Pilule de 3e génération : Cerazette, Varnoline... Quelles pilules présentent des risques ?

Après la plainte d'une jeune femme gravement handicapée suite à un AVC, de nombreuses procédures ont été lancées en France contre des fabricants de pilules. Quelles pilules sont concernées ?

[Mis à jour le 26 mars 2013 à 12h55] 2 500 "accidents" et une vingtaine de décès "prématurés". Selon l'Agence du médicament (ANSM), les pilules seraient à elles seules responsables de ce lourd bilan chaque année. La formation de caillots dans les veines (accident thromboembolique veineux) est notamment pointée par l'agence de surveillance. Dans un rapport, publié ce 26 mars 2013, elle explique que ces caillots peuvent aller jusqu'à lembolie pulmonaire, principale cause des décès. Pire : l'ANSM a basé son étude sur tous les types de pilules, celles de 3e génération, déjà pointées du doigt, comme les autres. Ainsi, 778 accidents sont aussi liés aux pilules de 1re et 2e générations. Près de 4,3 millions de femmes utiliseraient des pilules en France tous les jours selon le même rapport. 

En décembre dernier, Marion Larat, 25 ans, décidait d'entamer une action en justice. Victime d'un AVC, elle est restée lourdement handicapée, à hauteur de 65 % de ses capacités. La cause de ses lourds ennuis de santé ? Selon elle, il s'agit de sa pilule contraceptive. D'où sa plainte contre le laboratoire Bayer, fabricant de la pilule de troisième génération qu'utilisait quotidiennement la jeune femme depuis quatre mois au moment de son AVC. En France, cette premièr a donné lieu à douze autres procédures lancées le 24 janvier devant le tribunal de grande instance de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Aux Etats-Unis, plusieurs actions en justice ont aussi été entamées. Le Monde pointe 15 000 plaintes déjà déposées contre Bayer. Atteintes à la vésicule biliaire, thromboses, embolies figurent parmi les motifs de ces plaintes et les avocats compteraient, des "centaines de décès suspects".

Le scandale des pilules de 3e et 4e génération

Mercredi 2 janvier 2013, l'Agence nationale de sécurité du médicament s'est à son tour saisie du dossier des pilules dangereuses, dénonçant "un emploi excessif" de ces pilules en France. Son directeur général Dominique Maraninchi a annoncé une concertation à ce sujet avec les professionnels qui pourrait aboutir à des restrictions de l'usage des pilules de 3e génération à certains professionnels. L'agence du médicament avait déjà alerté par le passé sur les "risques thrombo-emboliques" générés des pilules de 3e génération. Des pilules pourtant prises aujourd'hui par près de 2 millions de femmes dans le pays. Le 24 janvier, elle a elle aussi été la cible de plaintes pour ne pas avoir respecté le principe de précaution.

Le vendredi 11 janvier, la polémique a pris un virage politique, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, annonçant la mise en place d'un dispositif pour limiter la prescription des pilules de troisième génération en France. L'objectif fixé est de restreindre toute ordonnance "aux situations dans lesquelles elles sont médicalement requises, en association avec tous les professionnels de santé". La ministre souhaite aussi saisir les instances européennes pour modifier les indications de prescription. Marion Larat, victime d'un AVC en 2006, a notamment décidé de porter plainte contre le directeur général de l'ANSM pour ne pas avoir retiré cette pilule du marché.

Varnoline continu, Cerazette, Jasmine, Efezial, Carlin...

Par "pilules de 3e génération", quelles pilules désigne-t-on précisément ? Celles qui contiennent des nouveaux progestatifs et qui sont donc composées d'éthinylestradiol et de gestodène ou de désogestrel. Une différence de composition avec les pilules de 2e génération. Parmi ces pilules de troisième génération figurent par exemple les marques Desobel, Efezial, Carlin, Desogestrel/ethinylestradiol, Varnoline continu ou Cerazette. A la base, ces pilules ont été développées et commercialisées pour limiter les effets indésirables de la contraception : prise de poids, saignements, acné. Aujourd'hui, la Haute autorité de santé recommande aux médecins de ne les proposer qu'en cas d'intolérance à la pilule de 2e génération.

Les plaintes déposées par douze victimes présumées le 24 janvier visent plus préisément les pmarques de pilules suivantes : Jasmine, Jasminelle, Yaz (4e génération), Varnoline, Carlin20, Désobel, Ethinylestradiol30, Melodia ou Gestodène (3e génération). La pilule Mercilon est aussi l'objet d'une plainte. Les laboratoires Bayer, Biogaran, Effik, et MSD France sont au coeur de la tempête. Le médicament Diane35, utilisé à l'origine pour lutter contre l'acné et utilisé comme contraceptif, est aussi visé, même s'il ne s'agit pas d'un pilule de 3e génération. Détourné de son autorisation de mise sur le marché (AMM), ce traitement contre l'acné a été prescrit au fil des ans comme un contraceptif, puisqu'il a pour effet de bloquer l'ovulation. Aujourd'hui, l'agence française du médicament (ANSM) a annoncé la suspension d'ici trois mois de la commercialisation de cette pilule, qui a fait quatre morts en 25 ans. Le directeur de l'ANSM, Dominique Maraninchi, a précisé que "tous les lots seront retirés du marché". Aujourd'hui 315 000 femmes seraient sous Diane 35 en France mais les autorités leur demandent de ne pas interrompre immédiatement leur traitement, leur conseillant de prendre contact avec un médecin.

Que sait-on sur les risques ?

Ce moyen de contraception fait débat depuis de longs mois, voire des années. A la mi-septembre, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait annoncé la fin de son remboursement par la Sécurité sociale, à compter du 30 septembre 2013. Une manière de chuchoter l'existence de risques accrus, sans pour autant les retirer du marché ? Le risque thrombo-veineux existe pour tous les types de pilule, avec 3 à 4 cas pour 10 000 utilisatrices en moyenne. Mais pour les pilules de 3e génération, le risque serait accru et les autorités sanitaires ont rendu un avis défavorable, soulignant un service médical rendu insuffisant, qui a conduit à son déremboursement. La Commission de transparence de la Haute autorité de santé (HAS) a ainsi relevé pour ces pilules "un risque de complications thrombo-veineuses (phlébites) deux fois plus élevé que chez les femmes sous pilules de 2e génération". Plusieurs études à l'étranger avaient déjà pointé ce risque accru de thrombose veineuse, ces accidents étant plus fréquents durant les premières semaines du traitement.

Aujourd'hui, 2 millions de femmes utilisent une pilule de 3e génération en France.

EN VIDEO : Marisol Touraine a demandé à l'UE de limiter l'utilisation des pilules de 3e et 4e génération.

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