Variole du singe : le nombre de nouveaux cas augmente en France, vers une nouvelle épidémie ?

"Variole du singe : le nombre de nouveaux cas augmente en France, vers une nouvelle épidémie ?"

Variole du singe : le nombre de nouveaux cas augmente en France, vers une nouvelle épidémie ? MONKEYPOX. La variole du singe continue de se propager en France. Alors que le nombre de cas augmente depuis plusieurs semaines, l'OMS s'interroge sur la transmission du virus. Symptômes, propagation... Tout ce qu'il faut savoir.

[Mis à jour le 6 juin 2022 à 13h53] La France compte 51 cas "confirmés" d'infection au virus de la variole du singe, selon un rapport publié par les autorités sanitaires, vendredi 3 juin. Au total, 37 cas ont été rapportés en Île-de-France, six en Occitanie, quatre en Auvergne-Rhône-Alpes, deux en Normandie et un seul dans les Hauts-de-France et dans le Centre-Val de Loire, selon les chiffres de Santé publique France. Le nombre de contaminations a doublé en quelques jours selon le dernier point de situation de Santé publique France en date du 3 juin. "Tous les cas sont des hommes, âgés entre 22 et 63 ans. Deux sont immunodéprimés, l'un d'entre eux a été hospitalisé, mais ne l'est plus à ce jour ; aucun n'est décédé", a déclaré Santé publique France

La propagation du virus inquiète et certains craignent de vivre une nouvelle épidémie mondiale après deux années bouleversées par le Covid-19. Plus de 600 cas ont été confirmés dans le monde et la variole du singe - ou monkeypox - circule activement en Europe et en Amérique du Nord, loin des zones endémiques de l'Afrique centrale. Et la présence soudaine du virus dans une vingtaine de pays laisse l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) perplexe. Comment la variole du singe a pu atterrir en Occident sans que l'on s'en aperçoive ? Les premiers cas détectés n'étant pas de retour d'un voyage en zone endémique et n'ayant pas eu de contact avec des rongeurs, animaux vecteurs de la maladie, le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a supposé lors d'une conférence de presse le 1er juin que "la transmission [du virus] n'a pas été détectée pendant un certain temps".

Pour l'heure, les cas de variole du singe sont le plus souvent bénins mais les symptômes incommodants peuvent devenir sérieux notamment chez les "enfants et les personnes immunodéprimées" selon le rapport de l'autorité sanitaire française. La maladie créant des plaies, une surinfection des lésions cutanées est susceptible de créer des complications, des problèmes respiratoires, digestifs, ophtalmologiques ou neurologiques peuvent également apparaître. 

La variole du singe est une maladie encore peu connue face à laquelle "il faut surréagir, de façon assumée, pour éviter le démarrage d'une nouvelle épidémie mondiale", selon Antoine Flahaut, directeur de l'Institut de santé globale et professeur à la faculté de médecine de Genève, interrogé par l'Obs le 2 juin. D'autant que l'OMS a reconnu le 31 mai dans un communiqué qu'elle ne sait pas "si nous pourrons contenir rapidement sa propagation". A l'échelle nationale, le ministère de la Santé et Santé publique France misent sur la vaccination des cas contacts et l'isolement des personnes malades pour éviter la transmission de la variole du singe. Pour l'heure, il est recommandé pour les personnes malades de respecter un isolement strict de trois semaines. Martin Hirsch, le directeur de l'AP-HP a estimé sur France Inter le 30 mai que ces mesures d'isolement étaient difficiles à vivre et qu'il faudrait revenir sur celles-ci dans les prochaines semaines. Tout porte tout de même à croire que la stratégie du "tester, tracer, isoler" est la solution pour endiguer le propagation du virus.

Que sait-on de la propagation de la variole du singe en France ?

Les autorités sanitaires ont annoncé, le vendredi 3 juin 2022, 51 cas de variole du singe confirmés en France, contre 31 personnes contaminées seulement trois jours plus tôt. Comme lors de la toute première contamination, le ministère de la Santé a précisé que "dès la suspicion de son infection, les personnes ont été prises sen charge. En l'absence de gravité, elles sont isolées à leur domicile". Le premier malade était "un homme de 29 ans sans antécédent de voyage dans un pays où circule le virus". Pour endiguer la circulation du virus, les autorités sanitaires ont annoncé qu'une "enquête épidémiologique approfondie serait mise en œuvre par les équipes de Santé publique France" et que "les personnes ayant été en contact étroit avec ces patients sont en cours de recensement". 

Quelle est l'origine de la variole du singe ?

Selon les premières constatations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la variole du singe trouve son origine en Afrique du centre et de l'ouest. Des pays tels que le Nigéria ou le Cameroun seraient les principaux foyers d'origine. Connue depuis les années 1970, cette maladie tend habituellement à se développer dans les zones tropicales. La voir se développer dans des pays n'ayant pas ce climat est une surprise pour les scientifiques. 

Des cas de variole du singe ont été importés dans des pays occidentaux depuis sa découverte, notamment aux États-Unis, où ils sont restés "rares", selon le Centre américain de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). En effet, au printemps 2003, des cas avaient été confirmés dans le pays, marquant ainsi la première apparition de cette maladie en dehors du continent africain.

Comment la variole du singe est-elle transmise ?

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la variole du singe est contractée par la "consommation de viande d'animaux infectés pas suffisamment cuite." En effet, à l'origine, il s'agit d'une maladie infectieuse causée par un virus transmis par des animaux, principalement des rongeurs. La transmission humaine serait le fruit de contacts avec une personne déjà contaminée ou avec ses liquides organiques (salive notamment).

Mais la variole du singe peut également se transmettre par contacts étroits avec des sécrétions infectées des voies respiratoires, des lésions cutanées d'un sujet infecté ou des objets récemment contaminés par des liquides biologiques ou des matières provenant des lésions d'un patient. Les relations sexuelles pourraient ainsi propager la maladie selon l'Agence britannique de sécurité sanitaire. Les rapports protégés sont donc préconisés.

Si les enfants et les personnes immunodéprimées sont particulièrement vulnérables, les personnes de 50 ans et plus auraient un avantage : une première protection contre la variole du singe permise par leur vaccination contre la variole faite dans les années 1970 ou avant et encore capable de faciliter la production d'anticorps contre le virus, selon le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef des maladies infectieuses de l'hôpital Henri-Mondor, interviewé par le Parisien.

Quels sont les symptômes de la variole du singe ?

Les symptômes ressemblent à ceux des patients atteints de variole, mais en plus légers. Dans les 5 premiers jours, l'infection provoque plusieurs symptômes : de la fièvre, des maux de tête, un gonflement des ganglions lymphatiques (adénopathie), des douleurs dorsales, des douleurs musculaires (myalgies) et de l'épuisement (asthénie).

Dans les 1 à 3 jours (parfois plus) suivant l'apparition de la fièvre, le patient développe des symptômes d'éruption cutanée qui commencent souvent sur le visage puis s'étendent à d'autres parties du corps, dont les paumes des mains, les plantes des pieds et les muqueuses (bouche et région génitale). Des démangeaisons sont fréquentes. Les lésions passent par différents stades successifs : macules, papules, vésicules, pustules et croûtes. Lorsque les croûtes tombent, les personnes ne sont plus contagieuses. Les autres muqueuses (ORL, conjonctives) peuvent également être concernées. "L'incubation de la maladie peut aller de 5 à 21 jours. La phase de fièvre dure environ 1 à 3 jours. La maladie, généralement bénigne, guérit le plus souvent spontanément, au bout de 2 à 3 semaines" souligne Santé Publique France.

Que faire si l'on est cas contact de la variole du singe ?

Si vous avez été en contact rapproché avec une personne contaminée à la variole du singe, ou même un cas probable, alors vous êtes déclaré cas contact. Santé publique France indique que par contact rapproché, il s'agit de comprendre "contact physique et direct non protégé", c'est à dire tout un contact avec une peau lésée, des actes sexuels, des soins médicaux ou encore des fluides corporels.

Quelle est la mortalité de la variole du singe ? 

Si les symptômes semblent virulents, surtout chez les hommes, le taux de mortalité reste faible. En effet, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) affirme "qu'en général, le taux de létalité s'est établi entre 1% et 10%, la plupart des décès survenant chez les plus jeunes". Deux ans après le début de l'épidémie de coronavirus, doit-on s'inquiéter de la propagation d'un nouveau virus ? Selon Antoine Gessain, responsable de l'unité d'épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes à l'Institut Pasteur, la variole du singe ne présente qu'une faible dangerosité, comme il l'a expliqué à BFM TV. Aucun vaccin n'est nécessaire. Il se veut même rassurant : "il n'y a pas beaucoup de risque d'une grande pandémie."

Y a-t-il un vaccin contre la variole du singe ?

Les autorités sanitaires invitent les personnes à risque, les cas contacts et les professionnels de santé à se faire vacciner contre la variole du singe pour éviter la propagation du virus. Santé publique France a mis au point des protocoles sanitaires à destination des personnes infectées par la variole du singe, les cas suspects et les cas contacts. Aucun vaccin n'existe pour se protéger contre la variole du singe mais les études de l'Institut Pasteur montrent que les vaccins contre la variole humaine restent très efficaces contre le virus rare qui se propage. Les vaccins varioliques sont connus depuis les années 1970 mais le plus efficace et celui présentant le moins d'effets secondaires est le vaccin danois de troisième génération : Imvanex. Il fonctionne à 85% contre la variole du singe.

Comme il n'existe pas de vaccin attitré, il n'y a pas de non plus de traitement pour les personnes atteintes de la variole du singe, les malades guérissent spontanément au bout de deux à trois semaines. Mais depuis janvier 2022, l''Agence européenne du médicament reconnaît le médicament Tecovirimat comme "efficace pour réduire la mortalité due à la variole, la variole du singe et la variole bovine sur la base d'études réalisées sur des animaux". Toutefois, le médicament ne peut être autorisé sur le marché et donc à la vente que dans des circonstances exceptionnelles. L'EMA a également précisé qu''il n'est pas possible "d'obtenir des informations complètes concernant Tecovirimat en raison de la rareté de ces maladies".

Quels sont les protocoles sanitaires pour les cas confirmés et contacts de la variole du singe ?

Pour éviter la propagation de la variole du singe, les autorités sanitaires préconisent un isolement strict des personnes contaminées par le virus et de celles dont la contamination est suspectée. Santé publique France précise que tous les malades dont la contamination est confirmée par un test PCR et celles qui présentent les symptômes du virus doivent s'isoler dans leur domicile pendant trois semaines à compter de l'apparition des symptômes et éviter tout contact avec les autres membres du ménage. Ni les vêtements et le linge de maison, ni la literie ou la vaisselle ne doivent être partagés. Le port d'un masque chirurgical est aussi de mise. La maladie pouvant se transmettre par contact avec les muqueuses, les déchets des plaies (comme les croutes) ou entrés en contact avec elles (pansements, etc) doivent être jetés dans un sac dédié. A l'issue de l'isolement, les pièces et tous les linges doivent être scrupuleusement nettoyés.

Les personnes cas contacts doivent également être vigilantes et respecter un protocole sanitaire essentiellement porté sur la vaccination. Santé publique France recommande l'injection d'un vaccin de troisième génération "idéalement dans les 4 jours après le contact à risque et au maximum 14 jours plus tard". Le schéma vaccinal doit compter deux doses espacées de 28 jours. La vaccination ne dispense pas d'être attentif aux symptômes et les cas contacts sont appelés à surveiller leur température, "la fièvre signant le début de la contagiosité et étant plus précoce que l'éruption" cutanée causée par la variole du singe. Si les symptômes de la maladie apparaissent, les cas contacts doivent s'isoler et appeler le SAMU et ne surtout pas se rendre aux urgences.

Quelles mesures contre la propagation de la variole du singe ?

Certains pays ont rapidement adopté des mesures pour éviter la propagation du virus. Les autorités sanitaires du Portugal et de l'Espagne ont ainsi déclenché une alerte sanitaire nationale. L'Italie a indiqué que la situation était "sous surveillance constante" et les autorités suédoises "enquêtent désormais avec les centres régionaux de contrôle infectieux pour savoir s'il y a davantage de cas".

L'Espagne a décidé de prendre les devants. Le royaume ibérique a indiqué, ce jeudi, se préparer à l'achat de milliers de vaccins antivarioliques, normalement destinés à lutter contre la variole, maladie d'une extrême gravité que l'OMS avait déclarée éradiquée en 1980. "Nous devons trouver un moyen pour acheter rapidement ces vaccins car c'est un outil très précieux pour arrêter l'épidémie", a commenté auprès du quotidien madrilène El Pais Elena Andradas, la directrice générale de la santé publique de la communauté de Madrid. Ce vaccin n'est pas destiné à être administré à la population générale, mais uniquement aux contacts des cas confirmés.

Selon un article de La Tribune, fin 2012, la France disposait d'un stock stratégique de vaccins de 1ère génération de plus de 82 millions de doses. Ces stocks sont conservés depuis 40 ans par le Service de Santé des Armées (SSA). Aujourd'hui, les efforts des autorités françaises visent la limitation de la propagation du virus. Santé publique France indique à ce titre que toutes les personnes infectées par la variole du singe et dont la contamination est confirmée par un test PCR doivent s'isoler dans leur domicile pendant trois semaines à compter de l'apparition des symptômes. L'isolement doit être strict car le malade ne doit pas être en contact avec les autres membres du ménage et ni les vêtements, ni le linge de maison, la literie ou la vaisselle ne doivent être partagés. Le port d'un masque chirurgical est aussi de mise. La maladie pouvant se transmettre par contact avec les muqueuses, les déchets des plaies ou en contact avec elles doivent être jetés dans un sac dédié. A l'issue de l'isolement, les pièces et tous les linges doivent être scrupuleusement nettoyés.

Combien de cas de variole du singe dans le monde ?

Les nouveaux cas de variole du singe sont en progression dans le monde et l'OMS a prévenu les autorités sanitaires de tous les pays : il faut s'attendre à ce que la progression perdure. Ci-dessous, retrouvez les données mises en graphique par Ourworldindata, qui permettent de visualiser l'évolution de la circulation de la maladie.

Carte de la propagation de la variole du singe

Le nombre de contaminations demeure pour le moment assez circonscrit, on note en Europe un phénomène de transmission plus important au Royaume-Uni, à moins que les services des autorités sanitaires aient développé des moyens plus efficients pour identifier les nouveaux cas de variole du singe. La carte proposée par Ourdatainworld permet de mesurer les distorsions dans la propagation de la variole du singe dans les différents continents du monde.

Dans quels pays la variole du singe a-t-elle été détectée ?

L'Angleterre a été la première à tirer la sonnette d'alarme. Un premier malade de la variole du singe y a été recensé le 7 mai, il s'agissait d'une personne qui rentrait d'un voyage au Nigéria. L'agence britannique de sécurité sanitaire assure qu'à l'exception du premier cas détecté, la transmission entre les autres cas se serait faite au sein du pays. Depuis, le nombre de cas n'a cessé d'augmenter. L'Espagne, le Portugal, le Canada et les États-Unis ont, tour à tour, signalé avoir repéré la présence de la variole du singe, ou ce qui semble l'être, sur leur territoire. La Suède et l'Italie ont suivi. Près de 20 pays sont concernés.

La variole du singe pourrait-elle être liée à une baisse d'immunité collective ?

Dans un rapport publié par l'Institut Pasteur en septembre 2020, les scientifiques faisaient le lien entre le récent et puissant schéma de transmission de la variole du singe dans les zones non-endémiques et le "déclin mondial de l'immunité aux virus du genre orthopoxvirus (responsables de la variole humaine)", un déclin lié à "l'arrêt de la vaccination antivariolique, dans les années 1980". Ils prévenaient qu'à terme, la variole du singe pourrait devenir "la plus importante infection à orthopoxvirus chez l'Homme. Ils s'appuient ainsi sur la modélisation mathématique pour pour affirmer que, dans une population dont l'immunité collective "diminue contre les espèces orthopoxvirus, le potentiel épidémique de la variole du singe continuera d'augmenter".