Madeleine Brès : l'incroyable parcours de la première femme médecin

Madeleine Brès : l'incroyable parcours de la première femme médecin Une vocation précoce, puis un parcours semé d'embûches pour parvenir à son rêve : qui est Madeleine Brès ? Découvrez le combat de la première femme diplômée de médecine et autorisée à exercer, en 1875.

[Mis à jour le 25 novembre 2019 à 22h49] Le 25 novembre 1842, Madeleine Brès naît à Bouillargues, près de Nîmes. À l'occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, Google a décidé - via un Doodle - de mettre cette femme au parcours exceptionnel à l'honneur. Elle est en effet la première femme à avoir obtenu le diplôme de médecine en France, et à devenir par la suite médecin de la Faculté de Paris en 1875. Un parcours qui n'a pas été si simple, mais jonché de nombreux obstacles. Néanmoins, elle a réussi à les surmonter, et sa contribution à la santé des femmes ainsi qu'à la pédiatrie est aujourd'hui considérée comme extrêmement précieuse. 

À l'heure actuelle, 44% de la profession médicale (et 76% des professionnels de santé au sens large) est constituée de femmes. Madeleine Brès se découvre très tôt une passion, et vocation, pour la médecine. Dès l'âge de 8 ans, elle suit son père, alors employé à l'hôpital de Nîmes. Elle est ensuite prise sous l'aile d'une religieuse, qui lui enseigne les rudiments de la médecine. Si elle plonge rapidement dans le milieu médical, son parcours ne sera pas aisé jusqu'au sommet. 

Le combat de Madeleine Brès pour devenir médecin

Et pour cause, Au XIXe siècle, l'accès des femmes à la médecine est impossible : le résultat conjoncturel d'une série d'interdits culturels et moraux mais aussi d'un obstacle structurel infranchissable, l'interdiction pour les femmes de passer le baccalauréat jusqu'en 1861. Les femmes devaient également obtenir l'autorisation de leur mari, puisqu'elles ne disposaient pas de la majorité civile en vertu de la législation de l'époque.

Qu'à cela ne tienne : Madeleine Brès contacte dès 1866 le doyen de la Faculté de médecine de Paris, Charles-Adolphe Wurtz, pour s'inscrire à un programme de doctorat. Celui-ci lui conseille de passer son baccalauréat dans un premier temps et la soutiendra par la suite. Il faudra le soutien de l'impératrice Eugénie, ainsi que celui du ministre de l'Instruction publique Victor Duruy, pour qu'elle puisse intégrer la Faculté de médecine en 1968. Madeleine Brès, 26 ans, est alors mère de trois enfants et a dû obtenir le consentement formel de son mari pour ce projet. Elle n'est toutefois pas au bout de ses peines, il lui faudra persévérer longtemps pour obtenir le titre de médecin.

Un diplôme obtenu brillamment, malgré des réticences masculines

Elève stagiaire dans le service du professeur Broca à l'hôpital de la Pitié en 1869, elle devient "interne provisoire" du service l'année suivante, et se montre particulièrement active lors des troubles de la Commune. Elle marquera les esprits par son engagement et son dévouement sera remarqué par le professeur Broca, qui ne tarit pas d'éloges à son égard. Malgré ses compétences et le soutien de ses pairs, elle ne sera jamais officiellement interne et on lui refusera le concours de l'Externat en octobre 1871.

Madeleine Brès persiste et poursuit ses études au Muséum d'Histoire Naturelle durant quatre ans, ainsi qu'auprès du professeur Wurtz : elle va rédiger et défendre avec succès une thèse intitulée "De la mamelle et de l'allaitement", en 1875. Une publication remarquée, en France et à l'international, dans laquelle elle encourage l'allaitement naturel en prouvant que la composition chimique du lait maternel se modifie avec le temps pour correspondre aux besoins du développement du bébé. Pour ses travaux, Madeleine Brès est récompensée du titre d'officier d'académie en 1975, et sera plusieurs fois médaillée de la faculté de médecine de Paris au cours de sa vie.

Obtenant la mention "extrêmement bien", Madeleine Brès devient donc la première femme française docteur en médecine, à l'âge de 33 ans, malgré les réticences d'un milieu exclusivement masculin. En témoignent ces mots du docteur Henri Montanier, qui écrit en 1868 dans la Gazette des hôpitaux que "pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l'endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes (...) Lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme ? Un être qui ne serait plus ni une jeune fille ni une femme ni une épouse ni une mère !"

La féminisation du métier de médecin : un long chemin parcouru

Le concours de l'externat de médecine sera autorisé aux femmes à partir de 1882, et Blanche Edwards-Pilliet sera la première à en bénéficier. Elles seront alors admises à l'externat, à condition qu'elles ne se prévalent en aucun cas de leur titre d'élèves externes pour concourir à l'internat. Une interdiction levée en 1886 par arrêté préfectoral, qui autorise les externes femmes remplissant les conditions déterminées par le règlement sur le service de santé à prendre part au concours de l'internat, dans des circonstances similaires aux hommes. Marthe Francillon-Lobre sera la première à réussir cet examen en 1900. En 1919, Yvonne Pouzin devient la première femme praticien hospitalier en France, spécialisée en pneumologie et plus précisément dans la tuberculose.

Aujourd'hui, la France vit une véritable féminisation du métier. Sans surprise, elles sont majoritaires en gynécologie et pédiatrie.  Elles restent cependant minoritaires au sein des spécialités chirurgicales, mais représentent plus de la moitié des médecins en génétique, endocrinologie, hématologie, gériatrie et dermatologie, selon un rapport du gouvernement concernant les effectifs médicaux en 2015. Concernant les métiers du corps para-médical, elles représentaient, en 2004, 99% des sages-femmes et 85% des infirmiers, mais aussi une écrasante majorité des orthophonistes, aides-soignantes ou encore des psychomotriciens.

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Madeleine Brès : médecin impliquée auprès des femmes

La carrière professionnelle de Madeleine Brès sera toujours consacrée aux femmes et à leurs enfants. Elle ouvre un cabinet spécialisé dans la gynécologie et la pédiatrie à Paris, qui accueillera pendant près de 40 ans de jeunes mères, ouvrières ou précaires, à qui il faut apprendre les soins pour les nourrissons, l'hygiène des jeunes enfants. Madeleine Brès participera à de nombreuses conférences et formations dans les écoles, les crèches et les garderies de la capitale, missionnée par le préfet de la Seine. En 1883, elle va diriger une revue médicale intitulée "L'hygiène de la femme et de l'enfant". Elle publiera également plusieurs ouvrages sur l'allaitement, faisant évoluer les consignes d'hygiène pour les enfants et leurs mères.

En 1885, elle va créer la première crèche dans le quartier des Batignolles, avec des soins gratuits pour les enfants jusqu'à 3 ans. Elle y investira son propre argent. En 1891, elle est missionnée par le ministère de l'Intérieur pour étudier le fonctionnement des crèches et des asiles en Suisse. Veuve, et ayant la charge de trois enfants, elle s'épuise néanmoins humainement et financièrement dans sa cause. Madeleine Brès meurt à Montrouge le 30 novembre 1921. Plusieurs rues portent son nom :  dans le 13e arrondissement de Paris, à Lille, à Poitiers... Des écoles et établissements hospitaliers ont aussi été nommés d'après le nom de Madeleine Brès.

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