Remaniement ministériel : à quelle date ? Qui sera nommé ministre ?

"Remaniement ministériel : à quelle date ? Qui sera nommé ministre ?"

Remaniement ministériel : à quelle date ? Qui sera nommé ministre ? REMANIEMENT. Le gouvernement a annoncé un remaniement début juillet, les délais seront-ils maintenus ? Alors qu'Elisabeth Borne poursuit les consultations avec l'opposition, le doute plane autant sur la date que sur la composition du gouvernement

[Mis à jour le 28 juin 2022 à 16h41] Une nouvelle fois, le temps est pris. Chez Emmanuel Macron, la précipitation semble être prohibée. Car après avoir mis trois semaines à nommer Elisabeth Borne comme Première ministre une fois sa réélection obtenue, le président de la République a refusé la démission de sa cheffe du gouvernement au lendemain des législatives, ne la confortant dans ses fonctions qu'une semaine plus tard et lui laissant une dizaine de jours pour proposer une nouvelle organisation ministérielle. Mais alors que quatre ministres (au moins) doivent être remplacés, que de nouveaux portefeuilles doivent être attribués et qu'un élargissement à d'autres partis politiques est à l'étude, quand le "gouvernement d'action" demandé par le chef de l'Etat sera-t-il nommé ?

C'est toute la question qui occupe nombre d'esprits politiques actuellement. Avant de faire leurs arbitrages, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne consultent. Le président de la République, d'abord, a reçu les principaux chefs de partis après les élections législatives, quand Elisabeth Borne s'entretient ces jours-ci avec les présidents des groupes de députés à l'Assemblée nationale. L'objectif : l'objectif de trouver des accords "avec ou sans participation" au gouvernement... d'ici le 5 juillet. C'est en effet à cette date que la Première ministre s'exprimera devant l'Assemblée nationale, puis le Sénat, sans pour autant, à ce stade, se soumettre à un vote de confiance. Elle prendra "sa décision à l'issue des consultations".

La date de remaniement pourrait donc se préciser dans les prochaines heures car si la Première ministre accepte le vote de confiance, il y a fort à parier qu'elle attendra que le scrutin du 5 juillet soit passé pour déjà savoir si elle reste cheffe du gouvernement et ensuite présenter son équipe ministérielle. En revanche si elle refuse de se soumettre au vote, le remaniement pourrait intervenir ce week-end comme la semaine prochaine, selon l'avancée des négociations avec l'opposition, dont certaines figures pourraient être nommées au sein de l'exécutif, et les discussions avec Emmanuel Macron sur la composition du gouvernement Borne 2. Une composition qui pourrait réserver des surprises car outre le remplacement assuré de quatre ministres, l'élargissement du gouvernement avec l'attribution de portefeuilles laissés sans gestionnaire et l'éventuelle ouverture de l'exécutif à l'opposition présentent beaucoup d'inconnues.

Quelle est la date du remaniement du gouvernement Borne ?

Emmanuel Macron a annoncé à l'AFP un remaniement ministériel "dans les premiers jours du mois de juillet" : Élisabeth Borne est chargée de lui soumettre "des propositions" concernant le "nouveau gouvernement" à son "retour des sommets du G7 et de l'Otan", soit à partir du 30 juin. Le remaniement pourrait donc intervenir ce week-end au plus tôt mais certainement plus en début de semaine prochaine. La soumission ou non de la Première ministre Elisabeth Borne au vote de confiance devant le Parlement le 5 juillet est déterminante pour estimer la date du remaniement mais la cheffe de gouvernement n'a pas encore tranché. Elle a annoncé le 29 juin qu'elle prendra sa décision "à l'issue des consultations avec l'opposition". Surement a-t-elle travaillé à s'assurer le vote de la majorité des députés d'opposition pour s'assurer de rester à la tête du gouvernement.

Qui va être remplacé au gouvernement lors du remaniement ?

Quatre ministres sont certains de quitter leurs fonctions d'ici quelques jours lors du remaniement : les trois membres du gouvernement défaits lors des élections législatives : la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, la secrétaire d'État chargée de la Mer, Justine Bénin, et la ministre de la Transition écologique mais également sixième tête du gouvernement, Amélie de Montchalin. Toutes les trois sont encore au travail mais devront bien démissionner du gouvernement, "c'est la règle" assurait Olivia Grégoire sur Franceinfo le 23 juin. Une ministre a déjà remis sa démission : Yaël Braun-Pivet. Nommée pour gérer le maroquin des Outre-mer il y a un mois, elle s'est envolée pour la présidence de l'Assemblée nationale. Ce sont donc quatre ministres et qui plus est quatre femmes qui quittent l'exécutif, de quoi mettre un sacré coup à la parité jusque là respectée. 

Le remaniement pourrait avoir raison d'autres personnalités nommées au gouvernement le 20 mai, notamment celles visées par des plaintes et des accusations de viol comme le ministre des Solidarités, Damien Abad, et plus récemment la secrétaire d'État chargé du Développement, de la Francophonie et des Partenariats sociaux, Chrysoula Zacharopoulou. Mais aucun des deux ne semble inquiété, le gouvernement ayant exclu leur départ tant que les plaintes n'ont pas donné lieu à des décisions de justice. Bien sûr, c'est toute la composition du gouvernement qui est susceptible de changer surtout s'il faut compter dans les rangs des ministres issus de l'opposition et totalement absent de l'exécutif actuel. Aussi, dans les ministères l'ambiance serait lourde et on s'attendrait au pire selon un proche du gouvernement qui annonce dans l'Opinion que le "remaniement sera sanglant". Une impression confirmée par un conseiller ministériel qui indique pragmatique : "On sait très bien qu'on peut être sacrifié à la faveur d'un accord conclu avec un centre-droit".

Qui est pressenti pour être nommé ministre lors du remaniement ?

Les noms des personnalités ministrables se font rares à l'approche du remaniement annoncé par début juillet. Une discrétion signe de l'hésitation de l'exécutif ou stratégique pour éviter l'embarras en cas de refus des membres de la majorité ou de ceux d'élus de l'opposition ? Difficile aussi d'anticiper les modifications apportées par le remaniement mises à part les quatre démissions connues des ministres de la Transition écologique, de la Santé, de l'Outre-mer et de la secrétaire d'Etat chargée de la Mer. Même l'élargissement du gouvernement n'a pas permis de voir quelques noms de futurs ministres du Logement, du Tourisme ou du Numérique fuiter. Pourtant la possibilité de voir le gouvernement s'ouvrir aux forces de l'opposition décuple le nombre d'élus potentiellement ministrables.

Qui pourrait être le ministre de la Santé ?

Le remplacement de Brigitte Bourguignon à la Santé et le seul point du remaniement pour lequel des pistes sérieuses ont émergé. Des noms déjà évoqués avant le remaniement du 20 mai 2022 figureraient dans les listes des prétendants notamment celui de Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine et médecin anesthésiste-réanimateur de formation. Issu de la droite, l'élu qui est favorable à "un accord un peu à l'allemande" entre LR et LREM est considéré comme Macron-compatible. Les noms de Jean Rottner, président du Grand-Est et ancien urgentiste, et Arnaud Robinet, maire de Reims et biologiste sont aussi avancés pour l'avenue de Ségur. Un autre député également de droite mais membre d'Horizons et donc de la majorité présidentielle est pressenti pour la Santé selon CnewsFrédéric Valletoux, élu dans la 2e circonscription de Seine-et-Marne et président de la Fédération hospitalière de France. Avec un pied dans le monde médical et un autre dans la politique, le député s'inscrirait dans la continuité d'Olivier Véran au ministère de la Santé, à la différence près de l'orientation politique. 

La nomination du médecin et ancien conseiller de l'exécutif, Olivier Véran, à la Santé en 2020 pourrait inspirer le gouvernement pour ce nouveau remaniement. Le médecin urgentiste François Braun, la kinésithérapeute libérale et présidente du Conseil national de l'ordre des kinés Pascale Mathieu et l'anésthésiste-réanimateur Sébastien Mirek pourraient alors être dans la liste des ministrables. Tous les trois sont les référents santé de LREM depuis janvier 2022 et ont été consultés pour construire le programme santé d'Emmanuel Macron lors de la présidentielle.

Qui pourrait devenir ministre de la Transition écologique ?

Le ministère de la Transition écologique est une des pièces maîtresse du remaniement et le gouvernement semble garder le secret ou manquer d'idées sur la nomination du futur ministre de l'Ecologie. Dans une volonté d'ouverture à l'opposition, le portefeuille semble tout indiqué pour LFI qui a défendu en premier le projet d'une planification écologique ou pour EELV qui pense toutes ses mesures selon les enjeux environnementaux et écologiques. Peu de chance toutefois de voir un insoumis ou un écologiste nommé, le gouvernement ayant fermé la porte avec une coalition avec la gauche radicale et rejetant la pensée dogmatique du pôle écologiste. Reste que le poste se prête davantage à la gauche et les socialistes apparaissent comme les seuls en course. L'exécutif pourrait refaire le choix de replacer une technocrate à l'instar d'Amélie de Montchalin au ministère contre l'avis de certains de nommer un gouvernement politique.

Vers un élargissement de l'exécutif ?

Le remaniement apportera son lot de changements au gouvernement mais aussi la nomination de nouveaux ministres pour gérer les portefeuilles encore non attribués. Les ministères du Logement, du Numérique ou encore de la Ruralité sont vacants depuis la nomination du gouvernement Borne 1 et plusieurs secrétaires d'Etat attendent encore d'être nommés. Après le remaniement la liste des ministres, ministres délégués et secrétaires d'Etat pourrait passer d'une petite trentaine à près d'une cinquantaine de noms. Des patronymes qui pourraient venir de différents horizons politiques, "des communistes aux LR" en passant essentiellement par la République en marche et ses alliés. Car si l'exécutif cherche à amadouer les opposants avec des fonctions gouvernementales, les alliés de LREM et en particulier le MoDem et Horizons sont décidés à obtenir leur part et à être présent sur la photo de famille du gouvernement. Le patron du MoDem, François Bayrou ne dispose plus que d'un ministre en la personne de Marc Fesneau nommé à l'Agriculture tandis qu'Edouard Philippe n'a vu aucun philippiste placé à la tête d'un ministère. A noter que même s'ils ratissent plus large à gauche et à droite, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne ne sont pas sûrs de convaincre. Encore ce 28 juin, LR, le PS, le PCF et EELV refusent de prendre part au gouvernement si cela signifie s'allier à Emmanuel Macron. Il n'y a qu'individuellement et qu'à droite que quelque voix dissonantes plaident pour la nomination de certains LR parmi les ministres.

Le Rassemblement national et la France insoumise, exclus du gouvernement

Si Emmanuel Macron et Elisabeth Borne poursuivent les discussions avec LR, le PS, le PCF et EELV pour trouver des accords de gouvernement, le chef de l'Etat a exclu l'hypothèse d'une coalition de gouvernement avec l'extrême droite et la gauche radicale. "Je ne confonds pas les extrêmes mais par leur expression, leur positionnement - j'ai toujours été clair sur ce sujet-, ces formations ne s'inscrivent pas comme des partis de gouvernement", a déclaré Emmanuel Macron à l'AFP le 25 juin à propos du RN et de LFI. Des réactions qui n'ont pas plu aux dits partis même si tous les deux avaient déjà refusé de prendre part à une coalition gouvernementale. Pourtant à l'extrême droite, l'idée d'être nommé ministre fait de l'œil à Robert Ménard. Le maire de Béziers et soutien de Marine Le Pen, bien que non encarté au RN a indiqué sur LCI le 26 juin que si Elisabeth Borne lui demandait, il accepterait d'entrer au gouvernement. "Un certain nombre de chantiers sont importants à mes yeux et sont les échecs des cinq années précédentes", a-t-il ajouté évoquant entre autres l'immigration ou le nombre de place de prison.

Un accord de gouvernement est-il possible avec des partis d'opposition ?

Le remaniement sera l'occasion d'intégrer des personnalités issues d'autres tendances politiques. C'est en tout cas une volonté affichée de l'exécutif, qui n'a pas encore renoncé à trouver un accord de gouvernement avec certains partis. La plupart des partis d'opposition ont fermé la porte à un gouvernement de coalition, suite à l'allocution d'Emmanuel Macron. Seule petite réserve exprimée, du côté de l'écologiste Yannick Jadot, interrogé sur une éventuelle participation d'EELV à un gouvernement de coalition : " Je ne ferme la porte à rien, car le président n'a parlé de rien", a-t-il déclaré à France 24 vendredi 24 juin. Un discours qui n'engage que lui, selon l'insoumise Mathilde Panot, qui assure à la presse que "ce que nous nous sommes dit dans l'inter-groupe n'avait pas du tout la même tonalité que ce que propose M. Jadot aujourd'hui, puisque tout le monde était d'accord pour voter contre la confiance à ce gouvernement". Du côté de la droite aussi, le message de la majorité des élus et de renoncer à une quelconque coalition avec la majorité, le nouveau président du groupe LR à l'Assemblée, Olivier Marleix ayant refusé de servir de "béquille au pouvoir". Pourtant, de rares voix comme celle de Jean-François Copé estiment au contraire que prendre part au gouvernement est nécessaire pour la droite. Quoi qu'il en soit, Elisabeth Borne est chargée cette semaine par Emmanuel Macron de consulter "des communistes au LR", notamment pour évaluer si certains "sont prêts à passer des accords de gouvernement, avec ou sans participation" au gouvernement.

Elisabeth Borne toujours Première ministre après le remaniement ?

"La Première ministre a ma confiance pour mener l'action du gouvernement dans la durée", a déclaré Emmanuel Macron samedi soir à l'AFP. Une manière claire de dire qu'il n'a pas l'intention de remplacer Elisabeth Borne à Matignon dans les semaines à venir. Cette dernière sera donc à la tête du nouveau gouvernement après le remaniement. 

Pourtant, depuis l'échec du camp présidentiel à obtenir une majorité absolue à l'Assemblée aux législatives, la légitimité d'Elisabeth Borne est fortement contestée. C'est pourquoi une partie de l'opposition, en tête de qui la France insoumise, réclame que le gouvernement se soumette à un vote de confiance suite au discours de politique générale prévu le 4 juillet. "Je ne comprends pas comment la Première ministre, quelques jours après les élections législatives, peut envisager d'aller devant l'Assemblée nationale, et leur dire 'finalement, je ne vais même pas vous demander votre avis' ", a déploré le député insoumis Manuel Bompard sur Franceinfo vendredi 24 juin. La France insoumise promet donc le dépôt d'une motion de censure à l'Assemblée nationale le 5 juillet pour tenter de renverser le gouvernement s'il ne se soumet pas à une question de confiance. La possibilité de se soumettre à une question de confiance fera partie des thèmes abordés par Elisabeth Borne dans sa consultation des groupes d'opposition cette semaine. L'exécutif ne semble pas encore avoir tranché.