Affaire Jubillar : Cédric Jubillar va rester en prison, son fils bientôt entendu

"Affaire Jubillar : Cédric Jubillar va rester en prison, son fils bientôt entendu"

Affaire Jubillar : Cédric Jubillar va rester en prison, son fils bientôt entendu JUBILLAR. La nouvelle demande de remise en liberté de Cédric Jubillar a, de nouveau, été refusée par la justice. Fin novembre, c'est son fils aîné Louis qui sera réentendu par les juges d'instruction. En attendant, le père de famille reste en prison et l'enquête se poursuit.

[Mis à jour le 23 novembre 2021, à 13h01] La nouvelle demande de remise en liberté de Cédric Jubillar a été rejetée, ce 22 novembre. Le peintre plaquiste devra donc attendre à la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne) son prochain rendez-vous avec la justice, fixé au 4 décembre : il y sera interrogé par les juges d'instructions toulousaines sur les faits de la nuit de la disparition de son épouse. La chambre de l'instruction a justifié sa décision par deux arguments : d'une part, les recherches du corps qui se poursuivent et de l'autre, les auditions à venir de Louis Jubillar, 7 ans, qui auront lieu fin novembre, ainsi que le nouvel interrogatoire de Cédric Jubillar par les juges d'instruction début décembre.

Son audience du 16 novembre dernier lui avait permis de plaider avec ses avocats pour sa remise en liberté. Les avocats avaient affiché leur colère à la sortie de cette audience. Pour eux, leur client n'y avait pas "été entendu sur le fond du dossier". Ces derniers regrettaient encore qu'il faille attendre le mois de décembre : "Cet homme a besoin de s'exprimer, il a crié son innocence". A l'ouverture de cette audience, Cédric Jubillar avait glissé à la presse : "Je n'ai jamais fait de mal à Delphine", juste avant que cette dernière ne s'éclipse de la salle, un huis clos ayant été imposé. Il avait immédiatement été rabroué par la présidente : "Vous n'êtes pas là pour donner des interviews à la presse", s'était-elle exclamée. Interjection aussitôt suivie d'une "Mais il n'a jamais eu l'occasion de s'exprimer !", scandé par Me Alexandre Martin, l'un des conseils de Cédric Jubillar.

Le fils aîné du couple, Louis Jubillar, 7 ans, sera très prochainement de nouveau auditionné par les juges d'instructions : les magistrates chercheront à savoir si sa version des faits de la nuit de la disparition de sa mère a changé. C'est l'une des dernières personnes à avoir vu Delphine Jubillar en vie : le soir de sa disparition, il avait regardé "La France a un incroyable talent" (M6) aux côtés de sa maman, avant de partir faire un câlin à son père dans la chambre parentale, vers 22h30. Il avait rejoint sa propre chambre aux alentours de 23 heures, avant d'entendre ses parents se disputer : lors de ses précédentes auditions, le jeune garçon avait précisé avoir entendu "des gros mots" et cette phrase : "Puisque c'est comme ça, alors on va se séparer". L'enfant, âgé de 7 ans aujourd'hui, n'avait alors pas su dire si elle avait été prononcée par son père ou par sa mère.

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Cédric Jubillar coupable ? Il clame son innocence devant les juges

Cédric Jubillar a été entendu une première fois le 15 octobre dernier, devant les deux juges d'instruction toulousaines en charge de l'affaire. L'interrogatoire ne portait pas sur les faits de la nuit de la disparition de Delphine Jubillar, mais sur "les relations que Cédric entretenait avec son épouse depuis l'été 2020 jusqu'à sa disparition, dans le contexte d'une séparation qui se dessinait", avaient précisé ses avocats à la sortie du tribunal de Toulouse. Ils ont également indiqué que leur client n'avait pas changé de ligne de défense et qu'il clamait toujours son innocence. Aucun nouvel élément n'est apparu lors de cette audition, et un second entretien avec les magistrates est prévue en décembre.

Lundi 15 novembre, à l'occasion du 34ème anniversaire de l'infirmière tarnaise disparue, Le Parisien avait révélé le contenu de la première audition du 15 octobre de Cédric Jubillar, mis en examen pour meurtre sur conjoint en juin dernier. Lors de sa convocation au tribunal de Toulouse le vendredi 15 octobre dernier, à 9h30, le mari de Delphine Jubillar a maintenu sa ligne de défense pendant les quatre heures où il a fait face aux juges d'instruction. Ouvrant son propos en martelant : "Je conteste toujours. Je suis innocent, je n'ai rien à voir avec la disparition de ma femme, je vous l'ai toujours dit", le peintre plaquiste a également dénoncé les conditions dans lequel il est détenu. Avant de se défendre sur les violences verbales qu'il faisait subir à son épouse et de détailler sa vision du contexte de leur séparation.

Si l'audition a débuté sur la dénonciation virulente des conditions de l'emprisonnement de l'accusé, le débat a très rapidement été recentré sur la perception que Cédric Jubillar avait de son couple. Avec, en premier sujet, la question des insultes et violences verbales, qu'il semblait régulièrement professer à l'encontre de son épouse. Vaste malentendu, pour le père de famille. "Je sais pas, peut-être que l'humour que moi je possède n'est pas le leur, du coup ils le prenaient pour du rabaissement. Je n'ai jamais réussi à m'entendre avec ces gens-là, j'ai toujours été en conflit avec ces personnes", indique-t-il aux magistrates, se référant aux amies de sa compagne. Relancé par ses interrogatrices, il contre-attaque sur la question culturelle : "Quand moi je dis les choses, je ne tourne pas autour du pot […]. Je n'ai pas un langage soutenu comme certains gens ou comme vous, très haut placées et qui ont des termes polis. Moi, j'ai des termes plus désagréables et plus méchants." Pour ce qui est des menaces de morts professées à l'encontre de sa femme, il a également une réponse toute prête : "J'étais en colère, c'était des mots jetés en l'air" se défend le suspect. Et d'ajouter : "Ouais, j'en avais marre, j'étais en train de lutter sur tous les fronts, les enfants, le ménage, la nourriture, l'extérieur, j'étais tout seul à tout faire, donc quand j'ai dit ça, j'étais en colère, j'étais en train de me défouler. Comme je vous ai dit, c'est moi le con."

Quid des violences rapportées par Louis, le fils aîné du couple Jubillar ? Coups de pieds aux fesses, fessées, gifles en public, tirages d'oreilles... autant de marques d'admonestation que Cédric Jubillar infligeait à son fils aîné. Sur cette question, le peintre plaquiste reprend les juges : "C'est pourtant pas un enfant maltraité, rétorque Cédric Jubillar. Il n'est jamais arrivé à l'école avec des bleus ni avec des coquards ou quoi que ce soit (…). C'est sûr que oui, je gueule, c'est un moyen de faire peur, j'essayais de faire peur à mon enfant. Pour éviter qu'il ne refasse la même bêtise". Et se justifie : J'étais le seul à m'occuper de l'éducation de Louis, parce que Delphine ne faisait rien, elle ne faisait que le laisser devant la télé ".

Argent, drogue... La version de Cédric Jubillar

Le sujet de la consommation de cannabis du peintre plaquiste a également été abordé par les juges d'instruction toulousaines, mais rapidement balayé par Cédric Jubillar. Pour lui, le malaise dans le couple ne provenait pas tant de sa consommation de cannabis, qu'il estimait à une dizaine de joints par jour et dont le budget mensuel s'élevait à environ 400 euros - soit un quart de son salaire -, que de la précarité de son statut d'ouvrier intermédiaire. Il a expliqué aux juges : "Elle m'en voulait parce que ça ne me faisait pas avoir un revenu fixe comme elle avait. Pour elle, ce qui était le plus important, c'était que j'ai de l'argent qui rentre à période fixe. Ça la gênait que je sois obligé de ponctionner sur le compte des petits ou sur son compte à elle…". " Ça m'arrive de lui prendre encore sa carte, oui de temps en temps à son insu, ça l'embêtait un peu, elle m'engueulait comme d'habitude et puis après ça passait", explique-t-il encore. Et d'ajouter : "Quand je remboursais, je donnais 20 ou 30 euros de plus, j'étais pas le méchant, j'étais l'homme bien au final, mais ça, elle le disait pas".

Enfin, le vif du sujet a été abordé : le contexte de séparation du couple. Qu'est-ce qui a poussé à la procédure de divorce, pour Cédric Jubillar ? "J'ai pas de CDI, l'argent ne rentre pas au bon moment, j'ai pas de voiture fixe, j'ai pas de permis, je ne sais pas parler et je fais que crier, énumère-t-il. J'essaye de la reconquérir, de redevenir le mari idéal, mais ça donne rien […]. Quand je vois que ça sert à rien, j'abandonne, je laisse tomber […] Je sais que c'est fini. Je l'ai accepté à partir de mi-septembre. En octobre, je m'inscris sur Meetic." Il se dit "très déçu. Très très abattu de tout ce qu'on avait pu construire ensemble et que ça vole en éclat en un claquement de doigts. Ça reste la mère de mes enfants, elle aura toujours une place dans mon cœur". 

Quid de la découverte de l'amant de Delphine Jubillar ? Le père de famille admet "l'existence d'un amant", mais ajoute : "Je m'en moque un peu". "Je suis le seul et unique homme dans sa vie et je suis le premier, donc je me dis que si elle peut aller voir ailleurs et qu'elle me revienne en voyant que c'est nul, tant mieux". L'homme a cependant tenté de géolocaliser sa femme et a surveillé ses paiements. Ces actions ont aussi une explication pour le suspect n°1 dans la disparition de l'infirmière tarnaise : "Si jamais elle veut m'embêter par rapport au fait que je suis un fumeur et qu'elle veuille que la garde ne soit plus alternée mais exclusive pour elle, que j'aie aussi des billes de mon côté, que je puisse lui dire : 'Attends, t'as un amant et je te fais pas chier', qu'on reste à l'amiable…" Bémol dans cette argumentation ? Rien ne laissait présager que Delphine Jubillar allait réclamer la garde exclusive. Le trentenaire a également proposé aux juges son analyse de la vie extra-conjugale de son épouse : "Pour moi, elle a plusieurs amants. C'est quelqu'un qui s'amuse et qui est en train de se chercher", affirme-t-il devant les magistrates. Encore une fois, rien ne corrobore ses propos.

Cédric Jubillar veut sortir de prison

L'audition s'est achevée sur un "Je suis un innocent mis en prison, tout ça parce qu'au départ on vous a manipulées", lancé par le peintre plaquiste. Pourtant, la chambre de l'instruction a refusé cette énième demande de remise en liberté. Le 3 décembre prochain, Cédric Jubillar sera interrogé sur les détails de la nuit de la disparition de son épouse. Mardi 16 novembre, ses avocats ont plaidé sa remise en liberté, une nouvelle fois. Les avocats du peintre plaquiste ont déjà prévu de faire appel si la justice rejetait cette quatrième demande de remise en liberté. Les chances que la remise en liberté de Cédric Jubillar lui soit accordée étaient faibles. En l'absence de nouvel élément venant modifier le dossier, il était peu probable que les juges changent d'avis et acceptent la demande de remise en liberté du trentenaire, dont les versions changeantes des faits et dont le manque d'explications claires et suffisantes n'ont pas suffi à convaincre les juges lors de l'audition du 15 octobre. Pour leur part, les avocats du père de famille continuent de blâmer le traitement de l'enquête par les juges d'instructions en charge de l'affaire : dénonçant une quasi "erreur judiciaire", ils avancent que les délais entre l'incarcération de leur client et sa première audition, et entre la première et la seconde audition, sont inadmissibles, au même titre que la mise à l'isolement dont il fait l'objet. Ils affirment également que les médias sont instrumentalisés par la justice, afin que l'opinion publique croit Cédric Jubillar coupable. Ils pointent du doigt, enfin, l'absence d'exploration des autres pistes de l'enquête.

L'enquête s'accélère, à deux semaines de la seconde audition de Cédric Jubillar

Pour rappel, l'enquête s'est accélérée ces dernières semaines. La couette avec laquelle Delphine Jubillar dormait habituellement sur le canapé du salon a enfin été envoyée pour être analysée, après plusieurs mois sous scellés. Pour rappel, les dernières expertises réalisées sur l'eau de la machine à laver des Jubillar, prélevée le 17 décembre 2020, n'avaient révélé aucune trace de sang ni d'urine. Le siphon de la salle de bain ne comportait, lui non plus, aucune trace suspecte. D'autres nouveaux éléments de l'enquête, révélés par Le Point, ont fait émerger l'hypothèse selon laquelle Delphine Jubillar ne serait jamais sortie de chez elle le soir de sa disparition, alors que son mari avait déclaré, dans une première version, qu'elle ne s'était pas couchée à la même heure que lui et qu'elle s'était absentée pour sortir leurs chiens. L'un des chiens de la gendarmerie, un Saint-Hubert au flair réputé, n'aurait ainsi jamais retrouvé sa piste en dehors de son domicile.

Pourquoi Cédric Jubillar est-il soupçonné ?

Incarcéré à la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne) depuis le 18 juin 2021, Cédric Jubillar s'est vu refuser à ce jour plusieurs demandes de remise en liberté. Il continue de nier quelconque implication dans la disparition de son épouse, mais reste le suspect n°1 aux yeux des enquêteurs.

Des témoignages qui pointent du doigts Cédric Jubillar

Englué avec son épouse dans une procédure de divorce, Cédric Jubillar avait été la cible de plusieurs témoignages le calomniant dès le début de l’enquête. "Plusieurs fois, on l'a entendu dire à sa mère : 'Oui je vais la tuer, je vais l'enterrer, personne va la retrouver. Elle veut me quitter, elle veut demander le divorce'. Déjà il savait qu'il allait tout perdre", avait confié anonymement un proche du peintre plaquiste à France Bleu Occitanie. Un autre intime de Delphine et Cédric Jubillar avait également témoigné auprès de BFMTV, faisant état d'"un couple qui avait beaucoup de tensions ces derniers temps", et précisant que Cédric "avait tendance à dire des choses mal sur Delphine, à la rabaisser". Et d'ajouter : "Je ne peux pas dire qu'il est coupable, mais j'ai mes doutes". Un autre membre de la famille proche de l'infirmière, dont les propos étaient recueillis par BFMTV, enfonçait le clou : selon lui, Cédric Jubillar "rabaissait Delphine, et rabaissait en même temps un peu tout le monde." Ce témoin privilégié de l'intimité de l'ancien couple ajoutait que "pour nous, on s'est toujours dit que...pas que c'était lui, mais qu'il pouvait y avoir quelque chose." Enfin, à l’occasion du premier interrogatoire de Cédric Jubillar, BFMTV diffusait son documentaire "Jubillar : pour le meilleur et pour le pire", qui rassemble des témoignages de proches et voisins du couple qui, pour certains, accablent Cédric Jubillar. Décrit par Ronan Falgoas, journaliste au Parisien ayant rencontré le père de famille à plusieurs reprises, comme un homme avide de la célébrité que cette affaire lui a apporté, il est également dépeint comme un provocateur, qui n'hésite pas à clamer "évidemment que je l'ai tuée" quand on lui demande s'il a un lien avec la disparition de sa femme.

D’autres éléments dépeignent un Cédric Jubillar agressif. Ainsi, Jean-Alphonse Richard, journaliste de l'émission "L'heure du crime", sur RTL, avait affirmé que Cédric Jubillar avait été "très difficile à appréhender" pour les gendarmes pendant sa garde à vue. Par ailleurs, une lettre qu’il aurait envoyée à une approche fait état de ses rapports conflictuels avec ses gardiens de prison au début de sa mise à l’isolement : il les y traite de "fiottes" et imagine qu’ils se font "violer par leurs femmes" pour avoir envie de lui imposer leur autorité de la manière dont ils le font. Son comportement à la maison d’arrêt de Seysses a également été rapporté par les enquêteurs : fraichement arrivé sur place, il a, à plusieurs reprises, dévissé l’ampoule qui éclaire sa cellule, dérangé dans son sommeil par l’allumage de cette dernière chaque heure de la nuit. Cette procédure, que l’homme assimilait à de la torture psychologique, est en réalité une procédure de prévention du suicide des prisonniers considérés comme fragiles, catégorie dans laquelle Cédric Jubillar se range.

De nombreuses disputes entre Delphine et Cédric Jubillar

<>Outre la nette différence de revenus entre les deux membres du couple, le dossier avait révélé, au fil des mois, plusieurs faits troublants : Delphine Jubillar avait notamment, peu avant sa disparition, demandé à changer son code de carte bancaire et elle avait rendez-vous, le 18 décembre 2020, à son agence pour faire fermer le compte qu'ils partageaient, selon les éléments dont disposeraient les enquêteurs. L'infirmière aurait également accusé son mari de puiser dans les livrets A de leurs enfants, Louis et Elyah, pour acheter de la résine de cannabis.

Une procédure de divorce placée sous le sceau de nombreuses disputes

Par ailleurs, alors que Cédric affirmait devant les gendarmes que la procédure de divorce se déroulait dans l'apaisement, les enquêteurs avaient découvert que le couple aurait connu de nombreuses disputes dans les derniers mois avant la disparition. Plusieurs messages retrouvés sur les téléphones de Delphine et Cédric Jubillar et plusieurs témoins auraient fait état d'une crise que traversait le couple. Par ailleurs, Delphine Jubillar aurait eu une relation extra-conjugale avec un homme marié résidant à Montauban : il semblerait qu’elle souhaitait s’engager sérieusement dans cette relation. Selon Le Parisien, enfin, "les gendarmes ont acquis la conviction qu'une dispute a éclaté entre Cédric et Delphine la nuit du drame après une discussion houleuse au sujet de l'avenir de leur couple". Les cris de femme entendus en pleine nuit par une voisine des Jubillar, Mme Emmanuelle Franck, et sa fille, assimilés par les deux femmes à une dispute du couple, semblent également accabler Cédric Jubillar.

Des éléments troublants sur la nuit de la disparition

Au début du mois d'octobre 2021, l'hebdomadaire Le Point révélait que Delphine Jubillar aurait pu ne jamais avoir quitté son domicile le soir de sa disparition, contrairement aux affirmations de son mari. Le Saint-Hubert de la gendarmerie, réputé pour son flair, n'aurait en effet retrouvé aucune piste de sortie de la jeune femme depuis sa maison. Cédric Jubillar avait pourtant assuré que, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, son épouse était sortie promener leurs deux chiens, comme à son habitude. Cette version était déjà contestée par plusieurs témoignages, qui affirmaient que la jeune femme ne sortait jamais ses chiens de jour, donc qu’il n’y avait aucune chance qu’elle les sorte de nuit. Le père de famille avait, par ailleurs, tenu des propos contradictoires devant les enquêteurs plus tard sur cette question : en juin 2021, toujours selon l'hebdomadaire, il aurait affirmé avoir lui-même promené les chiens le soir de la disparition de son épouse, alors que cette dernière regardait une émission télévisée avec leur fils aîné, Louis. Il aurait alors, selon ses dires, pensé qu'elle était ressortie promener les chiens ne la trouvant pas à son réveil, plus tard dans la nuit. Reste que l'enquête aurait établi que Delphine Jubillar s'était mise en tenue de nuit avant de disparaître, ce qui laisse penser qu'elle s'apprêtait à aller se coucher plutôt qu'à sortir ce soir-là. Les chiens, quant à eux, n'auraient jamais quitté le domicile familial, contrairement à ce qu'avance Cédric Jubillar...

Les gendarmes ont également pu s'interroger sur plusieurs éléments avancés par Cédric Jubillar au sujet de la nuit de la disparition de son épouse. L'analyse du téléphone du peintre plaquiste a fait apparaitre, par exemple, des dissonances avec le discours qu’il tient sur son activité la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Ainsi, son portable aurait cessé toute activité à 22h08, pour être rallumé à 3h53 pour se connecter sur un site de rencontres. Une minute plus tard, à 3h54, le téléphone aurait été utilisé pour contacter Delphine par tous les moyens : Cédric aurait effectivement tenté de joindre son épouse 189 fois en attendant l'arrivée des gendarmes, qu'il avait contacté après avoir demandé à des amies de Delphine si cette dernière se trouvait chez elles. Les gendarmes arriveront au domicile Jubillar dès 4h50. Dernier détail dans l'amoncellement d'éléments à charge dans ce dossier : à 7h12 du matin, alors que les gendarmes sont toujours présents chez lui et effectuent des constations dans la maison, Cédric Jubillar se serait connecté à un jeu vidéo Game of Thrones – un comportement jugé peu compatible avec l'état d'un mari inquiet, selon les enquêteurs.

Selon l'accusation, il est possible que Cédric Jubillar ait utilisé la Peugeot 207 bleue de Delphine dans la nuit du 15 au 16 décembre pour transporter le corps de son épouse, avant de rentrer chez lui. Pour cela, il aurait pu disposer d'une fenêtre de quatre à cinq heures, entre 23 heures et 4 heures du matin environ. Le père de famille aurait alors pu parcourir plusieurs dizaines de kilomètres. Bien que la nuit en question corresponde au début d'un couvre-feu en vigueur de 20 heures à 6 heures du matin – qui augmentait fortement le risque d'être contrôlé, ou d'apparaître sur le champ de caméras de vidéosurveillance –, deux témoignages laissent à penser que la Peugeot 207 de Delphine Jubillar aurait changé de sens de stationnement dans la nuit, donc qu’elle aurait été déplacée. Ce scénario semble être corroboré par le fait que les gendarmes appelés le soir de la disparition de Delphine Jubillar aient retrouvé de la condensation dans l'habitacle de la voiture, selon Le Point.

Que sait-on de la disparition de Delphine Jubillar ?

La disparition de Delphine Jubillar a eu lieu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Cette infirmière de 33 ans se trouvait à son domicile avant de s'évaporer. Toutes les affaires de la jeune femme, hormis une doudoune blanche et son téléphone portable, ont été retrouvées dans la maison. La seule version des faits est venue de son mari, qui prétend que sa femme a disparu alors qu'il était endormi, parti se coucher seul à 22 heures 30, laissant sa compagne devant la télévision.

Le trentenaire a expliqué aux gendarmes qu'il avait été réveillé aux alentours de 4 heures du matin le 16 décembre par les pleurs de la petite fille du couple, âgée de seulement quelques mois, et avait réalisé à ce moment-là que Delphine avait quitté leur domicile de Cagnac-les-Mimes (Tarn). Il a alors décidé de contacter la gendarmerie pour signaler la disparition de son épouse. Cédric Jubillar a également affirmé qu'il pensait que sa femme était partie promener les chiens, ayant retrouvé ces derniers à l'extérieur de leur domicile. Les gendarmes ont tout de suite pris très au sérieux ce signalement et se mobiliseront par centaines pour retrouver la trace de la trentenaire. Le 23 décembre, une information judiciaire a été ouverte pour "arrestation, enlèvement, détention ou séquestration arbitraire".

Les enquêteurs se sont rapidement penchés sur le bornage de son téléphone portable, qu'elle semblait vraisemblablement avoir emporté avec elle le soir du drame. Ce téléphone, également disparu, a borné une dernière fois à deux kilomètres de chez elle, quelques heures après la disparition de l'infirmière. S'étant éteint pour la dernière fois à 7h48 le 16 décembre, il avait été réactivé plusieurs fois dans la nuit – sans que les enquêteurs soient capables de déterminer si c'était Delphine elle-même qui l'avait utilisé, ou quelqu'un d'autre. A 22h58, Delphine aurait, selon les éléments de l'enquête, envoyé un message à son amant. Plus tard, c'est son frère qui l'aurait contactée sur WhatsApp, dans un message relatif aux cadeaux de Noël : le message sera lu à 00h11. Enfin, la caméra du téléphone aurait été réactivée à 1h33 du matin, toujours dans la zone dans laquelle le téléphone avait borné.

C'est donc dans cette zone que les espoirs de retrouver l'infirmière se sont d'abord concentrés. Les gendarmes de la Section de recherche ont sondé lacs, rivières et cavités, mené des battues dans les champs et les bois autour du village de Cagnac-les-Mimes, une ancienne cité minière de 3000 habitants, où la jeune femme habitait, avec son mari et ses deux garçons, Louis et Elyah. Le domicile a lui aussi été plusieurs fois perquisitionné. De nombreuses battues seront également organisées hebdomadairement par les amies et voisines de l’infirmière tarnaise. En vain.

"L'ouverture [de cette] information [judiciaire] a donné lieu à plus de 2 500 actes et procès-verbaux en six mois et a mobilisé des moyens matériels considérables", avait résumé le procureur du Tarn le 18 juin 2021. Il avait ajouté : "C'est une disparition inquiétante, qui ne saurait être considérée comme volontaire. L'hypothèse d'un accident a été évacuée […] La notion de suicide ou de départ volontaire est en contradiction totale avec tous les éléments du dossier. Delphine Jubillar était une mère de famille, une infirmière qui adorait son métier. Elle avait des amis et des enfants. Elle n'avait strictement aucune raison de disparaître." De plus, "elle avait pour projet, dans les semaines qui suivaient, de quitter le domicile et de s'installer avec un autre homme, rencontré l'été précédent". Concernant Cédric Jubillar, le procureur avait précisé : "Contrairement à ce qui a été dit, le contexte de séparation du couple était très conflictuel […] Cédric Jubillar avait une très grande difficulté à accepter cette séparation. Il pouvait se montrer brutal et grossier. Il avait organisé une véritable surveillance de son épouse, essayant même de la géolocaliser. Il était très intrusif." Entre l'appel de Cédric à la gendarmerie et aujourd'hui, la version des faits initiales du père de famille a largement été remise en cause.

De récentes fouilles pour retrouver le corps de Delphine Jubillar

Cette énième demande de remise en liberté des avocats de Cédric Jubillar survient dans un contexte de réflexion des gendarmes sur les potentielles fouilles à réaliser. Effectivement, La Dépêche du Midi a récemment recensé les nombreux lieux toujours inexplorés où pourrait avoir été dissimulé le corps de Delphine Jubillar. Dans le cadre de la seconde audition de son époux Cédric, qui doit avoir lieu début décembre, ces endroits pourraient être fouillés très prochainement. Certains lieux très précis pourraient très bientôt être inspectés, indique le quotidien, comme le puits de la Grillatié, situé entre Carmaux et Blaye-les-Mines et la déchetterie de Trifyl, ainsi que les stations d'épuration - comme celle de La Maurélié (Cagnac-les-Mines), des Glands (à proximité de Garric) ou encore celle située entre Carrefoul et Taïx. Les chantiers sur lesquels a travaillé l'époux de Delphine Jubillar intéressent également les gendarmes. Dans le même esprit, les déchetteries sauvages liées au monde du BTP, qui sont légion dans les bois de la région. Enfin, les points d'eau, peu importe leur taille, retiennent toujours l'attention des gendarmes, du ruisseau la Combe Longue à celui la Combe del Poux, en passant par la réserve d'eau de Fonroque et les lavoirs Laboulbène et Sainte-Marthe, à Labastide-Gabausse.

Pour rappel, de nombreux lieux ont déjà été passés au peigne fin par les enquêteurs, du lac de la Roucarié au bois de Saint-Quintin, en passant par l'ancien lavoir à charbon sur le site de "La Tronquié", le site de Cap Découverte, le lac de Cagnac et, bien évidemment, le domicile des Jubillar à Cagnac-les-Mines. Ainsi, la première audition de Cédric Jubillar survenait également dans un contexte d'accélération des fouilles pour retrouver l'infirmière du Tarn. Ce sont sur les souterrains de Cagnac-les-Mimes, commune d'habitation du couple, que ces recherches se sont portées, sans succès. Les particularités topographiques de la région avaient effectivement provoqué, mercredi 6 octobre, le déplacement d'une unité de gendarmes spéléologues pour fouiller les cavités souterraines. L'équipe spécialisée avait notamment investigué l'ancien lavoir à charbon de Blaye-les-Mines, situé à seulement 7 kilomètres du domicile des Jubillar. La zone, difficile d'accès, aurait été l'endroit idéal pour dissimuler un corps ou des indices. Des fouilles discrètes avaient également déjà été faites il y a plusieurs semaines, dans un puits inscrit dans le cadastre de Cagnac-les-Mines. En vain. "C'est un travail de fourmi", avait alors affirmé François Daoust, ancien directeur de l'IRCGN (l'institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale), du pôle judiciaire de la gendarmerie et professeur de sciences criminelles à l'université de Cergy Pontoise. "On peut largement faire disparaître quelqu'un et ne pas le retrouver tout de suite", avait-t-il ajouté.

"Le sol et le sous-sol de cette commune constituent un vaste gruyère, c'est une zone particulièrement difficile pour rechercher un corps", avait précisé au Parisien un "connaisseur". En janvier, la mairie de Cagnac-les-Mines avait déjà recensé tous les puits de l'espace public et ceux présents sur les terrains privés, les cavités de la commune s'étant révélées être une véritable fourmilière. Dans un reportage paru dimanche 3 octobre, La Dépêche du Midi expliquait que "le passé minier et la topographie vallonnée de la commune, avec plusieurs bois et des friches impénétrables, rend[ai]ent les opérations particulièrement difficiles", ce qui justifiait le déploiement de tels moyens dans les fouilles souterraines. Ces recherches récentes n’ont cependant rien donné.

Les enquêteurs ont également repris début septembre, toujours selon Le Parisien, une série d'auditions auprès de connaissances du mari de l'infirmière. Les interrogations des proches de Cédric Jubillar, déjà questionnés au début de l'affaire sur le parcours et la personnalité de l'homme, semblent désormais se centrer sur l'identification d'un lieu qu'il aurait pu repérer pour dissimuler le corps de son épouse.

Les autres pistes de l'enquête toujours inexplorées

Au cours d’un entretien avec Midi Libre, Me Jean-Baptiste Alary, avocat de Cédric Jubillar, a développé, les pistes toujours inexplorées dans la disparition de Delphine Jubillar. Selon lui, en choisissant de désigner Cédric Jubillar comme unique suspect dans la disparition de son épouse, l'enquête passe à côté d'éléments importants qui auraient pu aider à retrouver le corps de l'infirmière tarnaise. Ainsi, il martèle à plusieurs reprises que "les autres pistes n'ont jamais véritablement été exploitées. Ce n'est pas 10 mois après qu'ils vont le faire. Maintenant c'est trop tard !" et qu'"on s'est contentés, je grossis le trait, de voir si leur téléphone bornait à Cagnac-les-Mines cette nuit-là. On a décrété que si leur téléphone ne bornait pas c'est qu'il n'y était pas. Ce n'est pas sérieux."

En choisissant par exemple de placer sous scellés la couette retrouvée dans le lave-linge des Jubillar pendant près de huit mois – les analyses de l'eau prélevée dans le siphon ont été révélées il y a quelques jours, sans dessiner le contour d'un quelconque indice, et la couette est en train d’être analysée –, les juges d'instruction et les enquêteurs ont fait une erreur pour le conseil : "Ce dossier a été mal géré dès le départ. Un exemple symptomatique : la couette. Elle est placée sous scellés une trentaine d'heures après le signalement de la disparition va mettre 8 mois à partir dans un laboratoire d'analyse. C'est symptomatique. Ça signifie que pendant 8 mois, des juges d'instruction, des enquêteurs - une dizaine à temps plein nous a-t-on dit - et un procureur de la République, dans tout ce petit monde, personne ne s'est dit : 'si on l'examinait ce truc-là'. On vous en fait a posteriori un élément à charge. Est-ce que c'est bien gérer un dossier ? Pour moi, c'est clairement non."

Il ajoute que plusieurs pistes intéressantes n'ont jamais été considérées comme sérieuses par les enquêteurs et par les juges d'instruction, en détaillant lesdites pistes : "La personne qui s'attribue le meurtre par SMS, on n'a rien cherché [un homme aurait écrit à son ex-compagne peu après la disparition de Delphine Jubillar, lui avouant être l’auteur du meurtre, ndlr]. Ce personnage qui la draguait, on n’a pas cherché. Le rôdeur, on n’a pas cherché. Ce véhicule resté pendant trois quarts d'heure au bord de la route et qui a été vu par deux témoins, on n'a pas cherché. Le chauffeur de taxi qui a aperçu une femme marchant au petit matin avec une doudoune blanche, on n'a pas cherché. Il n'y a que Cédric Jubillar qui les intéresse. Il est dans le viseur depuis le premier jour et il n'y a que ça qui les intéresse."

Les arguments de la défense

Me Jean-Baptiste Alary, dans un entretien accordé à Midi Libre ce mardi 19 octobre, a dénoncé une nouvelle fois le travail de la justice sur l'affaire de la disparition de Delphine Jubillar. L'avocat a notamment pointé du doigt le manque, voire l'absence, d'éléments à charge dans le dossier : "Des éléments à charge, ce n'est pas compliqué, il n'y en a pas ! Il y a des suppositions, des pièces à qui on veut faire dire ce qu'elles ne disent pas. En réalité si on essaie de regarder le dossier de manière objective et pragmatique, il n'y a rien ! Il y a des éléments de contexte, de personnalités c'est tout. Est-ce qu'on a une scène de crime, des traces, de l'ADN ? Non. Il n’y a rien. Il n'y a que des suppositions dans ce dossier", s'est-il indigné. "Il y a un raisonnement à l'envers, où on prétend avoir trouvé la solution de tous les problèmes avant même de les avoir cherchés. C'est un peu comme si votre médecin vous donnait un diagnostic avant d'avoir cherché les symptômes. C'est juste une aberration", a ajouté le conseil de Cédric Jubillar.

Me Alary a également dénoncé les stratégies de pression que son client subit : "Ils ont déjà tout essayé pour le faire craquer, pour le faire avouer, toutes les pressions psychologiques ont déjà été exercées. C'est inopérant car il n'a rien à lâcher, il n'a rien à dire. À partir de ce moment-là vous pouvez exercer sur lui toutes les pressions que vous voulez, s'il n'a rien fait, il n'a rien fait ! C'est tout", a-t-il insisté. Pendant son entretien avec Midi Libre, Me Alary a expliqué avoir effectué cette demande "parce que c'est anormal. Il ne faut pas perdre de vue que l'isolement est une mesure exceptionnelle et temporaire. C'est la cour européenne des droits de l'homme qui l'a décidé ainsi considérant qu'il s’agissait d'un traitement dégradant." Et d'ajouter : "Cédric Jubillar n'est pas une personne à risque. Rares sont ceux, dans des dossiers criminels que j'ai pu traiter, qui sont placés à l'isolement. A fortiori depuis plus de 4 mois. [...] Des clients plus dangereux que lui, qui présentent davantage de risques, j'en connais. Eux, ils ne sont pas à l'isolement". Selon lui, "c'est une mesure qui n'a aucune justification", "mais alors aucune", a-t-il martelé.

Interrogé par France 3 Occitanie jeudi 14 octobre, soit la veille de cette première audition, Me Alary, blâmait déjà le traitement de l'enquête par les juges. "Nous sommes aujourd'hui au seuil d'une erreur judiciaire", avait-t-il affirmé.

Parents, enfants, métier...qui était Delphine Jubillar ?

Delphine Aussaguel (nom de jeune fille) Jubillar était infirmière de nuit à la clinique Claude-Bernard d'Albi. Née en 1987, elle est âgée de 33 ans au moment de sa disparition, la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Dès ses 12 ans, la jeune fille perd son père, mécanicien automobile. Sa mère l'élève seule, elle et ses deux petits frères, dans un HLM situé à Gaillac (Tarn). Dès 2014, Delphine voit l'état de santé de sa mère se dégrader peu à peu : atteinte d'une maladie neurodégénérative, la femme est admise dans un centre spécial, mais décède en 2016, âgée de 60 ans. Un décès qui affectera énormément l’infirmière tarnaise, selon ses proches.

L'ayant rencontré en 2005 à la fête d'anniversaire d'une amie en commun, Delphine avait épousé Cédric Jubillar en 2013, peintre plaquiste autoentrepreneur. Selon des informations rapportées par Le Parisien, c'est Cédric Jubillar qui a entrepris la construction de la maison de famille, située à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Ensembles, le couple a donné naissance à deux enfants : Louis, un garçon de 6 ans au moments des faits, et Elyah, âgée de 18 mois lorsque sa mère a disparu. Il est mentionné dans plusieurs titres de presse que c'est le salaire d'infirmière de Delphine Jubillar qui subvenait aux besoins du couple et du foyer. A l'été 2020, Delphine Jubillar avait fait part de son désir de divorcer de son époux. D'après son avocate, ce divorce paraissait s'effectuer d'un commun accord.