Masques de protection pour le grand public : à quoi vont servir vos futurs masques "barrières" ?

Masques de protection pour le grand public : à quoi vont servir vos futurs masques "barrières" ? MASQUE CORONAVIRUS - Le gouvernement a confirmé ces derniers jours la prochaine arrivée de masques de protection destinés au monde professionnel. Quelles sont les différences avec les masques des soignants, qui sera concerné et à quoi vont-ils ressembler ? Voici les premiers éléments de réponse.

Le débat sur la généralisation du port des masques se poursuit en France en ce début du mois d'avril. Le gouvernement s'est retranché derrière l'avis de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) mais, confronté à de nombreuses critiques sur sa gestion de la crise et sur le stock de masques jugé insuffisant (notamment par le personnel de santé), il a dû tenter d'apporter quelques réponses ces derniers jours.

Très médiatisées, les importantes livraisons de masques chirurgicaux et FFP2 en provenance de Chine, après parfois des batailles féroces sur les prix et quelques coups bas entre pays "amis", doivent permettre de répondre aux inquiétudes du personnel médical. Elles ne suffiront toutefois pas à assurer une bonne sortie de crise et cachent une autre partie : l'arrivée de masques à destination du grand public. Le gouvernement a annoncé le 31 mars dernier par le biais d'une publication sur le site Entreprises.gouv.fr la création de deux nouveaux types de masques non sanitaires. Ils seront donc destinés (dans un premier temps ?) à une utilisation dans un cadre professionnel, hors soignants ou personnels médicaux qui, eux, recevront en priorité les masques chirurgicaux et FFP2.

Le 27 mars dernier, l'Afnor, l'organisme habituellement chargé de coordonner l'élaboration des normes de certification française et de développer ces certifications par le biais de la marque de référence NF, avait annoncé mettre à la disposition des fabricants et du public un document de fabrication "exploitable pour la production en série d'entreprises textiles et de la plasturgie". Le gouvernement a depuis précisé que 85 prototypes avaient été validés en collaboration avec l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). A quoi vont-ils servir, dans quelles conditions faudra-t-il les porter et où les trouvera-t-on ? Voici quelques premiers éléments de réponse.

Masques pour le grand public : à qui sont-ils destinés ?

Deux catégories de masques ont été annoncées par le Premier ministre Edouard Philippe en conférence de presse le 28 mars dernier.

  • La première catégorie de masques grand public pourrait être distribuée aux professionnels et salariés exerçant des métiers en contact avec du public : ce peut être le cas des caissiers de supermarchés dont la situation inquiète depuis plusieurs semaines, mais aussi des forces de l'ordre chargées des contrôles des mesures du confinement ou encore des agents des services publics ouverts comme les bureaux de poste… Le gouvernement donne quelques exemples sur le site Entreprises.gouv.fr et cite "les populations amenées à recevoir du public dans le cadre de leurs activités professionnelles (policiers, gendarmes, hôtesses de caisses, etc.)."
  • Le gouvernement a aussi donné quelques détails sur la deuxième catégorie. "Ce masque pourra être porté par l'ensemble des individus d'un sous-groupe (entreprise, service…) ou en présence d'autres individus porteurs d'un masque d'une autre catégorie, lorsque le poste ou les conditions de travail le nécessitent." Ces masques pourraient donc être délivrés directement dans les entreprises. Les modalités et conditions restent encore floues...

Quelles différences avec les masques des soignants, quel niveau de protection ?

Ces masques ne remplaceront pas les gestes barrières (distanciation sociale, se laver régulièrement les mains, utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter, tousser dans son coude…) mais seront en complément. Ceux à l'usage des professionnels en contact avec le public devront filtrer "90% des particules de 3 microns" quand les masques destinés au reste de la population devront afficher un niveau de filtration de "70% des particules de 3 microns". Les 85 prototypes validés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l'ANSES permettent ce niveau d'efficacité et un "port pendant 4 heures", précise une note d'information reprise par le site Numérama. A titre de comparaison, sachez que les masques chirurgicaux réservés aux soignants filtrent près de 99% de ces mêmes particules quand les masques FFP2 sont les seuls à protéger efficacement (à hauteur de 95% environ selon le ministère de la Santé) des plus petites particules (0,6 microns).

A quoi vont servir ces masques de protection pour le grand public ?

Ces nouveaux masques auront donc pour but de fournir un nombre bien plus important de modèles à destination du grand public et de réduire les risques de pénuries de masques chirurgicaux ou FFP2 pour les soignants. Attention, il convient de rappeler qu'ils ne protégeront pas les porteurs de masques eux-mêmes. En revanche, ces masques grand public pourront permettre d'éviter une propagation du Covid-19 de la part de personnes infectées qui sont parfois asymptomatiques et ne savent donc pas qu'ils peuvent transmettre le virus. En portant un masque grand public, ils réduiront les risques de transmettre et propager le Covid-19 lors de leurs déplacements ou interactions, par exemple dans le milieu professionnel… Quand le temps du déconfinement sera venu.

Quelles sont les recommandations sur le port de ces masques ?

Le "masque barrière" est l'appellation officielle prise par l'Afnor qui précise que ce masque n'est pas destiné à remplacer les masques FFP2 et chirurgicaux des équipes soignantes mais "à compléter les gestes barrières et les règles de distanciation sociale". Ce n'est donc pas un dispositif médical. Voici ce que l'Afnor expliquait fin mars dans le document destiné aux fabricants:

  • Un masque barrière est destiné à une utilisation par des personnes saines ou asymptomatiques.
  • Son port doit être limité à une demi-journée et sert de barrière de protection de la "zone bouche et nez" en empêchant les contacts avec la main ou les projections venues de contacts avec une autre personne.
  • Son port peut être efficace par exemple "pour une personne quittant son domicile pour se rendre sur le lieu d'exercice de l'activité professionnelle" ou pour "effectuer des achats de première nécessité". Seule une "protection limitée contre le risque" est revendiquée par l'Afnor.
  • L'Afnor ajoute au document un guide d'utilisation et de recommandations à destination du grand public. La pose d'un masque de protection doit en effet respecter certains principes pour en assurer l'efficacité.
© Afnor

A quoi vont ressembler ces masques ?

Si l'on suit le document de l'Afnor à destination des fabricants, ce masque barrière doit couvrir du nez au menton en offrant une protection complète de la bouche. Contrairement aux masques professionnels FFP2, il ne comprend pas de soupape inspiratoire ou expiratoire et ne filtre donc pas l'air. Le masque doit par ailleurs être réutilisable. L'Afnor recommande aux fabricants que le "masque barrière résiste à cinq cycles de lavage au minimum", un cycle correspondant à une durée minimale de 30 minutes avec un lavage à 60 degrés minimum. Toutefois, aucune précision sur le caractère lavable et réutilisable du masque n'a depuis été apportée par le gouvernement dans ses communications. Deux types de masques sont proposés à la fabrication, pour un rendu avec une forme "bec de canard" ou '"masque à plis". Parmi les matières recommandées et jugées conformes pour la fabrication industrielle de ces masques, on trouve le coton, le polyester ou encore le polyamide. Le tout est complété par un jeu de brides, soit un élastique ou un lien qui peuvent être cousus ou soudés au masque.

Quand les masques "barrières" arriveront-ils ?

Bonne question ! L'Afnor a désormais mis à disposition gratuitement les informations de fabrication (matières, principes à respecter) mais aussi les patrons afin de lancer une fabrication industrielle de série. "Le masque barrière vise à équiper tout un chacun lors des déplacements et au travail. Il contribuera à la continuité du fonctionnement de notre pays et à la reprise d'activités de toutes les entreprises et organismes au sens large. Dès à présent, tout organisme peut l'utiliser pour passer commande à des fabricants." Le 28 mars dernier, Edouard Philippe a confié lors de sa conférence de presse attendre 500 000 masques dès la première semaine et un million à la mi-avril. Vous pourriez donc les trouver sur le marché rapidement. Peut-être votre employeur en commandera-t-il en vue de préparer la fin du confinement...