Recherche d'Estelle Mouzin : où en sont les fouilles dans les Ardennes ?

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Recherche d'Estelle Mouzin : où en sont les fouilles dans les Ardennes ? MOUZIN. Alors que des nouvelles indications de Monique Olivier ont poussé les enquêteurs à relancer les recherches du corps d'Estelle Mouzin, les fouilles ont été suspendues pour une quinzaine de jours.

[Mis à jour le 12 avril 2021 à 14h35] Après quasiment une semaine de recherche dans la forêt, non loin d'Issancourt-et-Rumel, les fouilles pour retrouver le corps d'Estelle Mouzin, fillette disparue depuis 2003, ont été suspendues selon une information de France Info. Afin de faciliter les recherches après les indications de Monique Olivier, un grand déboisement va avoir lieu à partir de mardi et devrait durer une grosse quinzaine de jours. 

Pour rappel, Monique Olivier est passée aux aveux le 1er avril dernier, lors d'une audition surprise avec la juge d'instruction Sabine Kheris. L'ex-femme de "l'ogre des Ardennes" a précisé son rôle dans cette affaire et a donné des indications plus précises sur ou pourrait se trouver le corps d'Estelle Mouzin : elle a bien vu la petite fille, ramenée dans leur maison de Ville-sur-Lumes par Michel Fourniret. "Elle l'a gardée. Puis Michel Fourniret a fait ce qu'il faisait toujours", a indiqué son avocat, Richard Delgenes, c'est-à-dire qu'il l'aurait "étranglée et tuée". "Monique Olivier était bien présente, à bord de la voiture, au moment où Michel Fourniret est venu dans le secteur pour se débarrasser du corps d'Estelle Mouzin", a ajouté l'avocat. La complice du tueur en série aurait attendu dans la voiture, pendant qu'il enterrait son corps, dans la forêt d'Issancourt-et-Rumel. Monique Olivier a pu identifier le périmètre dans lequel pourrait se trouver la dépouille d'Estelle Mouzin. 

Le corps d'Estelle Mouzin pourrait bien être retrouvé très prochainement, après 18 années de mystère et d'enquête. Les investigations s'accélèrent considérablement, suite à de nouveaux aveux de l'ex-femme de Michel Fourniret, Monique Olivier, qui aurait donné "des indications précises sur le lieu où a pu être enseveli le corps d'Estelle Mouzin", selon maître Didier Seban, l'avocat de la famille Mouzin, contacté par l'AFP ce mardi 6 avril 2021. "Elle a dit qu'elle avait vu Estelle vivante. Elle accompagne Michel Fourniret après le meurtre, c'est ce qu'elle indique, c'est pour cela qu'elle donne des indications précises sur le lieu. Le témoignage qui compte, et qui permet que ces recherches reprennent, c'est qu'elle dit qu'elle a vu, qu'elle dit quelle était présente, et qu'elle a accompagné Michel Fourniret au moment où il s'est séparé du corps" explique-t-il également sur BFM TV.

Monique Olivier au centre de l'enquête

Selon les informations de France Info, qui s'appuie aussi sur les dire de maître Seban, les enquêteurs disposent d'éléments nouveaux pour retrouver le corps de l'enfant disparu en 2003. Il indique que sa cliente Monique Olivier "n'était pas en Seine-et-Marne [département où l'enfant a été enlevée] mais était présente au moment où Estelle était dans les Ardennes, vivante. Ce sont des déclarations qu'elle n'avait pas faites jusque-là et que Michel Fourniret n'avait pas faites non plus. C'est la première fois qu'au lieu de dire 'j'ai été au courant', elle dit 'j'étais là' et je crois que c'est un tournant dans l'enquête". Et d'ajouter : "Elle a donné des indications. On va chercher. On espère que cette fois-ci, ça sera la bonne et qu'on trouvera le corps d'Estelle".

En août 2020, Monique Olivier avait déjà fait quelques confessions auprès des enquêteurs. Selon son avocat, Richard Delgenes, l'ancienne compagne de Michel Fourniret avait alors affirmé que ce dernier avait bien enlevé la fillette de 9 ans en 2003, avant de l'emmener à Ville-sur-Lumes dans les Ardennes pour "la séquestrer" puis qu'il "l'avait violée et étranglée". Dans la foulée de ses déclarations, Monique Olivier avait été mise en examen pour "complicité d'enlèvement et séquestration suivis de mort". A noter que la soeur de Michel Fourniret possédait effectivement une maison à Ville-sur-Lumes où l'homme avait régulièrement résidé. Les enquêteurs y avaient entrepris des fouilles en juin dernier, sans parvenir à retrouver le corps d'Estelle Mouzin. Vendredi 2 avril 2021, les enquêteurs ont mis fin à des fouilles qui se sont révélées une nouvelle fois infructueuses, près de Rumel, dans le département des Ardennes, à 4km de Ville-sur-Lumes.

Pourquoi des fouilles à Issancourt-et-Rumel ?

Si le corps d'Estelle Mouzin est retrouvé, la petite commune d'Issancourt-et-Rumel pourrait être le théâtre de cette macabre découverte. Les fouilles, relancées dans cette zone après les aveux de Monique Olivier qui était sur place il y a quelques jours avec les forces de l'ordre sont pour le moment infructueuses. Plusieurs véhicules techniques de la gendarmerie étaient sur place ainsi que des militaires spécialement formés à la recherche et à la préservation d'indices ont travaillé. Dans le détail, Issancourt se situe entre le château du Sautou, propriété de Michel Fourniret et Ville-sur-Lumes, le village où il aurait séquestré Estelle Mouzin dans une maison, 8 kilomètres séparent les deux.

Sabine Kheris, la magistrate qui a relancé l'affaire

Depuis qu'elle a repris en main l'affaire Estelle Mouzin en 2019, la magistrate Sabine Kheris a fait avancer à plusieurs reprises les investigations en réussissant à faire parler et avouer Michel Fourniret avant d'obtenir également de précieux détails via son ex-épouse Monique Olivier là où 16 magistrats se sont cassés les dents. À 56 ans, elle est la doyenne des juges d'instruction au tribunal judiciaire de Paris.C'est un magistrat comme on en rêve pour résoudre des cold case", louait Me Didier Seban, conseil d'Eric Mouzin, le père d'Estelle, à l'été 2020. Sabine Kheris "a compris qu'il fallait rassembler les pièces du puzzle, elle s'est impliquée".

Retour sur la chronologie des faits

L'affaire de la disparition d'Estelle Mouzin : 18 ans d'enquête

L'affaire Estelle Mouzin avait éclaté le 9 janvier 2003 lorsque la petite fille de 9 ans avait brutalement disparu en rentrant chez elle de l'école, à Guermantes. Dix-sept ans plus tard, son corps n'a toujours pas été retrouvé. Les enquêteurs s'étaient concentrés sur la piste de Michel Fourniret suite à l'arrestation de ce dernier en juin 2003. Une piste momentanément abandonnée, sans preuve ADN de la présence de l'enfant dans la voiture de Fourniret, et compte tenu d'un alibi téléphonique qui semblait incontestable jusque-là. Michel Fourniret a été condamné en 2008 à perpétuité réelle pour huit meurtres, il est toujours mis en examen pour d'autres.

La piste de son implication a été rouverte en 2019, suite à l'insistance des parents d'Estelle et à la décision de la nouvelle juge d'instruction, Sabine Khéris. Le 21 novembre 2019, Monique Olivier, l'ex-femme et complice de Fourniret, est revenue sur ses déclarations de l'époque, et a contesté l'alibi de Fourniret pour le soir de l'enlèvement d'Estelle Mouzin. De plus, "la juge a des témoignages faisant état de la présence de Fourniret à Guermantes. Bien sûr c'est à prendre avec des pincettes après 16 ans, mais ça semble sérieux", avait précisé une source du Parisien. C'est finalement début 2020 que l'enquête s'est accélérée au fil des déclarations successives de Monique Olivier et Michel Fourniret.

Le premier témoignage de Monique Olivier qui a relancé l'affaire

Dans le documentaire L'Incroyable révélation : Fourniret, la fin du mystère Estelle Mouzin ?, diffusé sur W9 en novembre 2019, un nouveau témoin avait fourni des détails supplémentaires. Milica Petrovic, qui a été la co-détenue de Monique Olivier pendant des années, s'est affairée à faire parler cette dernière. Après des années de copinage, Monique Olivier lui aurait avoué que le 9 janvier 2003, Fourniret aurait quitté le domicile conjugal en lui disant qu'il "partait à la chasse". Il aurait alors demandé à sa compagne de passer un coup de téléphone à son fils s'il n'était pas rentré à une certaine heure, précisant que cela "pourrait lui servir d'alibi". Monique Olivier aurait donc pu exécuter ces supposées injonctions à 20h08 -cet appel a bien été notifié par les services de télécommunication-, et aurait laissé sonner deux fois, avant de raccrocher.

Dans ce même documentaire, le journaliste Laurent Valdiguié faisait mention d'une maison à Ville-sur-Lumes, dont Fourniret a hérité en 2002, et où il se rendait souvent entre 2002 et 2003, d'après un voisin. Le 12 janvier 2003, trois jours après l'enlèvement d'Estelle, Fourniret avait écrit à son frère, évoquant son récent passage à Ville-sur-Lumes. Une maison qui comporte un jardin ainsi qu'une cave de terre battue, non explorés par les enquêteurs. Des fouilles ont été organisées en juin 2020 mais n'ont pu permettre de retrouver le corps d'Estelle Mouzin.

En 2007, Fourniret voulait déjà être jugé dans l'affaire Mouzin

Fourniret est connu pour jouer avec la police en distillant des informations ou aveux au compte-goutte, notamment lorsqu'il donne aux enquêteurs des renseignements sur le lieu où il a enterré une victime. Il a également l'habitude de nier un crime pendant longtemps, avant de finir par avouer. C'est pourquoi les parents d'Estelle estiment que l'alibi de Fourniret ou encore l'absence de preuve ADN ne sont pas des éléments suffisants pour le disculper, et souhaitaient depuis longtemps que cette piste soit à nouveau examinée par la police.

Cela a été fait en juillet 2019, avec la dessaisie du parquet de Meaux au profit de celui de Paris : la juge d'instruction Sabine Khéris a diligenté une équipe de gendarmes et de policiers qui se concentrent uniquement sur la piste Fourniret. Ce dernier a par ailleurs fait des déclarations alambiquées à propos d'Estelle Mouzin, reconnaissant en juin 2019 que la disparition de la fillette était "un sujet à creuser". Selon les termes de l'avocat de la famille, Me Didier Seban, Fourniret aurait fait des "aveux en creux" ne "niant pas être impliqué" dans cette affaire.

La pugnacité de Me Corinne Herrmann, l'avocate des parents Mouzin, a permis d'interroger Fourniret à propos d'une lettre datant de 2007. A l'époque, juste avant son procès aux assises pour sept crimes, le criminel avait adressé au juge une demande particulière : il souhaitait être jugé également pour trois autres affaires, dont la disparition d'Estelle Mouzin. Une lettre laissée de côté par la justice durant plus de dix ans, afin de ne pas retarder le procès. Or, d'après Me Didier Seban, "Fourniret est trop orgueilleux" pour avouer des crimes qui ne sont pas les siens, et s'il lui est arrivé de nier son implication dans certains meurtres pendant des années avant d'avouer, le contraire ne s'est jamais produit : tous les faits avoués par Fourniret et qui ont pu être vérifiés ont été confirmés par la justice. En février 2018, à la demande de Me Corinne Hermann, une juge d'instruction a accepté d'interroger Fourniret sur le contenu de cette lettre. Il a alors déclaré : "Si ces jeunes femmes n'avaient pas croisé ma route, elles seraient toujours vivantes". Des "aveux purs et simples", aux yeux de l'avocate.

Monique Olivier, de complice à témoin à charge

Monique Olivier a longtemps confirmé aux enquêteurs que son mari Michel Fourniret se trouvait bien à Sart-Custinne, en Belgique, ce 9 janvier 2003. Toutefois, Monique Olivier est revenue sur ses déclarations de l'époque le 21 novembre 2019. Me Richard Delgenes, son avocat, avait déclaré avant l'audience : "Elle n'est plus sous l'emprise de Michel Fourniret comme cela a pu être le cas pendant longtemps. Lors de récentes confrontations, elle lui a tenu tête et n'est plus dans la logique de lui servir d'alibi. Elle est désormais prête à s'incriminer pour dire la vérité".

Entendue par la juge d'instruction Sabine Khéris le 21 novembre 2019, Monique Olivier "avait indiqué qu'elle avait passé un appel au fils de Michel Fourniret le 9 janvier 2003 à la demande de Michel Fourniret, ce qui signifie que Michel Fourniret n'était pas à Sart-Custinne en Belgique le jour de la disparition d'Estelle Mouzin", avait expliqué l'avocat de Monique Olivier. Me Richard Delgenes avait ajouté que sa cliente n'avait aucune raison de mentir, et que la police n'avait jamais pu infirmer une de ses déclarations. Depuis, l'ancienne compagne de Michel Fourniret a livré de nouveaux détails, d'abord en janvier 2020 lors d'une audition où elle affirmait le repérage effectué par son ancien compagnon dans les semaines ayant précédé l'enlèvement puis en août 2020 et en avril 2021 en assurant que Michel Fourniret avait enlevé Estelle Mouzin avant de la séquestrer dans une maison de Ville sur Lumes dans les Ardennes, de la violer puis de l'étrangler.

Michel Fourniret avait dit aux enquêteurs qu'il avait appelé son fils pour lui souhaiter son anniversaire depuis son domicile de Sart-Custinne, en Belgique, le jour de la disparition de l'enfant de 9 ans. Le fils de Fourniret avait affirmé ne pas se souvenir de cet appel, et les parents d'Estelle avaient décidé d'attaquer la justice en 2018 pour faute grave dans cette affaire, critiquant l'enquête et remettant en question cet alibi qui avait permis d'innocenter Fourniret. Fin 2019, Michel Olivier avouait avoir elle-même passé cet appel téléphonique.

En 2006, le magistrat avait indiqué que "Michel Fourniret pouvait raisonnablement être suspecté dans l'affaire d'Estelle Mouzin", s'appuyant sur des photos de la fillette retrouvées à son domicile, ainsi qu'une cassette vidéo d'un journal télévisé enregistré, évoquant la disparition d'Estelle. De plus, la ville de Guermantes, où Estelle Mouzin a disparu, n'était pas inconnue à Michel Fourniret, puisqu'un de ses amis de prison habitait à une dizaine de kilomètres et l'avait déjà hébergé. Le véhicule de Michel Fourniret constitue également un élément à charge contre ce dernier, sa description correspondant à celle qui avait été signalée lors de la disparition de la petite fille. L'avocat des parents d'Estelle Mouzin avait également demandé en 2010 l'examen de scellés du dossier Fourniret : des scellés qui concernent des morceaux de lacets blancs et de gants noirs, fournis par les autorités belges après l'arrestation de Michel Fourniret, et qui pourraient selon eux appartenir à leur fille, qui portait des gants noirs et des chaussures à lacets blancs lors de son enlèvement.

Le 27 novembre dernier, Michel Fourniret a été mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivis de mort" dans l'affaire de la disparition de la petite Estelle Mouzin. Le quotidien 20 Minutes a eu accès au procès verbal de l'audition du criminel par la juge Sabine Khéris, au cours de laquelle il a demandé à la juge de le "traiter comme coupable", déclarant au sujet de l'éventualité de sa culpabilité dans la disparition d'Estelle Mouzin : "Il est possible que oui et il est possible que non." Une course contre la montre s'est enclenchée pour la justice, puisqu'un élément perturbe les échanges entre la juge et Michel Fourniret : sa mémoire. Le suspect de 78 ans est atteint selon une expertise psychologique d'un "processus cérébral de nature dégénérative". Fin mars, Michel Fourniret avait finalement lâché à la juge : "Je reconnais là un être qui n'est plus là par ma faute", avant d'estimer "pertinent" que le corps d'Estelle Mouzin puisse être dans une ancienne propriété des Ardennes, région où il résidait à l'époque des faits.