier a déjà obtenu des infléchissements du programme de Marine Le Pen pendant la campagne. Un programme "excessif" voire "dramatique", comme il le disait quand il était encore son adversaire.

Liste des ministres de Marine Le Pen

Qui d'autre dans le gouvernement de Marine Le Pen ? Au Monde, le 2 février dernier, la patronne de l'extrême droite affirmait que son futur gouvernement ne serait pas composé entièrement de frontistes pur jus. Elle faisait en tout cas savoir qu'elle gouvernerait avec une équipe resserrée : "Par ailleurs, je limiterai le nombre de ministères. L'armée mexicaine, c'est fait pour respecter les équilibres politiques", déclarait-elle. Selon les informations du Debrief de France Info, qui s'appuient sur des confessions de "proches" de Marine Le Pen, la candidate frontiste a déjà quelques idées sur les personnalités pourraient occuper les principaux ministères.

Ministre de l'Intérieur de Marine Le Pen. Ainsi, faute de place à Matignon (il avait déclaré sur C8 qu'il se verrait bien à ce poste, ce qui avait fait ricaner la candidate sur la même chaîne), Florian Philippot, le principal conseiller de Marine Le Pen, pourrait être nommé ministre de l'Intérieur, à moins que lui soit préféré à ce poste Steeve Briois ou David Rachline deux autres personnages clés de son équipe de campagne.

Ministre de l'Education de Marine Le Pen. Fils d'une institutrice et d'un directeur d'école primaire, l'énarque Philippot serait alors le ministre rêvé pour l'Education. Un sujet sur lequel il a été omniprésent ces derniers mois, ne manquant jamais une occasion de fustiger les réformes dees Peillon, Hamon et Vallaud-Belkacem qui se sont succédés à ce poste. 20 Minutes rappelle que lors d'un passage dans On n'est pas couché en mars dernier, il avait avoué son attrait pour le poste. 

Ministre de la Justice de Marine Le Pen. Gilbert Collard, avocat très médiatique, qui avait notamment défendu Pierrette Le Pen lors de son divorce, avant de se rapprocher du reste de la famille (le père Jean-Marie Le Pen excepté) pourrait devenir très logiquement ministre de la Justice. Des informations qui circulent ça et là dans les médias, mais qui ne sont pour l'heure que des spéculations de couloirs.

Ministre des Affaires étrangères de Marine Le Pen. L'identité du ministre des Affaires étrangères de Marine Le Pen reste un mystère, même quand on va chercher les hypothèses les plus farfelues. On pourrait citer les noms de Ludovic de Danne ou de Jean-Luc Schaffhauser, spécialistes de l'international dans son équipe de campagne (avec un lien tout particulier avec la Russie pour le second). D'aucuns citeront aussi un Bruno Gollnisch, vieux compagnon de route de Jean-Marie Le Pen et élu de longue date au Parlement européen, qui s'était chargé en 2012 des "souverainetés et de la renégociation des traités" dans l'équipe de campagne. Mais ces noms pourraient tout aussi bien être associés au ministère de la Défense.
Ministre de l'Economie de Marine Le Pen. Pour les questions économiques, tous les regards se tournent vers Bernard Monot, le principal conseiller de Marine Le Pen sur ces questions. Ancien de la Caisse des dépôts et consignations, le député européen peufine depuis des années la ligne du FN sur l'économie, avec à la clé la mise en place de barrières protectionnistes, la sortie de l'euro, des nationalisations dans le secteur bancaire...  Dans ses pronostics, 20 Minutes place l'hypothèse d'un Monot ministre de l'Economie parmi les "paris sûrs".

Ministre de la Santé de Marine Le Pen. Joëlle Mélin est le nom qui circule aujourd'hui pour le ministère de la Santé. Ce médecin de 67 ans est membre de l'équipe de campagne de Marine Le Pen. En 1995, elle était déjà en charge du pôle santé, puis du pôle santé et affaires sociales du FN. Membre historique du FN, elle est conseillère municipale d'Aubagne et députée européenne.

Guaino, Morano, Boutin... Des stars de droite dans un gouvernement Le Pen ?

Bien d'autres noms circulent comme ceux de Nicolas Bay, l'un des grands porte paroles du programme de Marine Le Pen, Steeve Briois, qui pourrait défendre les territoires et la ruralité, Philippe Murer responsable d'un think tank frontiste sur l'écologie, Robert Ménard, sur une ligne radicale en matière d'immigration, ou le comique Franck De Lapersonne, dont l'improbable nomination à la Culture fait sourire 20 Minutes... Mais Marine Le Pen est déjà obligée de voir au-delà du Front national. Elle aurait ainsi la volonté de s'appuyer sur des préfets, des hauts-fonctionnaires ou d'anciens membres de cabinets ministériels de droite, qu'elle juge suffisamment "patriotes".

La candidate du FN a déjà plusieurs fois loué ouvertement l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy Henri Guaino, à qui elle a d'ailleurs accordé son parrainage. Ce dernier a déjà fait savoir qu'il n'était pas prêt à s'allier avec elle dans un futur gouvernement. Il a expliqué sa position dans notre émission politique, .pol, le 16 mars dernier. Selon France Info, Marine Le Pen aurait aussi l'intention de convaincre d'autres personnalités LR, comme Nadine Morano, qu'elle verrait bien occuper le poste de ministre du Travail. Dans d'autres sphères, Christine Boutin a récemment indiqué que "contre Macron", elle voterait Le Pen au second tour de l'élection. Un signe pour l'ancienne ministre du Logement, aux positions tranchées sur la famille ?

Ni Aliot, ni Maréchal dans le gouvernement Le Pen

En revanche, on sait déjà que deux intimes de la présidente du Front national ne feront pas partie du gouvernement si le FN accède aux plus hautes responsabilités de l'Etat : le compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, ainsi que sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen. Le premier s'est montré très clair : "On n'élit pas un couple à l'Élysée. Mais un homme ou une femme. Les compagnes ou compagnons ne devraient même pas avoir leur mot à dire. Ni même s'installer à l'Élysée d'ailleurs", a-t-il expliqué à la journaliste Alix Bouilhaguet, auteure du livre "Le couloir de Madame".

Quant à la seconde, c'est Marine Le Pen elle-même qui a tranché la question publiquement. "Trop jeune et pas assez expérimentée", a-t-elle convenu de go dans une interview donnée à Femme actuelle. Au fond, la candidate du FN craint d'être accusée de népotisme et que cela ne nuise à sa crédibilité de gouvernante, qui sera de toute manière déjà très difficile à installer dans l'opinion.

Un gouvernement Le Pen dépendant des législatives

Distancée dans les sondages cette présidentielle, Marine Le Pen devra en tout cas, si elle est élue, diriger le pays en trouvant des alliés au sein du parlement. Et les élections législatives, qui ont lieu à la mi-juin, s'annoncent comme une nouvelle zone de brouillard épais. Le Front national devrait parvenir à présenter 577 candidats, pour chacun des sièges de députés. Et la dynamique qui suit l'élection présidentielle permettra peut être une déferlante "bleu marine" dans les travées du palais Bourbon. Mais cette vague post-présidentielle peut aussi bien se révéler insuffisante pour construire un groupe de parlementaires suffisamment nombreux.

Deux hypothèses semblent donc possibles : celle d'une coalition qui se construirait avec certains élus de droite (dont Nicolas Dupont-Aignan) ou celle d'une cohabitation, avec un Parlement majoritairement hostile. Dans les deux cas, le gouvernement de Marine Le Pen ne devrait pas être un gouvernement 100% FN, mais bien une équipe composée de ministre qui seront imposés plus que choisis par l'hypothétique présidente de la République. A moins que, comme le révèle le Canard Enchaîné, Marine Le Pen ne décide de dissoudre l'Assemblée si le résultat de ces législatives ne lui convenait pas... Selon des propos de Gilles Lebreton, député européen FN et membre du "conseil stratégique de campagne" de Marine Le Pen, repris dans l'hebdomadaire, Marine Le Pen pourrait changer la loi électorale par un référendum introduisant la proportionnelle. Un mode de scrutin qui serait beaucoup plus favorable au FN et lui permettrait d'avoir une majorité.

Et en cas de cohabitation ?

Car tous ces plans pourraient être bouleversés si le scénario d'une cohabitation s'impose dès le mois de juin à Marine Le Pen. Si elle n'a pas de majorité et si elle ne trouve pas d'accord pour une coalition, alors il lui faudra nommer à Matignon un Premier ministre compatible avec le parti ou le mouvement sorti vainqueur des législatives, même si celui-ci n'est pas majoritaire... Les hypothèses les plus folles peuvent alors être imaginées. Si le PS créait la surprise (ce qui semble compromis), le chef du parti, Jean-Christophe Cambadélis, pourrait être de cet étonnant attelage. Si les candidats d'En Marche faisaient leur trou, un duo exécutif plus détonnant encore pourrait être imaginé.

Mais c'est la droite, malgré la lourde défaite de François Fillon, qui croit sans doute le plus à la victoire aux législatives. Ce qui rend d'autant plus cruciale, à la tête des Républicains, la succession du candidat éjecté dès le premier tour. Et si le nom du Premier ministre le plus probable pour Marine Le Pen, celui qui dirigera le gouvernement, était finalement François Baroin ?

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