Richard Ferrand : Jean-Pierre Raffarin pour remplacer le ministre ?

AFFAIRE FERRAND - La machine à spéculation est lancée : pour remplacer le ministre de la Cohésion des territoires, Emmanuel Macron et Edouard Philippe vont-ils choisir une personnalité de droite ?

[Mis à jour le 20 juin 2017 à 13h06] S'il y a forcément une multitude de postulants pour récupérer le portefeuille ministériel de Richard Ferrand, son remplacement relève en réalité du casse-tête pour Emmanuel Macron et son Premier ministre. Faut-il nommer une personnalité de la société civile ? Un homme ou une femme incarnant le renouveau, quitte à faire confiance à un novice ? Faut-il au contraire privilégier le choix d'un homme ou une femme d'expérience ? L'intégration d'une personnalité politique de premier ordre serait une piste prioritaire. Selon Le Figaro, "plusieurs observateurs avancent le nom" de Jean-Pierre Raffarin. Il est reçu à l'Elysée par le président ce mardi à 17 heures. L'ancien Premier ministre, sénateurs de la Vienne, a un profil très en phase avec le poste, lui qui connait le dossier de la réforme territoriale et qui s'est construit un réseau considérable avec les élus locaux sur l'ensemble de l'Hexagone.

La démission de Ferrand, un choix politique

Depuis le début de l'affaire Ferrand, à droite comme à gauche, on réclamait la démission du ministre de la Cohésion des territoires. Et c'est finalement au lendemain des législatives 2017, alors qu'il a pourtant été élu dans sa circonscription, que Richard Ferrand, qui avait enfin la légitimité tant attendue des électeurs pour se maintenir à son poste, quitte le gouvernement Philippe. Emmanuel Macron lui-même a demandé la démission de Richard Ferrand, indique l'AFP. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, les affaires n'ont rien à voir avec ce soudain retournement de situation. Ainsi, si la sortie de ce poids lourd du gouvernement, très proche d'Emmanuel Macron, rendra le remaniement plus profond que prévu, Richard Ferrand n'est pas pour autant mis au placard.

Selon BFMTV, mais aussi Europe 1, Richard Ferrand n'est pas une victime de sa propre démission du gouvernement. Il s'en va en effet pour pouvoir prendre la tête du puissant groupe des parlementaires de la République en Marche, qui va déferler à l'Assemblée. Ainsi, le chef de l'État a reçu le ministre cet après-midi, avant de s'entretenir avec le Premier ministre Édouard Philippe pour "caler le calendrier des prochains jours". Depuis, l'entourage de Richard Ferrand, interrogé par l'AFP, a "confirmé" l'information, ajoutant que le ministre avait "accepté" cette proposition. "Le président voulait que Richard Ferrand prenne la tête du groupe, car c'est un homme de confiance et d'efficacité", affirme-t-on dans l'entourage du ministre démissionnaire. Et pour cause, ce dernier serait ni plus ni moins "la clé de voûte du mouvement", estime-t-on. C'est pourquoi le président de la République "voulait qu'il soit à la tête du groupe le plus large de la Ve République".

L'élu du Finistère devrait donc se retrouver dans les prochains jours président de ce groupe de plus de 300 élus qu'il faudra "tenir" pour faire passer les réformes et pour remettre dans le rang ceux qui se verraient bien devenir des frondeurs. La démission de Richard Ferrand du gouvernement n'est d'ailleurs pas une surprise. Le Canard Enchaîné, qui avait révélé l'affaire Ferrand il y a quelques mois, avait aussi indiqué, avant les législatives, qu'une démission de Richard Ferrand était programmée en vue de lui confier un poste important à l'Assemblée nationale. Le perchoir - autrement dit la présidence de l'Assemblée - était alors évoqué. Il faut croire que le sort en a décidé autrement.

Affaire Ferrand : résumé

Le 1er juin 2017, le procureur de la République de Brest a ouvert une enquête préliminaire au sujet de l'affaire Ferrand. Une affaire immobilière dans laquelle le ministre de la Cohésion des territoires est soupçonné d'avoir favorisé ses intérêts privés, ainsi que ceux de son épouse, en utilisant sa position d'ancien président des Mutuelles de Bretagne. De quoi le ministre, ancien secrétaire général d'En Marche, intime d'Emmanuel Macron, est-il soupçonné exactement ? Le point sur ce qu'il convient désormais d'appeler "l'affaire Ferrand" :

Femme de Richard Ferrand

Le 24 mai 2017, Le Canard Enchaîné révèle qu'en 2011, Richard Ferrand a initié un "montage financier" afin de permettre à l'entreprise de de son épouse de louer un local à la société qu'il dirigeait alors : Les Mutuelles de Bretagne. Rien d'illégal, rappelle l'hebdomadaire satirique, mais la pratique a permis, in fine, à Richard Ferrand de faire gonfler la valeur du patrimoine des sociétés familiales. Voici les principales étapes de ce montage complexe :

  • 1/Les Mutuelles de Bretagne sont à la recherche d'un local commercial en 2011. Parmi trois offres sur la table, est finalement retenue celle exposée par la société Saca - dirigée par Sandrine Doucen, la compagne de l'actuel ministre. Sauf qu'au moment de l'accord, Saca n'est pas encore propriétaire du bien en question.
  • 2/Une fois le contrat signé, Sandrine Doucen achète le bien qu'elle s'apprête à louer aux Mutuelles de Bretagne, grâce à un emprunt obtenu au Crédit Agricole du Finistère.
  • 3/Les Mutuelles de Bretagne versent un loyer mensuel à la société Saca, permettant de financer le bien immobilier, dont la valeur est estimée à 402 000 euros.
  • 4/Les Mutuelles de Bretagne financeront par la suite des travaux, à la suite desquels la valeur du local commercial sera estimée à près de 580 000 euros. Bien qui est donc devenu la propriété de Saca. L'enrichissement pour l'épouse de Richard Ferrand est donc estimé à plus de 175 000 euros.

Le 8 juin 2017, BFMTV révèle que les Mutuelles de Bretagne ont en outre bénéficié d'argent public pour financer l'installation de la société dans les locaux appartenant à la compagne de Richard Ferrand. Le Conseil municipal de Brest et le Conseil général du Finistère ont versé en plusieurs fois 55 000 euros de subventions que les Mutuelles de Bretagne ont récoltés pour l'installation et l'équipement du centre de soins pour personnes âgées installé dans ces locaux. Les travaux ayant permis au bien immobilier de se valoriser auraient donc, en partie, été financés par de l'argent public. La veille, le 7 juin 2017, le Canard Enchaîné révélait que Richard Ferrand, quand il était député du Finistère, avait fait profiter de son poste à l'Assemblée pour favoriser des lois sur les mutuelles. Il n'aurait "cessé de veiller aux intérêts de son employeur [les Mutuelles de Bretagne], qui l'avait salarié pendant dix-neuf ans comme directeur général".

Fils de Richard Ferrand

Autre révélation du Canard Enchaîné : en 2014, Richard Ferrand a employé son fils comme assistant parlementaire durant quelques mois, pour un montant total brut de 8 704 euros. Le ministre s'est expliqué sur cette embauche sur France info le jour même : "C'est un peu au débotté que j'avais besoin d'un coup de main. Mon fils était disponible, donc je lui ai demandé s'il pouvait pendant trois ou quatre mois venir travailler, j'insiste sur ce mot. Il a été rémunéré au smic. Ce qu'il a eu à faire était la rédaction de la lettre du député, tenir différentes choses sur mon blog que j'édite quasi quotidiennement".

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Emmanuel Macron

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