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Quelle que soit l'opinion portée à leur endroit, les Femen ne laissent personne indifférent. Aujourd'hui, près de 350 femmes composent le mouvement dans le monde, mais une poignée d'entre elles, une vingtaine de militantes, se placent régulièrement sous le feu des projecteurs. Immanquablement, leur mode de revendication est en adéquation avec le fonctionnement des mass médias : mises en scène spectaculaires, slogans chocs, ironie, dérision, et, bien entendu, exposition de la nudité féminine. 

Une longue tradition d'opérations chocs chez les féministes

Les Femen ne sont pourtant pas les premières féministes à utiliser ce genre de procédé. La "première vague féministe", celle des suffragettes, revendiquait dès les années 1860 le droit de vote, parfois avec des actions radicales, notamment au Royaume-Uni où des militantes ont usé de grèves de la faim voire d'attentats contre des établissements publics au début du XXe siècle. Les féministes de la "deuxième vague", qui veulent aller plus loin en demandant le droit de décider si elles veulent un enfant ou non, vont elles aussi vouloir marquer l'opinion dans les années 1960. Cette seconde vague est incarnée en France par le Mouvement de libération de la femme (MLF) de Gisèle Halimi et le "manifeste des 343 salopes", 343 femmes qui avouaient avoir déjà avorté, alors que la pratique était encore illégale en France. Aux Etats-Unis à la même époque, on parle des "brûleuses de soutien-gorge" en référence à une manifestation de 1968 pendant laquelle 200 manifestantes ont jeté dans une grande "poubelle de la libération" talons hauts et autres soutiens-gorge, symboles du carcan dans lequel on voulait les enfermer.

L'IVG adopté en 1975 en France, on pourra bientôt parler de "troisième vague féministe" à partir des années 1980-1990. Un mouvement mettant en avant des revendications plus larges (reconnaissance des lesbiennes et plus globalement de l'homosexualité, lutte contre le racisme, contre la marginalisation des prostituées, contre le retour d'un certain machisme dans les banlieues...) et donc plus difficile à identifier. Mais toujours, les coups médiatiques seront privilégiés par des associations aux noms évocateurs comme les "Chiennes de garde", "Ni putes, ni soumises" ou encore "La Barbe" (des femmes organisant des happening dans des assemblées à majorité masculine affublées de fausses barbes).

En poussant encore plus loin la logique du coup médiatique permanent, les Femen s'inscrivent clairement dans la lignée de ces mouvements qui les ont précédées. Comme leurs aïeules, les Femen réclament la reconnaissance du droit des femmes à disposer de leur corps dans tous les sens du terme : du droit au travail et à une place égale à celle de l'homme dans la société et les milieux décisionnaires, jusqu'au droit au plaisir sexuel (courants "pro-sexe") et au contrôle de la reproduction. Ce qui pousse certains à les associer à une "quatrième vague" féministe. Elles seraient cependant plus proches des courants "radicaux" que des courants "réformistes" jusqu'à présent plus connus (féminisme libéral ou socialiste).

Des émules, mais aussi des critiques

Les Femen ont elles-mêmes inspiré d'autres mouvements depuis 2008, parfois très éloignés des droits des femmes. Entre février et septembre 2012, le monde regardait par exemple avec curiosité le "Printemps d'érable" qui, au Québec, mettait des milliers d'étudiants dans les rues, sans chemise et sans pantalon. Ces derniers parviendront à attirer les caméras du monde entier en défilant en sous vêtements dans les rues de Montréal et de Québec, estimant que l'augmentation des droits de scolarité, prévue par le gouvernement, mettait les étudiants "à poil". Plus récemment, plusieurs manifestant(e)s se sont aussi dénudé(e)s à Notre-Dame-des-Landes, pour protester contre le projet controversé de nouvel aéroport (cf. vidéo ci-dessous).

A trop vouloir choquer afin de se faire entendre, les Femen se heurtent cependant aux conséquences de leur surexposition. Exhibitionisme, hystérie, christanophobie, messages éparses et confus, action médiatique politique... Elles font l'objet de nombreuses critiques à travers le monde, y compris chez d'autres féministes, comme celles du groupe Strada aux Pays-Bas, qui considère que le mouvement décrédibilise la lutte des femmes en réactivant l'exploitation des corps. Qu'elles le souhaitent ou non, c'est principalement pour cela que l'action des Femen est devenu un phénomène de société, et non pour la force brute de leurs idées.

Les féministes plus "historiques" affirment souvent qu'il faut encore quelques décennies pour que l'incorporation sociale des codes du patriarcat cesse une bonne fois pour toutes. Il est en effet probable que les générations d'hommes et de femmes à venir trouvent de plus en plus ridicule l'attribution des codes sociaux, toujours à l'avantage des hommes.
Mais, pour les Femen, il n'y a aucune raison d'attendre. 

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