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 INTERVIEW 
Mars 2006

Cédric Delsaux : "le réel est littéralement fantastique"

Rencontre avec celui qui a invité les personnages de Star Wars dans nos banlieues...
Photographe publicitaire d'origine, Cédric Delsaux met sa culture "pub" au profit d'une image stylisée et interpellante.
Il a été lauréat de la Bourse du talent Kodak en 2004 pour sa première série "Le nord". Cette nouvelle série sur la banlieue lui a valu un nouveau prix en 2005.
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Cédric Delsaux était en 'chat' le mardi 11 avril. Voir la retranscription

Comment êtes-vous venu à la photographie ?
Depuis l'âge de 15 ans je veux être photographe. Au début, je voulais être photo-reporter, je rêvais de voyages au long cours, d'intégrer l'agence Magnum… Et puis, je me suis éloigné progressivement de ce genre d'images, je n'y croyais plus ; sans pouvoir pour autant les remplaçer par autre chose. Je suis donc allé voir ailleurs, j'ai fait des études de lettres et de cinéma, je suis devenu libraire puis concepteur-rédacteur. Et lentement, j'ai trouvé ma place, à la fois en terme "d'écriture" comme de job à temps complet. Il m'aura fallu 10 ans pour me lancer, enfin…

"La vitrine des choses" est un travail que vous avez commencé il y a quelques années avec un premier opus sur "le nord de la France", pourquoi ce deuxième volet, et pourquoi avoir choisi le thème de la banlieue ?
Ce qui conditionne toutes mes séries, c'est l'envie de se promener quelque part. Je suis un photographe de lieux avant tout. Certains endroits provoquent en moi une fascination assez bizarre, un engouement que je n'arrive à restituer qu'en photo. Ensuite je trouve une idée, comme un prétexte, pour justifier ces ballades. Pour le "nord", il s'agissait de mes vacances de jeunesse, pour la "banlieue" c'est simplement l'endroit ou j'habite, là ou je fais mes courses, là ou je prends le métro etc…
Je voulais que ces lieux qui peuplent mon quotidien dans ce qu'il a de plus ordinaire soient rendus de la manière la plus extra-ordinaire.

Pourquoi cette idée d'intégrer des personnages de Star Wars ?
Au départ je n'avais pas songé à cette incrustation, mais les premières images produites ne me convenaient pas, je les trouvais plates, déjà vues. Il me fallait un élément supplémentaire pour les faire décoller. Les personnages de Star Wars ont été cet élément. Grâce à eux, je retrouvais l'impression qui m'envahissait lors de mes marches, à savoir que le réel est littéralement "fantastique".

L'introduction de personnages factices, issus de la science-fiction et du cinéma dans un décor réel engendre une réflexion intéressante sur le rapport entre l'imaginaire, le fantasme et la réalité. Qu'est-ce que cette confrontation d'univers opposés provoque pour vous ?
Votre question est au cœur de ma démarche. Je tente d'élaborer une esthétique de l'entre deux. Mes images ne sont ni complètement réels, ni absolument imaginaires, ni vraies, ni fausses, elles sont entre deux ; dans cet espace indéfini que je trouve poétique. Les lieux que je photographie sont également à la lisière : du beau et du laid, du marquant et de l'insignifiant. Il s'instaure alors une dialectique que chacun est libre de trancher à sa guise.

Finalement, la banlieue est magnifiée par les personnages... Sans elle ils ne sont rien, sans eux elle n'est rien ?
Effectivement, si la série fonctionne bien, elle met à jour un nouveau territoire purement photographique. Les personnages contaminent les decors de leur aura cinématographique et ces mêmes décors donnent aux personnages une étrange réalité. Ce n'est pas simplement un travail d'esthétisation, ce mélange improbable, cet oxymore visuel a pour moi quelque chose d'euphorisant.

Pensez-vous que vous images donnent une vision positive, ludique, de la banlieue ou bien la placent-elles dans un monde hostile ?
Toutes les lectures sont possibles et je ne donne volontairement aucune piste. C'est à la sensibilité de chacun de s'exprimer… Il est évident qu'une lecture politique est toujours possible. Que certains lieux ressemblent à "l'étoile noire" pourrait en dire long sur les pensées des architectes, des urbanistes ou des responsables locaux… Mais on pourrait tout autant soutenir que l'apparente banalité de la banlieue est aussi digne d'intérêt que les plus incroyables décors d'une mythologie Hollywoodienne. Ce travail ne porte pas de jugement, sa mission, s'il en a une, serait de sortir la banlieue du manichéisme dépressif dans lequel on l'a plongée.

Comment s'est passé le travail d'intégration des personnages ? Est-ce un travail numérique ?
Oui, c'est mon premier travail totalement numérique. C'est un choix essentiellement dicté pour sa simplicité d'usage, car j'aurais pu également le réaliser avec un argentique 6X7. La position des anti-numériques ne me semble plus justifiée. L'intégration s'est faite sur photoshop, mais il fallait d'abord shooter les personnages pour qu'ils apparaissent à la bonne taille, dans la bonne perspective et la bonne lumière puis les détourer et les "replacer" dans les fonds shootés à part.

En quoi votre travail de photographe publicitaire vous a-t-il aidé à mener à bien ce travail ?
Le travail avec les directeurs artistiques est précieux. Il y a une émulation pour fabriquer la meilleure image possible dans les contraintes (parfois énormes…) de la campagne, de son coût ou du client lui-même. Cela oblige à trouver une nouvelle solution pour chaque nouveau problème. Cette "gymnastique" permanente est bien utile quand on se retrouve seul face à une série perso… Mais au-delà, la pub m'a appris une forme d'efficacité visuelle que j'aurais eu tendance à négliger, à méconnaître plus exactement. Une bonne image de pub passe par une grammaire photographique irréprochable. J'ai tenté dans cette série d'en respecter les règles.

Que vous a apporté le prix de la Bourse du Talent 2005 ?
Beaucoup… à savoir, une certaine reconnaissance dans le milieu de la photo traditionnelle, essentielle pour moi, car si j'aime la pub, je ne veux pas me cantonner à elle…

Quel matériel utilisez-vous ?
La chance de travailler en pub, c'est d'avoir à peu près tout essayé… J'ai commencé avec un Mamiya 6X7 RZ et 7 II, ensuite une chambre 4X5 Sinar P2 puis je me suis initié au numérique avec un Canon Ds Mark 2 et je viens d'acquérir un dos Phase One, couplé à un Hasselblad H2 avec des résultats plus que prometteurs…

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Reconnaissez-vous des influences particulières dans le monde de l'image ?
Mes influences sont évidemment multiples. Le cinéma pour commencer avec un réalisateur comme D. Lynch, pour le cadre, la lumière, l'ambiance… pour tout en fait… ou comme E. Rohmer pour ses subtiles touches de couleurs ou encore K. Loach pour son rapport au réel. Et des photographes, je pense à G. Crewdson, à Philip Lorca di Corcia, à W. Eggleston ou S. Shore… et tellement d'autres encore…


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